La suppression des notes

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19 Nov 2014 15:05 - 19 Nov 2014 17:22 #12432 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

Loys dit: Le paradoxe est d'ailleurs que jamais les notes n'ont été aussi cruciales ni les livrets avec les appréciations des professeurs aussi secondaires qu'avec la mise en place des procédures d'affectation informatisées (Affelnet, APB).

Laurent Fillion, sur Twitter, conteste cette affirmation pour la voie professionnelle. Notre désaccord vient en effet du fait que l'affectation se fait selon une procédure académique, et que, dans l'Académie de Lille au moins, les compétences sont prises également en compte (ce qui n'est pas le cas dans de nombreuses autres académies).
L'exemple de l'Académie de Lille permet malgré tout de réfléchir : cache.media.education.gouv.fr/file/affec...mie_post3_358565.pdf

On voit ici que :
- les "compétences" s'assimilent bien à des notes, chiffrées sur 20 mais avec quatre paliers imposés. L'évaluation est donc grossière : "pas acquise" ou "peu acquise" sont logiquement à égalité.
- on ne sait par qui ces "compétences" sont évaluées exactement : elles sont renseignées par le chef d'établissement
- ces "compétences" (curieusement formulées sous formes de verbes d'action) ne correspondent à rien de sérieux : comment évalue-t-on le degré de précision ou de soin avec lequel un élève est compétent pour "effectuer un travail ou une tâche" (au sens le plus vague) ? Quant à "réaliser une tâche nécessitant nécessitant un investissement physique prolongé", non seulement cette "compétence" n'est guère évaluée dans le cadre scolaire d'un collège mais elle correspond davantage à un degré de motivation ou d'endurance physique. Ce sont certes des qualités... mais pas des compétences !
Finalement l'évaluation par des notes correspondant à des disciplines est beaucoup moins injuste...

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19 Nov 2014 16:51 - 19 Nov 2014 16:57 #12437 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet La suppression des notes

On voit ici que :
- les "compétences" s'assimilent bien à des notes, chiffrées sur 20 mais avec quatre paliers imposés. L'évaluation est donc grossière

Il n'y a pas de 0, il n'y a pas de 20 non plus.

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19 Nov 2014 17:19 - 19 Nov 2014 23:58 #12438 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet La suppression des notes
"Les risques de « l’évaluation bienveillante » des élèves" dans "Le Monde" du 13/11/14 (abonnés).
Un point de vue discordant dans le Monde, sous la plume de Madame Baumard ?



[Gilles de Robien] a crispé le débat en le politisant et a tué le sujet. C'est le risque que prend aujourd'hui la gauche en se saisissant d'une manière ostensiblement politique du dossier de l'évaluation des élèves.

En vérité, c'est l'ensemble de la refondation de l'école qui est frappée, depuis le début, de cette tare. Toutes ses mises en œuvre ont été vendues comme des réparations des erreurs de Nicolas Sarkozy.

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19 Nov 2014 22:42 - 19 Nov 2014 23:48 #12444 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Oh non...

Lancé par son éphémère prédécesseur, Benoît Hamon — ministre du 2 avril au 25 août —, ce dossier a été repris tel quel par la nouvelle venue. M. Hamon souhaitait en faire une de ses priorités. En reprenant le flambeau, Najat Vallaud-Belkacem ouvre un débat. Pourquoi deux ministres successifs concentrent-ils autant d'énergie sur ce dossier qui touche au cœur de la pratique professionnelle enseignante et empiète même sur la sacro-sainte liberté pédagogique du professeur ?

Voilà qui a le mérite d'être dit.

Est-ce au ministre de dire aux enseignants comment noter leurs copies ? La même question s'était posée lorsque Gilles de Robien, ministre de l'éducation entre 2005 et 2007, s'était mêlé des méthodes de lecture. Ouvert en janvier 2006, le débat a duré une bonne année et n'a pas offert aux enseignants les bonnes portes d'entrée dans l'enseignement de la lecture. Au lieu de leur apporter les arguments scientifiques dont ils avaient besoin, il a crispé le débat en le politisant et a tué le sujet. C'est le risque que prend aujourd'hui la gauche en se saisissant d'une manière ostensiblement politique du dossier de l'évaluation des élèves.

On comprend donc que le reproche porte sur la stratégie, pas sur la visée.

Pour la France, où beaucoup rêvent encore de coups de règle en fer sur les doigts et de blouses grises, le gouvernement livre sur un plateau le bâton pour se faire battre. Il propose le kit nécessaire pour laisser penser que la gauche française a encore de forts relents soixante-huitards. Que Najat Vallaud-Belkacem fasse sa première sortie sur « l'évaluation bienveillante » dans un collège qui a totalement aboli les notes ne contribuera qu'à alimenter un peu plus le moulin à caricatures.

Parler d'une "France où beaucoup rêvent encore de coups de règle en fer sur les doigts et de blouses grises" ou de notation sous forme de "zéros pointés", ce n'est pas de la caricature , en revanche. :xx:

L'ÉCOLE N'ENCOURAGE PAS
Pourtant, il y a un sujet. L'école française n'encourage pas. La notation casse précocement les élèves qui ont le plus besoin d'être valorisés et nourrit le flux des 120 000 décrocheurs.

Seulement 54 000 sortants de formation initiale sans aucun diplôme (101 000 en incluant ceux qui ont le brevet).
Aucune réflexion sur la suppression de la notation dans le primaire : quels en sont donc les résultats ?

D'autres systèmes sont cependant possibles. La Finlande, bonne élève des classements internationaux, ne note pas avant 11 ans et ne descend pas au-dessous de 5 sur 20...

Et ça, ça change tout : un élève qui a un cinq qui ne vaut rien se sent beaucoup mieux ! :doc:
La plupart des pays qui réussissent dans PISA pratiquent au contraire une notation assez peu bienveillante... :devil:

Depuis plusieurs années, la direction de l'enseignement scolaire piétine. L'innovation reste là où elle naît. En collège surtout, les inspecteurs sont incapables de faire bouger la pratique.

Car supprimer les notes, c'est de l'innovation... même si c'est une vieille lune soixante-huitarde. :P

On pressent que la docimologie, cette science de la notation...

