Autorité et discipline à l'école

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27 Mai 2014 14:34 #10658 par Loys
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27 Mai 2014 14:46 #10661 par Loys

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02 Jui 2014 14:36 - 02 Jui 2014 14:39 #10748 par Loys
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Dans le "Café" du 02/06/14 : "A quoi sert le conseil de discipline ?"


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02 Jui 2014 14:39 - 02 Jui 2014 14:40 #10749 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école

On voit trop d'exclusions d'élèves qui ont un problème avec un professeur

Je n'en ai jamais vu. :shock:
Et pour que l'exclusion ait lieu il faut qu le "problème" soit un peu plus qu'un "problème"...

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02 Jui 2014 14:44 #10750 par Loys

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02 Jui 2014 18:55 - 02 Jui 2014 19:43 #10754 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Autorité et discipline à l'école

Loys dit: Dans le "Café" du 26/05/14 : "Conseil de discipline : Un décret autorise l'interdiction provisoire d'accès à l'établissement" .
"En cas de nécessité, le chef d'établissement peut interdire, à titre conservatoire, l'accès de l'établissement à l'élève pendant le délai mentionné au premier alinéa. Cette mesure ne présente pas le caractère d'une sanction". Ce nouvel alinéa de l'article R 421-10-1 du Code de l'éducation autorise le chef d'établissement à exclure de fait durant 3 jours un élève convoqué à un conseil de discipline sans qu'un recours puisse avoir lieu.

François Jarraud a fait une erreur d'interprétation de ce décret, et j'ai l'impression que certains contributeurs de neoprofs l'ont fait de même.
Explication : l'exclusion à titre conservatoire avant un conseil de discipline existe déjà. C'est l'article D511-33 du code de l'éducation.
Cette exclusion conservatoire, prévue pour le cas de convocation d'un conseil de discipline, n'était pas possible lorsque le chef d'établissement se prononçait seul sur la sanction disciplinaire. Or le même code de l'éducation prévoit un délai de trois jours entre le début de la procédure disciplinaire et le prononcé de la sanction, afin que l'élève ait le temps de présenter sa défense. Le chef d'établissement se trouve donc aujourd'hui autorisé à exclure l'élève pendant ces trois jours.
On notera deux choses :
- d'abord, François Jarraud aurait pu se douter de son erreur, puisqu'un conseil de discipline met plus d'une semaine à être réuni. Il est donc absurde d'exclure un élève 3 jours à titre conservatoire.
- cette exclusion conservatoire de trois jours n'est pas forcément au détriment de l'élève. En effet, lorsqu'il se prononce seul, le proviseur ne peut pas infliger d'exclusion définitive. L'élève a donc intérêt à ne pas passer par la case "conseil de discipline". Mais il y a des cas où le retour de l'élève le lendemain de son forfait déclencherait une bronca des enseignants. Le chef est alors moralement obligé de convoquer le conseil de discipline. La nouvelle mesure d'exclusion temporaire permet au chef d'établissement de mettre le problème au frigo pendant trois jours, le temps que les esprits se rassissent, de prononcer dans le secret de son bureau une sanction modeste - une semaine d'exclusion, et l'élève revient en cours dans la foulée. Cela évite de déranger la hiérarchie avec une exclusion définitive.

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10 Jui 2014 23:12 - 10 Jui 2014 23:17 #10871 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Il y a une suite : www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/...379802931240363.aspx



Le lycée Vaugelas de Chambéry, avec ses très bons résultats au bac, me semble assez loin de la réalité des collèges difficiles. Un portrait ici : lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2014/04/06/...uveau-leader-lyceen/

L'UNL, un temps proche de la FSU, s'est rapprochée du camp réformateur de l'UNSA il y a quelques années déjà, et tient cette ligne depuis. La première association lycéenne (devant la FIDL) a été créée en 1994 et compte aujourd'hui 7000 adhérents.

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23 Oct 2014 09:22 - 23 Oct 2014 09:27 #12104 par Loys

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23 Oct 2014 15:04 - 23 Oct 2014 15:08 #12117 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Autorité et discipline à l'école

"Les exclusions abusives de cours sont un véritable fléau, |..] écrit l'inspecteur général Didier Bargas |..] Il estime leur nombre à 100 à 500 par an en collège,

Cela fait environ trois heures perdues par élève. Moins, donc, que l'inutile demi-journée de concertation sur le socle, récemment imposée par le ministère. Un fléau, une face noire ?

