"Comment dépasser le pronostic "salle de classe contre ordinateur : vainqueur la salle de classe" ?" (Jean-Pierre Veran)

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29 Aoû 2012 10:22 - 08 Juil 2014 14:06 #1211 par Loys
Cet article appelle quelques commentaires. Nous avons déjà commenté un article de Jean-Pierre Veran .

Numérique à l'école : comment dépasser le pronostic "salle de classe contre ordinateur : vainqueur la salle de classe" ?
S’il y a bien, en apparence, un thème éducatif, mis en débat dans le cadre de la réflexion sur la refondation de l'Ecole, qui dépasse les clivages partisans, c’est celui d'"une grande ambition pour le numérique", adjectif substantivé qui caractérise désormais à lui tout seul une nouvelle ère de l’histoire de la communication humaine.

Quel lyrisme !
Alors comme ça, le passage à l'école numérique fait consensus. J'en suis ravi mais quelque peu étonné. :mrgreen:

Quels que soient les gouvernements et les majorités, par delà les alternances, le cap a été maintenu. Et c’est bien là que le bât blesse, puisque cette continuité politique aboutit au fait que 21% seulement des enseignants utilisent au moins une fois par semaine les technologies numériques avec leurs élèves...

Ah... C'est donc d'un consensus politique qu'il s'agit, et pas pédagogique. Voilà qui remet bien les choses en place.

... et qu’on dispose en moyenne de 5,5 ordinateurs de moins de 5 ans pour 100 écolier[2].

Il ne faudrait pas laisser croire que ce faible taux d'utilisation n'est lié qu'au taux d'équipement. Croyez-moi, je connais des établissements suréquipés où ce taux est identique.
Et si ce faible taux était lié au fait que les nouvelles technologies ne sont que d'un apport relativement secondaire pour enseigner ? Évidemment, une telle hypothèse contrarierait le lyrisme du début. :mrgreen:

Un premier raccourci à éviter serait de déduire de la seule insuffisance d’équipement (20 écoliers pour un ordinateur, soit, grossièrement, un ordinateur par classe), une pratique pédagogique limitée.

Voilà qui est plus rassurant.

On pourrait être d’autant plus enclin à recourir à cette déduction que la quasi unanimité des enseignants (97%) estiment que les outils numériques permettent d’améliorer la qualité de leur enseignement[2].

D'où vient ce chiffre cité par le Ministère ?
Si j'utilise à titre professionnel les nouvelles technologies pour préparer mes cours, il ne s'agit en aucun cas d'une utilisation des TICE à l'école. Il y a, comme qui dirait, confusion volontaire.

Il est indispensable de compléter l’analyse avec d’autres facteurs d’explication.
Pour commencer, on pourra mettre en avant la place du livre, du manuel et du travail manuscrit si fortement liée à notre histoire scolaire. L’outil technologique livre de scolaire a évolué, intégrant dans sa composition les acquis des pages écrans, sans aucun risque de bogue.

Alleluia ! Les bogues n'existent plus ! Et ne parlons pas des problèmes d'autonomie des tablettes ou des PC, en général inférieures à une seule journée de cours, des bris, des vols...

Il faut également donner toute sa place à la question de la validation de l’information, réputée établie pour les manuels scolaires, alors que la grande masse des ressources numériques, utilisées couramment par les élèves, ne bénéficient pas de cette validation a priori : on connaît les jugements sans appels produits naguère sur Wikipedia, par exemple.

Alors que Wikipédia est tellement fiable... Il est assez saisissant de voir un inspecteur d'académie remettre en cause - avec les manuels scolaires - le travail de professeurs spécialisés dans leur discipline et aux compétences reconnues et vanter par ailleurs un "projet d'encyclopédie" dont les auteurs sont des anonymes sans compétences vérifiées, projet dont les pages sans cesse changeantes ne sont pas relues par des spécialistes ni conçues pour des publics spécifiquement scolaires (avec des prérequis, une progressivité, un lexique adapté).

Si l’on ajoute à cela le concept de salle informatique, salle unique dédiée aux équipements numériques, on comprendra la difficulté des enseignants, en imaginant ce que serait leur travail s’il y avait dans un établissement, une seule salle avec des manuels, une seule salle avec de quoi écrire pour les élèves.

Ce concept a pourtant été défendu en son temps par des gens comme M. Veran. :mrgreen:

On pourra ensuite questionner l’organisation même de la promotion des technologies numériques à l’école. Ont été constituées des équipes, des missions TICE, des formations TICE qui ont pu proposer des contenus à teneur technologique indiscutable, mais à contenu scientifique, didactique et pédagogique moins élaboré. L’approche techniciste a longtemps pris le pas sur l’approche éducative.

Ce qui est embêtant quand il s'agit d'éducation, effectivement. :mrgreen:

Progressivement, les formations à contenus numériques devraient tendre à ne plus constituer un bloc séparé mais on devrait trouver dans chaque formation à caractère disciplinaire, pluridisciplinaire ou transversal, l’intégration allant de soi des outils et des ressources numériques. On n’en est pas encore tout à fait là. Il suffit d’observer comment la formation initiale des personnels enseignants et d’éducation réserve un créneau au numérique sans que celui-ci irrigue l’ensemble des enseignements.