Curieux qu'il existe une science d'une pratique aussi aberrante. :mrgreen:

... devrait figurer en bonne place dans la formation des professeurs, elle en reste le parent pauvre ! Le sociologue Pierre Merle, auteur de plusieurs livres sur le sujet, regrette le peu d'information dispensée aux néoenseignants sur ce dossier majeur d'un point de vue éducatif.

Peut-être parce que l'essentiel est ailleurs et que la "réflexion" sur la notation (traduction : qu'il faut donc supprimer) est un leurre.

Les nouvelles écoles de formation en train de se mettre en place — les écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE) — font la même impasse sur le sujet que les instituts de formation d'antan ! C'est pourtant le seul moyen d'agir sur les pratiques.

Ah... :shock:

Surtout quand la formation continue existe à peine. Comme rien ne se fait nulle part, il ne restait que l'entrée politique !
Place donc à la mise en scène politique du sujet ! « Évidemment que cette conférence nationale a un air de grande kermesse. Mais puisque ça ne coûte pas cher, on peut toujours essayer. Même si la manifestation nationale n'a qu'une portée symbolique, elle permettra toujours de faire de la pédagogie », analyse Pierre Merle.

L'euphémisme pour la propagande idéologique, pourrait-on dire plutôt.

C'est aussi ce qu'estime le physicien Etienne Klein, président du jury de cette médiatique consultation nationale et qui se veut très modeste sur ses compétences en la matière. « Je suis un béotien chargé de faire circuler la parole républicaine. Rien de plus ».

Une circulation qui risque d'être très limitée, comme on l'a vu avec la désignation du jury. :fur

Si le coup de projecteur ne change rien dans les classes, il aura au moins parlé aux parents. Cela tombe d'autant mieux que Najat Vallaud-Belkacem veut être leur ministre. A la rentrée scolaire, interrogée sur les postes non pourvus, la ministre n'a pas répondu sur sa stratégie de « grand recruteur », mais a « rassuré les parents » sur la présence d'enseignants dans les classes. Elle leur a inventé des « Cafés des parents »... Et sur la notation, c'est à eux qu'elle s'adresse. En cela, elle a des faux airs de sa première patronne en politique : Ségolène Royal. Ministre déléguée à l'enseignement scolaire, Mme Royal a d'abord été la ministre des familles. Personne autant qu'elle ne s'est occupé de pédophilie ou de bizutage. Il y a cependant une différence entre les deux ministres la première a été limitée dans son approche par son ministre de tutelle, Claude Allègre, quand la seconde la choisit. C'est vrai que les élèves sont 12 millions, les enseignants 900.000. En bénéfice dans les urnes, c'est incomparable. En cote de popularité aussi. Or, une stratégie d'ascension politique se construit.

"Le Monde" était moins vipérin quand les mêmes thèmes étaient développés par Vincent Peillon. :scratch:

Et puis, à sa décharge, Najat Vallaud-Belkacem arrive en seconde partie de mandat. La loi d'orientation a été mise en place par un autre. Il est impossible d'ouvrir de vrais dossiers aujourd'hui, vu la cote d'impopularité de François Hollande et des siens et au regard de la déception palpable des enseignants sur le terrain, face aux postes promis qui se font attendre. Alors pourquoi se priver d'un tel sujet qui, même s'il ne change pas l'école, ne mettra personne dans la rue ?

Pas sûr que ce débat soit consensuel. Rappelons que plus des deux tiers des parents et des trois quarts des Français sont opposés à la suppression de la notation (cf supra). Sans même parler des enseignants...

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19 Nov 2014 22:43 - 19 Nov 2014 22:45 #12445 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
"L’évaluation: une vraie question politique" par Claude Lelièvre sur son blog du 14/11/14.


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19 Nov 2014 22:48 #12446 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
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19 Nov 2014 22:50 #12447 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

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20 Nov 2014 00:43 #12450 par Kustolovic
Réponse de Kustolovic sur le sujet La suppression des notes
À propos de l'étude opinion-way pointée par de nombreux articles.
Déjà cette étude sent le sapin, dans l'analyse, il y a beaucoup de prise de positions sans rapport avec les questions posées qui montrent clairement la prise d'opinion dès le départ.
Dans les détails on note des incohérences, des questions formulées à l'avance pour garantir des résultats, etc. Une petite perle est la suivante: 46% des parents dont les enfants sont en maternelle se sont trouvé dans la situation de ne pas savoir comment réagir face à une note! Dites-moi si je me trompe mais en maternelle il n'y a pas de notes?
Mais comme souvent, le plus beau vient des médias, qui tirent des conclusions hors normes à partir des conclusions d'une étude manquant franchement de sérieux. Petit tour d'horizon:
L'Express
www.lexpress.fr/education/73-des-parents...#BVzzA2T0xCALeeAR.99

Influencées par la personnalité du professeur, le niveau global de la classe et le type d'établissement concerné, les notes constituent, selon les parents interrogés, un outil d'évaluation soumis à trop d'aléas.

Absolument pas, l'assertion que l'outil d'évaluation est soumis à trop d'aléas est une affirmation de la part de OpinionWay dans eur synthèse, à aucun moment la question n'a été formulée dans ce sens. Les parents ont été interrogés sur l'influence des facteurs, mais leur faire dire que c'est soumis à trop d'aléas est absurde.

Selon le sondage de l'APEL, 90% des parents considèrent les mauvaises notes comme anxiogènes

Bon rappel de la question:
«Selon vous, des mauvaises notes ont-elles tendance à... ?»
«Inquiéter les parents» 90% sont d'accord.
Donc anxiogène pour les parents. Bon, c'est un peu le but tout de même, si le gamin ne ramène que des mauvaise notes et que ça ne vous inquiète pas le moins du monde, là il y aurait un problème.
France Inter
www.franceinter.fr/depeche-les-parents-o...ur-des-fausses-notes

Plus de la moitié des adultes (56%) se disent démunis face à une mauvaise note. Ils ont du mal à analyser le système de notation et à comprendre quel élément de l'exercice n'a pas été compris. Dans ces conditions, ils n'arrivent pas à aider leurs enfants pour les faire progresser.

Pour être précis, à la question «Vous est-il déjà arrivé de ne pas savoir quels points devaient être à retravailler après une mauvaise note», 42% ont répondu «oui de temps en temps» et 14% «oui, souvent». Entre se dire démuni face à une mauvaise note et dire que de temps en temps on ne sait pas quoi faire, il y a un gouffre. Si on retourne l'analyse, on peut dire que 86% des parents estiment savoir quoi retravailler le plus souvent. Pas mal non? Avec les petits points verts et rouges, ce qui est drôle c'est que les parents ne sauront pas si c'est vraiment nécessaire de retravailler.
20 Minutes
www.20minutes.fr/societe/1483091-2014111...se-pendant-scolarite

Il est aussi démontré que 56% d’entre eux ne savent pas comment réagir, ni comment aider leur enfant lorsqu’il reçoit une mauvaise note

Comme pour France Inter, mais en plus fort. Cette fois c'est démontré.

Une grande majorité des parents (90%) se disent même «inquiets» concernant «la perte de motivation» et «d’estime de soi»

Non. 90% des parents sont inquiets, mais on ne sais pas de quoi.
75% estiment que les mauvaises notes ont tendance à «fragiliser son estime de soi» et 73% estiment qu'elles ont tendance à «Décourager les élèves». Notons au passage la perte de motivation entre guillemets alors que le mot motivation n'apparaît pas une seule fois dans le rapport!
L'Obs
tempsreel.nouvelobs.com/education/201411...tance-des-notes.html
Le titre:

Neuf parents sur dix pour une baisse de l'importance des notes

87% pour les parents en ZEP, mais s'est moins racoleur de préciser dans un titre.

Plus de la moitié des parents se sentent démunis face à une mauvaise note, qu'ils n'arrivent pas toujours à décrypter, selon un sondage.

Décidément!
Le telegramme
www.letelegramme.fr/france/ecole-les-not...11-2014-10429617.php
Ce n'est pas un reprise des chiffres de l'étude, mais dur de laisser passer ceci:

Comment, par ailleurs, comprendre qu'un pays comme la Finlande, qui a depuis longtemps abandonné la notation, est aujourd'hui parmi ceux qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires alors que la France se retrouve reléguée dans les classements internationaux. De quoi faire, en tout cas, réfléchir.

Déjà les finlandais sont notés à partir de 11 ans, en plus il y a plein d'autres raisons qui ont plus de poids. Pour les classements, je suppose qu'il parle du classement qui fait couler tant d'encre. D'ailleurs la Finlande y a perdu plus de plumes que la France lors de la dernière volée…
Et puis, je trouve toujours cela cocasse de justifier la suppression des notes qui «créent des classements», à cause de la perte de deux places dans un classement créé par une note. Cherchez l'erreur!

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20 Nov 2014 10:18 - 20 Nov 2014 14:59 #12455 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Merci Kustolovic, vous parlez d'or et votre aide est bienvenue sur LVM ! :topla:
J'ajouterais que le "classement" PISA (dont les meilleurs élèves pratiquent la notation la plus traditionnelle) est de toute façon à prendre avec précautions : www.laviemoderne.net/grandes-autopsies/6...le-livraison-de-pisa

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20 Nov 2014 10:19 #12456 par Loys

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21 Nov 2014 01:36 #12465 par Kustolovic
Réponse de Kustolovic sur le sujet La suppression des notes
Merci de l'accueil!
J'ai lu votre article sur PISA, et me suis permis une petite remarque dans un sujet sur PISA.

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23 Nov 2014 18:27 - 23 Nov 2014 18:28 #12488 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Signalé par un collègue de Neoprofs :
Dans le même décret qui supprime le redoublement , l'article 10 modifie le D331-25 du code de l'éducation:
Avant :

L'évaluation des résultats de l'élève est réalisée par les enseignants. Le bilan de l'évaluation est communiqué à l'élève et à ses parents par le professeur principal, ou par un membre de l'équipe pédagogique. En fonction de ce bilan, les enseignants dispensent, en cas de besoin, les conseils appropriés afin de permettre à l'élève d'atteindre les objectifs fixés annuellement et ceux du cycle.
Les synthèses des observations et les bilans des évaluations sont conservés dans le dossier scolaire de l'élève.

Après :

L'évaluation des acquis de l'élève, menée en référence au socle commun de connaissances, de compétences et de culture pour le collège, est réalisée par les enseignants.
Le bilan des acquis est régulièrement communiqué à l'élève et à ses représentants légaux par le professeur principal, ou par un membre de l'équipe pédagogique. En fonction de ce bilan, les enseignants proposent des modalités d'accompagnement afin de permettre à l'élève d'atteindre les objectifs du cycle.
Les synthèses du suivi et les bilans des évaluations sont conservés dans le dossier scolaire de l'élève.

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26 Nov 2014 08:24 - 26 Nov 2014 08:24 #12515 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Dans les "Cahiers pédagogiques" du 24/11/14 : "Dix reproches, dix propositions"


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26 Nov 2014 09:08 - 26 Nov 2014 17:39 #12516 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

[La notation] est trop générale et peu informative : l’aspect «  sommatif  » au sens propre consiste à additionner des compétences sous la forme d’une moyenne qui ne permet pas à l’élève de repérer les points qu’il doit travailler car son attention est souvent obsédée par l’addition (la note globale)

Les notes peuvent parfaitement correspondre à des exercices très précis. :scratch:
L'évaluation des sous-compétences n'empêche pas de déterminer la réussite moyenne (en pastilles...) dans une grande compétence, de façon beaucoup plus imprécise d'ailleurs : elle peut même empêcher l'élève de prendre conscience de ses vraies difficultés par la création ex nihilo de compétences artificielles ("J'ai fait des phrases courtes" > "Je sais rédiger un texte en français correct"). D'autres compétences peuvent en revanche être minorées et être "trop générales et peu informatives" ("J'ai soigné l'orthographe").
Bref, ce que l'on reproche à la notation peut parfaitement s'appliquer à l'évaluation par compétences.
Ajoutons que la note n'est jamais seule : elle peut être accompagnée d'un barème et surtout elle est accompagnées d'annotations sur la copie et d'une appréciation générale. Annotations et appréciations sont bien plus personnalisées qu'une grille pré-établie...
On le voit, il s'agit ici de caricaturer la pratique de la notation en la réduisant à la seule note.

L’évaluation actuelle est en même temps très pointilliste, avec ses points, demi-points, quarts de point, et conduit à succomber à la magie des chiffres, ceci étant renforcé par la fausse rigueur de l’informatique, quand des élèves ou familles s’imaginent significatif le passage de 8,37 à 8,89 !