Mais qui donc est responsable de cette formation initiale par ailleurs aberrante quand il s'agit du numérique ?

Mais des pratiques nouvelles émergent.
Les formations sont de moins en moins exclusivement réalisées au travers de stages où l’on regroupe des personnels pour leur parler du thème de la formation. Elles se constituent de parcours de formation hybrides, avec des échanges, des productions réalisés dans des espaces de travail collaboratifs numériques, qui donnent aux temps de regroupement physique une valeur ajoutée incontestable. Des dispositifs d’autoformation à distance complètent les stages offerts.

Ce qui est bien quand l'année de formation a été totalement supprimée...

Du côté de l’organisation des établissements scolaires, l’âge de la salle informatique est révolu. Des équipements mobiles (classes mobiles) et des équipements standard (tableau numérique interactif) se banalisent. Les environnements numériques de travail se généralisent.

Dans l'anarchie et la gabegie absolue (cg l'article "Ma petite entreprise" ).

Les équipes d’établissement sont incitées à faire évoluer les centres de documentation et d’information en centres de connaissances et de culture favorisant l’accès accompagné et en autonomie aux outils numériques pour l’ensemble des élèves.

Nous en avons parlé sur ce forum .

Les parcours proposés aux élèves (parcours artistique et culturel, parcours de découverte des métiers et des formations, parcours de formation à la culture de l’information, parcours civique), désormais garants d’une démarche concertée d’individualisation de la formation, intègrent nécessairement le numérique comme support de travail, de production, d’évaluation.

Il faudrait quand même justifier ce "nécessairement". :scr

Dès lors, on imagine aisément les transformations très profondes que les outils et médias numériques pourraient apporter à l’action éducative. Sans doute pourraient-ils permettre de personnaliser davantage les parcours...

On personnalise avec des machines, c'est évident...

...de développer les échanges et la coopération à distance

Sur quel temps ?

...de transformer les heures de l’enseignant avec un groupe d’élèves en heures où l’on ferait le point sur ce que l’on a compris, ce que l’on est en train de produire.

Car un professeur ne le fait jamais, bien sûr.

Une séance de travail entre professeur(s) et élèves ne prendrait plus nécessairement la forme canonique d’une heure de cours.

L'heure de cours, c'est d'un ringard.

L'organisation du temps de travail des élèves et de ceux qui les encadrent en seraient considérablement modifiée.

Ou altérées, c'est selon. Quand le temps professionnel et le temps privé se confondent...

Et c’est sans doute là que réside cette force de résistance qui, malgré les plans de développement du numérique à l’école, fait qu’au bout du compte, la classe sort victorieuse de la rencontre avec l’ordinateur.

Un scandale sans nom, quand on réfléchit aux investissements consentis.

On pourrait imaginer, si la place des médias numériques demeurait trop marginale à l’école, qu’un marché alternatif et concurrent d’e-école s’ouvre à côté du service public d’éducation, à partir d’une offre composite résultant de ressources éditoriales et pédagogiques privées construites en y intégrant les productions issues de communautés de pratiques.

C'est déjà le cas depuis que l'école ne répond plus à ses missions. :twisted:

Et, dans cette hypothèse, l’école républicaine aurait certes maintenu son modèle de formation traditionnel mais surtout renoncé à jouer, dans le domaine de la culture numérique, son rôle de promotion de l’égalité entre tous les futurs citoyens.

La culture numérique, quand elle constitue un frein à l'enseignement, est tout sauf un avantage scolaire. Il y a inégalité, à vrai dire, qu'entre ceux qui, immergés dans la culture numérique, perdent pied avec les exigences scolaires et ceux qui en sont préservés. C'est là qu'elle la vraie inégalité. Bientôt, comme posséder une télévision dans sa chambre, posséder très jeune un PC sera un signe d'appartenance à un milieu défavorisé.

Le cœur de la question réside sans doute dans la capacité à établir collectivement une démarche éducative et pédagogique, dans chaque école ou établissement...

Jusqu'ici la démarche est imposée par le haut. Ne pas s'étonner de son échec, donc.

...qui intègre les outils et médias numériques comme support de travail et de production, objet d’étude

Fascinant : l'"outil" devient donc "objet d'étude".

... en considérant qu’il ne s’agit pas de faire en plus du numérique, mais de se servir et d’apprendre à se servir de ces différents supports pour tous les apprentissages.

On ne peut en effet imaginer qu'un apprentissage puisse se faire sans le numérique. :roll:
Il est insensé encore de faire passer le bac à des élèves sans connexion internet !

Ces évolutions ne sont possibles et généralisables qu’à plusieurs conditions.
La première, que les métiers de l’enseignement, l’organisation du temps et des espaces scolaires soit repensés pour favoriser vraiment de nouveaux modes d’apprentissage et de formation.

Concrètement, ça donne quoi ?

La seconde, que les acteurs de l’éducation nationale et responsables éducatifs des collectivités (communes, agglomérations, départements, région) s’accordent sur des objectifs et des engagements communs.

Voilà qui va être simple, avec des centaines de milliers de professeurs. :twisted:

Mais on aborde ici d’autres thématiques du débat sur la refondation, notamment celui de la gouvernance éducative…

Effectivement : on voit bien que l'enjeu dépasse le numérique.

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