Bref, la précision de la note elle-même serait négative... :roll:
Bon, notons que les évaluations par "compétences" sont elles-mêmes êtres transformées en notes pour les procédures d'affectation (voir ci-dessus ) de manière beaucoup plus impressionniste (quatre paliers : la note de 8 sur 20 peut correspondre à un élève ayant 6 ou ayant 10 par exemple).
C'est contre l'informatisation et la prise en compte des seules notes qu'il faut se battre...

Elle crée de l’illusion, sous son apparence «  scientifique  », «  objective  » en créant la fiction que n’importe quelle note dans n’importe quelle classe de n’importe quel établissement en vaudrait une autre, en oubliant les différences entre ces classes, ces établissements ; (quoi de pire que la déception du brillant élève de collège de REP + qui voit ses notes baisser dans le lycée prestigieux où il a pu accéder, alors qu’il travaille encore plus !)

Ce phénomène ne se produirait pas avec des compétences considérées comme acquises ici et non acquises là... :santa:

Elle est plutôt dans constatation des lacunes et des manques que dans la capitalisation des progrès, le symbole étant la dictée où on enlève des points à chaque erreur, et même si les points négatifs du thème latin ont disparu (encore que…)

Cette logique est proprement aberrante : une dictée avec un mot sur deux comprenant une faute serait donc une dictée à moitié réussie. Voir notre article à ce sujet : "Loto dictée" .
Par ailleurs une évaluation qui considère indistinctement la plupart des apprentissage comme "en cours d'acquisition" permet beaucoup moins de "capitaliser les progrès" que les notes...

Elle est peu fiable, comme le prouvent les écarts importants entre correcteurs dans les tests établis par la docimologie depuis un siècle pour des mêmes travaux d’élèves.

Et ces travaux ne s'appliqueraient pas à l'évaluation par compétences ? La compétence "Je sais rédiger un texte en français correct" serait "fiable" ?

Du coup, se développe chez les élèves l’idée d’arbitraire (« noter à la tête du client  ») qu’ils limitent celle-ci aux matières littéraires, à tort…

:scratch:
Comme on l'a vu, la notion d'arbitraire s'applique très bien aux compétences.

Elle est très individualisante.

Le livret personnel de compétences (LPC) n'est pas personnel ? :scratch: :P

On a beaucoup de mal à évaluer le travail collectif et les résistances sont très fortes chaque fois qu’on s’y essaie (cas des TPE)

En quoi l'évaluation par notes s'y oppose-t-elle ?
Il faut dire, dans le cas des TPE, que les professeurs sont amenés à évaluer des candidats dans des disciplines qu'ils ne maîtrisent pas...

L’évaluation est trop peu collégiale. Chez certains enseignants, 13, c’est déjà bien, tandis que c’est «  faible  » chez d’autres.

Les appréciations servent précisément à relativiser les notes...
Un nébuleux "en cours d'acquisition" aura le mérite de mettre tout le monde d'accord. :santa:

Le 20 semble impossible dans certaines matières de la part de professeurs.

Dans Affelnet la note maximale affectée pour une compétence est 16. :mrgreen:

Les normes en fait sont très variables, même si l’idée de critères de réussite clairs a progressé ces dernières années.

Parce que les "normes" des compétences sont elles rigoureuses et objectives. :doc:

Elle peut être démotivante, en ce que l’accumulation de mauvaises notes décourage...

"en cours d'acquisition" a le mérite de noyer le poisson : une bonne copie peut obtenir la même évaluation qu'une mauvaise copie et ça, c'eet motivant. :doc:

...mais aussi en ce que l’obtention de la sacro-sainte «  moyenne  » semble un but suffisant à certains élèves qui ne se sentent plus l’obligation de faire mieux.

La logique est curieuse ici : si la moyenne est "sacro-sainte", les élèves se sentent obligés... de travailler. :roll:

Elle peut conduire à des humiliations quand elle est rendue publique (l’annonce à haute voix des résultats, les remarques publiques désobligeantes, etc.

Ce n'est pas la note qui est mise en accusation ici. Dire publiquement qu'un élève n'est pas compétent produirait les mêmes effets...

L’évaluation actuelle se limite à des domaines facilement évaluables (en apparence) et en néglige d’autres pourtant essentiels : l’oral, la capacité à coopérer, à s’investir dans un projet, les attitudes intellectuelles, etc.

Très intéressant glissement, qui montre que le débat sur l'évaluation en cache un autre : où l'on voit que l'objectif de la réforme est moins dans la manière d'évaluer que dans ce qui doit être évalué. L'oral est parfaitement évalué et évaluable par les notes... :roll:
Autre glissement très grave : les "compétences" deviennent ici une "capacité à s'investir" ou des "attitudes intellectuelles". Avec ces "compétences" nébuleuses et évaluées au doigt mouillé, en toute docimologie, ce n'est donc plus le travail de l'élève que l'on juge, mais l'élève lui-même. :fur
Comme on l'a vu plus haut avec Affelnet, ces "compétences" peuvent d'ailleurs devenir des notes grossières mais cruciales pour l'affectation.

D’ailleurs, n’a-t-on pas tendance bien souvent à n’enseigner que ce qu’on peut évaluer facilement ?

Oui c'est vrai : idéalement, il faudrait enseigner que ce que l'on peut pas évaluer, voire ce que l'on ne connaît pas. C'est d'ailleurs bien parti, comme en témoignent l'enseignement de l'anglais, l'histoire des arts, les TPE et bientôt le code informatique !
Un seul exemple pour s'en convaincre : les "attitudes intellectuelles" méritent d'être enseignées davantage. :doc:

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27 Nov 2014 00:15 #12525 par LeCancre
Réponse de LeCancre sur le sujet La suppression des notes
Mon premier réflexe au sujet de cette réforme a été de penser:
"Encore une réforme qui ne sert qu'à glorifier le ministre. En pratique, ça ne changera rien..."
Toutefois, un truc qui me turlupine rapport à cette nouvelle réforme.
Je viens d'un autre domaine que l'éducation, la recherche en l’occurrence.
En recherche, quand on cherche à savoir si un truc nouveau est valable, on ne l'impose pas à toute la population, on le compare en plus et en moins rapport aux trucs précédents. Et on vérifie si c'est valable ou non, effet placebo inclus.
Ma question: est-ce que il y a une étude de référence démontrant que sur un élève de type "élève standard de base", on a démontré que l'utilisation du système sans note est plus efficace que le système avec note?
Parce que le fait qu'un journaliste s'en réjouisse, c'est normal.
Y a une bonne proportion de cancres chez les journalistes, c'est pas étonnant qu'ils se réjouissent de l'abandon des notes. D'autant que dans un premier temps, une bonne proportion de parent ne verra plus de zéro, donc plus de "privé de dessert". Mais quand les parents comprendront que "Je N' ai PAS retenu les notions essentielles du cours" signifie "j'ai passé le week-end à jouer à la playestéchion plutôt que de bosser mon cours d'histoire-géo", la privation de dessert (ou la taloche!) reviendra et les cancres de journalistes ronchonneront de nouveau.
Pour ma part, je ne trouve pas l'idée mauvaise en soi.
Savoir pourquoi on a une mauvaise note, avec un langage standardisé est parfois plus utile que les annotations du professeur. Quand j'étais élève, je ne comprenais pas toujours ce que disait ces annotations. Et j'osais rarement demander à mon prof ce que cela voulait dire.
Je me souviens d'avoir osé une fois. Un prof de français (pas de ricanement, les profs de maths! :) ) a donc passé une heure a m'expliquer ce que voulait dire: "la problématique". Au bout de 45minutes à utiliser du vocabulaire qui lui venait de son bac+5, elle s'est abaissée à mon bac-1 et m'a simplement dis: "c'est toutes les questions qui te viennent à l'esprit rapport au sujet". Merci Porf, j'ai enfin pigé! :topla:
- aparté- au fait, les élèves à qui je donne un coup de main ont parfois le même problème. Ils ne comprennent pas l'annotation (moi non plus d'ailleurs. Parfois). Et (Surtout) ils n'osent pas poser la question (le prestige du prof, la pression des pairs, tout ça...). Je les incite à le faire. Et je prie pour que le prof ne soit pas trop sot/ obtus quand ils leur poseront la question. -fin de l'aparté-
Bref, cette nouvelle manière de (ne pas) noter me semble avoir de l'intérêt.
Mais en dehors des délires journalistiques: repose-t-elle sur des bases scientifiques validées?
(Même si j'ai rarement entendu parler de truc concernant l'évaluation qui ont été scientifiquement validés. Rectificatif: en fait, j'ai jamais entendu parler de truc éducatifs validés scientifiquement. Ca semble plus être une suite de traditions appliquées spontanément.)

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28 Nov 2014 18:10 #12535 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Lisez l'exemple que j'ai pris plus haut dans un article pour voir que tout type d'évaluation peut parfaitement être biaisé et qu'à tout prendre la notation (avec les annotations et appréciations) est beaucoup plus lisible.
Pour vous en convaincre prenez connaissance des compétences telles qu'elles sont transmises aux enfants et aux parents en primaire par exemple.

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28 Nov 2014 18:18 - 30 Nov 2014 15:11 #12536 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Dans "La Grande table" du 28/11/14 : "Faut-il supprimer les notes à l'école ?" sur "France Culture".
A la question de Caroline Broué qui demande si les résultats sont meilleurs dans ces classes expérimentales où on a supprimé les notes, cette réponse ingénue :

Pierre Merle dit: On manque d'évaluations - je dirais - de type scientifique pour dire "C'est un système qui est plus opérant". C'est-à-dire normalement il faudrait faire une évaluation standardisée au début de l'année, de classes avec des évaluations par couleur, d'évaluation sans couleur et à la fin de l'année faire des évaluations selon le niveau initial des élèves etc. etc. C'est compliqué à faire. Il y a satisfaction des professeurs qui trouve que finalement c'est un système où les missions qui sont les leurs leur semblent mieux assurées. Les élèves sont moins stressés : on sait que c'est un des grands problèmes de l'école française."

On est rassurés par ces arguments convaincants.
Sur le stress des élèves, le sociologue Pierre Merle ne saurait mieux se tromper : PISA : à l’école comme "chez moi" :devil:

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28 Nov 2014 21:57 #12538 par LeCancre
Réponse de LeCancre sur le sujet La suppression des notes
"Pour vous en convaincre prenez connaissance des compétences telles qu'elles sont transmises aux enfants et aux parents en primaire par exemple. "
Malheureusement, je ne suis pas dans l'éducation, je ne sais pas comment les connaissances sont transmises en primaire.
"qu'à tout prendre la notation (avec les annotations et appréciations) est beaucoup plus lisible"
Ouaip, sauf que lorsque j'étais gamin, mes parents ne s'intéressaient qu'à la note. Et avec mes autres camarades de classe, c'était pareil. Mieux valait un 13 avec un "apprends mieux ton cours!" qu'un 8 avec "tu es en progrès, c'est bien".
Quand j'aide des élèves, je leur apprend à lire l'appréciation, et je m'en sers pour déterminer ce qu'il faut que je fasse. Mais eux ne le font pas, et leurs parents non plus (ou pas souvent)...
"Lisez l'exemple que j'ai pris plus haut dans un article pour voir que tout type d'évaluation peut parfaitement être biaisé"
Je l'ai lu et en effet il est biaisé:
- faible effectif ("petit collège") (quid de la variabilité statistique)
- milieu particulier ("rural")
- professeurs se mettant probablement la pression car conscient de l'expérimentation en cours: on ne sait pas si l'effet observé est du à la méthode ou à la plus grande attention des enseignants.
Sur le dernier point, je pourrais vous donner un exemple équivalent dans le monde médical. Supposez que vous et dix autres patients soyez sélectionnés pour faire une étude sur un médicament qui soigne les aigreurs d'estomac. On vous donne à tous le médicament, on vous dis à tous que c'est une merveilleuse méthode qui donne des résultats formidables chez le rat, et les médecins comme les soignants sont au courant de l'importance de l'étude pour le ministère. Et bien même si le médicament n'est pas efficace du tout, vous allez avoir une amélioration dans environ 30% des cas ! Effet placebo, ça s'appelle.
Donc cette expérimentation n'est pas ce que j'appelle "une étude de référence". Ils auraient aussi bien pu tester si donner des fraises tagada bio en fonction des notes était efficace, et là aussi je pense que la journaliste se serait émerveillée devant les résultats (et aurait en plus demandé à participer aux cours! :rirej ).
Par "étude de référence" je veux dire la bonne vieille " étude randomisée en double aveugle, avec répartition aléatoire et randomisée ".
Par exemple:
Vous prenez suffisamment de gamins (500? 1000? 100 000?) sélectionnés au pif, vous leur faites faire à tous le même devoir, et vous anonymisez les copies. La moitié (sélectionnée au hasard) est notée avec des notes (par des profs choisis au hasard), l'autre avec le nouveau système (par des profs choisis au hasard).
Vous leur remettez un devoir (au bout d'un temps suffisant pour que le paramètre "notation" ait fait effet). Vous évaluez s'ils ont progressé ou non. Vous faites un petit test statistique pour savoir s'il y a une différence observable ou non (avec un risque de x%).
Restera toujours le risque que les enseignants aient introduit un biais par leur manière de noter, mais ça je ne sais pas comment on peut s'en affranchir (QCM?).
Vous répétez avec plusieurs type de devoir (manière de voir si cette méthode donne les même résultats pour un devoir de math ou de géo) et pour plusieurs niveau (plus efficace avec des CE2 ou avec des 1ereS).
Et là vous aurez un résultat (ou non) qui ne dépendra pas de multiples biais comme pour l'expérimentation faite dans "un petit collège rural du Gers" (- aparté: en relisant cette expression, j'ai l'impression d'entendre Jean Pierre Pernaut-Ricard (sur TF1) s'adressant à ses groupies du 4ème âge... :papy: - )
Bref, savez vous si une étude randomisée en double aveugle, avec répartition aléatoire et randomisée a été faite sur le sujet ou si la seule raison de mettre cette nouvelle méthode en place n'est qu'une lubie de ministre validée par deux trois études bidons? (Avec comme gros corollaire que dans 10ans on aura un nouveau ministre qui dira: "il faut revenir à la notation avec notes, mon prédécesseur était un nul, votez pour moi, merci.").

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28 Nov 2014 23:42 - 29 Nov 2014 11:51 #12540 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

LeCancre dit: Par "étude de référence" je veux dire la bonne vieille "étude randomisée en double aveugle, avec répartition aléatoire et randomisée".

Voyez ce que dit Pierre Merle dans le message qui précède le vôtre ! ;)

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29 Nov 2014 11:04 - 02 Déc 2014 16:21 #12545 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

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01 Déc 2014 12:45 #12573 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Dans "VousNousIls" du 01/12/14 : "Vers la fin des notes à l’école ?"


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01 Déc 2014 13:01 - 01 Déc 2014 13:56 #12576 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet La suppression des notes

Loys dit: Annotations et appréciations sont bien plus personnalisées qu'une grille pré-établie...

Mais beaucoup plus difficile à faire remonter à un organe centralisateur.

On le voit, il s'agit ici de caricaturer la pratique de la notation en la réduisant à la seule note.

Ou de préparer un pilotage de l'enseignement par la performance, comme un genre de PISA permanent.

C'est contre l'informatisation et la prise en compte des seules notes qu'il faut se battre...

Conception artisanale du métier. Le slogan d'un ancien DGESCO, "On a réussi la massification de l'enseignement, mais pas sa démocratisation", dissimule des envies de taylorisation.

Elle est plutôt dans constatation des lacunes et des manques que dans la capitalisation des progrès, le symbole étant la dictée où on enlève des points à chaque erreur, et même si les points négatifs du thème latin ont disparu (encore que…)

Cette logique est proprement aberrante : une dictée avec un mot sur deux comprenant une faute serait donc une dictée à moitié réussie. Voir notre article à ce sujet : "Loto dictée" .

En complément de cet article, je voudrais ajouter :
- la constatation des lacunes et des manques, que fustige le cahier pédagogique, est pourtant bien la raison d'être de l'évaluation. C'est l'opération de "check" dans la boucle de la qualité, qui va permettre de définir les actions de remédiations. "capitaliser les progrès", en revanche, cela ne permet jamais de progresser.

boucle de qualité, dite roue de Deming
- quant à la dictée, la notation soustractive est conforme à la compétence visée : lorsque nous lisons un rapport ou un article et que nous tombons sur une faute, nous sourions : tient, il s'est fait avoir. A la seconde et la troisième faute, nous fronçons les sourcils : il aurait pu faire attention. Chaque faute supplémentaire réduira notre capacité de concentration sur le document et notre adhésion à son contenu. Passé un certain seuils de crasse, aucune faute supplémentaire ne peut plus pénaliser l'auteur : il a atteint le niveau zéro. La notation soustractive de la dictée semble ainsi parfaitement adaptée à l'évaluation de ce que doit être une orthographe correcte dans le monde réel.
Ouvrons les yeux : les gens qui ont mis en place les notations soustractives n'étaient ni des crétins, ni des sadiques. C'était tout simplement des vrais pédagogues, et la condescendance de nos pédagogistes à leur égard est l'exact corolaire de la nullité de notre école.

Par ailleurs une évaluation qui considère indistinctement la plupart des apprentissage comme "en cours d'acquisition" permet beaucoup moins de "capitaliser les progrès" que les notes...

J'ai déjà dit ici combien cette catégorie "en cours d'acquisition" est profondément inepte. Lorsqu'on utilise vraiment le concept de compétence, on gradue celle-ci sous la forme "initiation / pratique / autonomie / maîtrise / expertise", chacun de ces palliés étant défini au moins par une courte phrase.
En cours d'acquisition, c'est simplement un cache misère.

On a beaucoup de mal à évaluer le travail collectif et les résistances sont très fortes chaque fois qu’on s’y essaie (cas des TPE)

En quoi l'évaluation par notes s'y oppose-t-elle ?
Il faut dire, dans le cas des TPE, que les professeurs sont amenés à évaluer des candidats dans des disciplines qu'ils ne maîtrisent pas...

Bien-sûr ! La mise en avant des TPE est un moyen de valoriser les seules compétences des élèves, construites en opposition au savoir disciplinaire. La défense des TPE est un bon marqueur du caractère pédagogiste du discours.
Sur le fond, j'ai entendu dire que l'équivalent des TPE dans les classes prépa scientifiques, qui s'appelle TIPE, est en perte de vitesse. Les commanditaires des concours se sont rendus compte de deux choses :
- organiser une épreuve sur les TIPE est très cher (contrairement à l'éducation nationale, ces gens-là savent compter ce que coûte les lubis pédagogistes).
- la note sur les TIPE n'est pas discriminante. Elle ne permet pas de recruter des candidats meilleurs, elle ne permet même pas de recruter des profils "différents". Elle ne sert à rien : c'est une perte de temps.

L’évaluation est trop peu collégiale. Chez certains enseignants, 13, c’est déjà bien, tandis que c’est «  faible  » chez d’autres.

Les appréciations servent précisément à relativiser les notes...

Et l'enseignant donne aussi le mode d'emploi. Entendu en réunion parent-prof : l'objectif, cette année, c'est d'avoir 17. En dessous, vous devez réagir.

Un nébuleux "en cours d'acquisition" aura le mérite de mettre tout le monde d'accord. :santa:

Ce n'est pas seulement nébuleux. C'est surtout très hypocrite dans le résultat, et d'abord très lâche dans l'intention.

Le 20 semble impossible dans certaines matières de la part de professeurs.

Dans Affelnet la note maximale affectée pour une compétence est 16. :mrgreen:

Excellent !

Elle peut conduire à des humiliations quand elle est rendue publique (l’annonce à haute voix des résultats, les remarques publiques désobligeantes, etc.

Ce n'est pas la note qui est mise en accusation ici. Dire publiquement qu'un élève n'est pas compétent produirait les mêmes effets...

Pire même, car la note permet un continuum entre les meilleurs et les moins bons. En segmentant la classe en trois ensembles localement étanches, la notation qualitative tronçonne la classe et me semble potentiellement plus dangereuse pour la cohésion du groupe.

Autre glissement très grave : les "compétences" deviennent ici une "capacité à s'investir" ou des "attitudes intellectuelles". Avec ces "compétences" nébuleuses et évaluées au doigt mouillé, en toute docimologie, ce n'est donc plus le travail de l'élève que l'on juge, mais l'élève lui-même. :fur

A ce titre, le concept de "savoir être" est extrêmement problématique - évalue-t-on l'essence des individus ? En français correct, on devrait parler de "savoir vivre". Si on voulait aller plus loin dans la bienveillance, on parlerait de "savoir se tenir".

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01 Déc 2014 20:04 #12583 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Merci archeboc, notamment pour l'info sur les TIPE. Je vais creuser un peu la question.

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01 Déc 2014 20:06 #12584 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Dans "Le Figaro" du 1/12/14 : "Vers la fin des notes à l'école" .


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01 Déc 2014 20:24 - 01 Déc 2014 20:25 #12585 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

La note chiffrée ne serait, elle, qu'un élément d'évaluation parmi d'autres.

:scratch:

Elle se devrait d'être «indicative», et non «perçue exclusivement comme un moyen de récompense ou de sanction et un instrument de tri et de hiérarchisation sociale des élèves».

Depuis quand une note servirait-elle de sanction ou de récompense ? :shock:
D'instrument de tri ou de hiérarchisation sociale des élèves ? :shock:
Le seul tri effectif, c'est le tri effectué à partir des notes par les logiciels d'affectation académiques ! :fur

Le document remis à Najat Vallaud-Belkacem oppose à cela l'évaluation dite «positive», au-delà de la «réponse binaire de succès et d'échec».

En quoi une note est-elle une "binaire" ? Au contraire, une compétence acquise ou non acquise, voilà une évaluation "binaire". :fur

«Purement démagogique»
Abandon de l'«évaluation sanction», au profit de l'«évaluation bienveillante»? Le discours est dans les tuyaux depuis le début du mandat de François Hollande. Ses trois ministres de l'Éducation successifs en ont sagement repris les termes jusqu'à Benoît Hamon, qui, en cinq mois seulement passés Rue de Grenelle, a trouvé le temps d'ajouter sa pierre à l'édifice en lançant une grande concertation sur le sujet…

C'est vrai qu'il n'y a pas d'autres priorités...

«En quoi la notation sur 20 serait-elle malveillante?» s'indigne-t-on au Snalc. Le syndicat d'enseignants, qui défend bec et ongles cette traditionnelle notation «précise et parlante», dénonce «une démarche purement démagogique». «Focaliser l'attention du public sur l'évaluation permet d'évacuer les vraies difficultés, liées aux apprentissages», poursuit le syndicat, qui pointe «le mythe du collège unique» et «l'illusion d'un succès uniforme». À l'Unsa, en revanche, on salue les propositions du conseil des programmes. «On ose enfin secouer le cocotier», se félicite Christian Chevalier. «En trois ans, le débat est arrivé sur la place publique», poursuit-il, rappelant la pétition en faveur de la suppression des notes signée en 2010 par une vingtaine d'intellectuels, parmi lesquels le neuropsychiatre Boris Cyrulnik et le pédopsychiatre Marcel Rufo.

Il n'y pas de débat à vrai dire : tout est déjà décidé...

Concrètement, pour le conseil des programmes, il ne serait plus question de notes chiffrées pour les évaluations «certificatives», qui viennent valider un cycle d'apprentissage ou le «socle commun de connaissances et de compétences» (voir ci-contre), ce bagage que tout élève doit maîtriser à l'issue de la scolarité obligatoire.

Quel rapport entre compétences et notes ? Une compétence peut parfaitement être évaluée par notes, c'est d'ailleurs ce qui se passe dans certaines académies dans Affelnet...

Le concept de socle, venu des pays scandinaves et apparu en France avec la loi Fillon de 2005, s'accommode mal, en effet, de la note sur 20.

On se demande bien pourquoi... :shock:
En quoi "Identifier les périodes de l’histoire au programme" (LPC) ne pourrait-il pas s'évaluer avec précision, de 1 à 20 ?
Le concept de socle est plutôt importé des pays anglo-saxons, du common core américain et des test PISA.

Voici donc le grand retour de la notation par lettres?

Dans l'alphabet il y a plus de paliers que de 1 à 20. :mrgreen:
Et au fait, si on y revient, pourquoi en était-on parti ?

«Les travaux scolaires les plus formateurs sont ceux où la préoccupation de la note s'efface», indiquait en 1969 le ministre Edgar Faure dans une circulaire appelant les enseignants à remplacer les notes par des lettres… Vaine tentative puisque, rapidement, les A, B, C, D, E s'étaient trouvés agrémentés de + ou de -. Avant d'être délaissés…

Mais ça, personne ne cherche à savoir pourquoi...

Cap sur l'évaluation par compétences
En annexe du rapport du Conseil supérieur des programmes (CSP), un document «provisoire» de trois pages fixe les nouveaux contenus à évaluer. Dans le bloc de compétences «comprendre, s'exprimer en utilisant la langue française», traduisons à l'ancienne «cours de français», il faut à l'issue du CE2 savoir «faire à l'oral un récit structuré.

Pour préparer aux exercices de PISA ?

Communiquer en se faisant comprendre devant la classe. Écrire de manière autonome un texte court». En fin de troisième, on attend une interaction à l'oral «de façon argumentée en employant une langue adaptée à la situation de communication». Ou encore «lire et repérer les intentions, dégager les implicites dans des textes de genres variés».
L'évaluation par «compétences» telle qu'elle est promue par le CSP est décriée par les «antipédagogistes» comme les professeurs affiliés au Snalc ou le polémiste Jean-Paul Brighelli, combattent . Pour le CSP, il faut «prendre en compte l'ensemble des compétences définies par le socle commun et ne pas se limiter à celles évaluées par les épreuves classiques».

C'est compréhensible compte tenu de l'ampleur du naufrage...

Agacés par cette paperasserie supplémentaire, beaucoup d'entre eux rechignent toujours mais, depuis la loi Fillon de 2005, les professeurs d'école et de collège ne sont plus censés simplement noter les élèves en français ou en mathématiques. Ils se doivent d'évaluer leurs compétences de façon transversale à la fin de chaque classe de CE2, de sixième et de troisième.

Pour quel résultat neuf ans après ? Bah...

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02 Déc 2014 09:53 #12588 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Dans le "Café" du 9/12/14 : "Evaluation du socle : Les propositions mesurées du CSP"



François Jarraud

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03 Déc 2014 08:43 - 12 Juil 2015 20:52 #12598 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Dans "Rue 89" du 02/12/14, cet article-blague : "Notes à l’école : 1969, de Gaulle cède « à la pédagogie gauchisante »"

"Le Conseil supérieur des programmes (CSP) propose de remplacer la notation sur 20 par un autre, plus léger. Dans son édito du 2 décembre, Le Figaro moque la « pédagogie post-soixante-huitarde ». Pourtant, c’est un ministre de l’Education nationale sous de Gaulle qui avait proposé pour la première fois de supprimer les notes sur 20, jugées trop « perturbantes » pour les élèves.
Je me suis amusé à écrire un imaginaire article du Figaro sur la (vraie) directive Faure, datée du 6 janvier 1969, en me faisant passer pour un certain Yves Préau. Pour retrouver l’ambiance de l’époque, j’ai contacté Claude Lelièvre, historien de l’éducation.
Rémi Noyon"



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03 Déc 2014 09:00 - 03 Déc 2014 15:45 #12599 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Un exemple que l'évaluation par compétences ne s'oppose pas à la notation :


Analyse de quelques points de l'article :

En clair, vos enfants ne reviendront plus à la maison avec une note sur 20, mais avec des « appréciations globales » telles que « très satisfaisant » ou « moyen » et – « si on le juge bon » – des symboles A, B, C, D, E, ou 1, 2, 3, 4, 5 ». On se demande bien comment les enseignants vont pouvoir évaluer finement les progrès de leurs élèves, dont on sait à quel point ils peuvent se sentir encouragés par le passage d’un 7 à un 8 venant récompenser un dur labeur.

En l'occurrence le peu d'évolutions possibles dans un système de paliers limités est assez peu encourageante...

Faure, ministre « saltimbanque »
Depuis qu’il a pris ses fonctions, Edgar Faure semble résolu à bouleverser de fond en comble l’Education nationale, sans que le président de Gaulle, hélas, ne s’en inquiète outre-mesure. La droite est gênée puisque, dès mars de l’année dernière, Alain Peyrefitte, le précédent ministre de l’Education nationale, stigmatisait « les excès de l’individualisme, qui doivent être supprimés en renonçant au principe de classement ». On ne saurait être plus clair !

On confond ici volontairement notation et classement. On peut parfaitement noter sans classer et on peut parfaitement évaluer par compétences et classer.

Le ministre souhaite remplacer l’actuel système de notation par des « appréciations globales ». Qu’en pensez-vous ?
C’est stupéfiant de niaiserie. Si ça continue, on mettra les tables en U et on donnera la parole aux élèves. Et pourquoi pas respecter les rythmes naturels de l’enfant ? Le rythme naturel d’un gamin, c’est la glande. On ne fait pas une nation avec ça.

Comprendre : les réformistes donnent la parole aux élèves, mais pas les autres. De même allusion aux rythmes scolaires, progrès pour les élèves : cette mesure était pourtant dans les cartons de Luc Chatel. Pourtant ces rythmes sont bien éloignés des préconisations de l'Académie de médecine. :devil:

Quels sont les enjeux de ce débat ?
Cette circulaire s’inscrit dans un mouvement plus large de sape de l’autorité, à l’école comme dans d’autres institutions. L’enseignant n’a plus pour fonction de transmettre le savoir mais d’aider les élèves à découvrir « leur » vérité. Autant vous dire qu’on fabrique une génération d’abrutis.

Il n'y a pas de caricature ici : c'est le discours constructiviste... :santa:

Qu’est-ce qu’une évaluation « qui évite de dramatiser » selon vous ?
C’est un concept fumeux. Ces gens sont aveuglés par les sociologues marxisant à la mode. Comme si l’école n’était que le lieu de domination des bourgeois. C’est grotesque. Molière, c’est peut être bourgeois, mais c’est la France. Le niveau chute, ce n’est pas en cassant le thermomètre que ça va s’améliorer.

Il serait bon s'interroger sur ce que le discours de Bourdieu et sa récupération pédagogiste ont produit comme reproduction sociale.
Et au fait : le niveau chute-t-il ou non ? S'il ne chute pas, tout va bien. S'il chute, pourquoi ces records au bac d'une part et la nécessité absolue, l'urgence de réformer l'évaluation, source soudaine de bien maux dans l'école ?

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03 Déc 2014 13:50 #12600 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes
Et une réponse à Rémi Noyon dans notre article : "La pégagogie “gauchisante”" (3/12/14)
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03 Déc 2014 17:55 #12603 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La suppression des notes

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