Une étude réalisée par Agnès Grimault-Leprince |..] "On observe dix fois plus d’exclusions par élève pour le collège zone violence que pour le collège favorisé", écrit-elle.

C'est peut-être pour cette raison qu'il est en zone de violence ?
Par ailleurs, le collège zone violence et le collège favorisé sont bien au singulier : l'étude citée ici a étudié un collège zone violence et un collège favorisé. En tout, l'étude porte sur six établissements. Il ne faut pas cracher dessus, mais il faut éviter les extrapolations, et rire des chiffres après la virgule.

La diversité est également dans les motifs. L'agitation vient en tête (environ 4 cas sur 10). Mais on trouve aussi des faits beaucoup moins graves voire sans rapport avec la gêne d ela classe : l'absence de matériel (un cas sur 10) ou le bavardage (1 sur dix aussi).

Le bavardage ne gène pas gravement la classe ? C'est de l'humour ?
Quant à "l'agitation", l'euphémisme est admirable. D'un côté il gomme ce que le chahut peut avoir de perturbateur pour l'ordre de la classe. De l'autre, il donne au chahut les traits d'un phénomène naturelle, comme l'agitation thermique des atomes. Qui voudrait lutter contre le mouvement brownien ?
Ce terme d'"agitation" n'est pas de F. Jarraud, mais de l'auteur de l'étude. (Cette étude contient d'autres jolies pépites. Je vous conseille en particulier le bas de la page 4, où vous apprendrez que si vous excluez plusieurs élèves en même temps, vous violez le principe d'individualisation des sanctions. Si cette lecture de l'individualisation était adoptées en matière pénale, cela ferait le bonheur des malfrats).

"la catégorie socioprofessionnelle du père (notée par le CPE suivant les déclarations de l’élève exclu) a également un effet net significatif sur l’exclusion de cours. Les élèves de milieu défavorisé ont en effet une probabilité 2,4 fois supérieure d’être récidivistes, toutes choses égales par ailleurs".

Toutes choses égales par ailleurs ? Ou plus modestement après compensation de toutes les autres variables disponibles ?

L'exclusion a lieu [..] davantage en hiver qu'au printemps.

Peut-être parce que les élèves les plus perturbateurs sont contents d'être au chaud en hiver, mais sèchent dès que reviennent les beaux jours ?

Les stratégies des établissements sont aussi variables. En principe il devrait y avoir "un dispsoitif connue de tous". En réalité il y a des usages.

Et si les usages, lorsqu'ils sont efficaces, constituaient le meilleur des dispositifs ?

Une autre stratégie qui réduit les exclusions consiste à obliger l'élève à téléphoner à sa famille.

Allez, le jour ou ce "dispsoitif" sera appliqué dans une majorité de collèges, le café pédagogique protestera contre cette mesure vexatoire et humiliante.

La séparation entre vie scolaire / éducation et professeurs / instruction joue à plein. C'est ce qui explique qu'une bonne partie des exclus sont des récidivistes. Le professeur de français ignore ce que vient de décider le professeur de maths. Et personne ne s'intéresse vraiment aux effets sur les apprentissages. C'est pourtant pour les récidivistes qu'un vrai problème se pose.

Les récidivistes récidivent parce qu'ils n'ont au sens propre rien à faire dans ce système scolaire qui les a laissé décrocher depuis le CP, qu'ils en sont dégoutés et qu'on continue à les gaver d'un amas de cours qui n'ont aucun sens pour eux. Aux cinq minutes d'interclasse où professeurs de français et de math n'ont pas eu l'occasion d'échanger trois mots, il est inepte de d'attribuer la source d'un problème qui remonte aux premières années du primaire.

La question des exclusions de cours a beaucoup à voir avec d'autres questions soulevées en ce moment, comme le redoublement par exemple. On peut toujours constater les dégats qui sont bien réels.

Les dégâts de l'indiscipline, en revanche, on ne les étudie pas. Etrange.

Pour une bonne raison : l'exclusion de cours si elle est néfaste pour la scolarité de l'élève a son utilité dans le système tel qu'il est. Elle est y a sa source et y est utile.

Que veut dire la dernière phrase ? Soyons plus précis : l'exclusion de cours, si elle est néfaste pour la scolarité d'un élève, est bénéfique pour tous les autres.
C'est un réflexe facile à prendre : à chaque fois que vous voyez un texte qui parle de l'élève, comme s'il était unique et seul en interaction avec les adultes, vous entrez dans une monde parallèle déconnecté du réel.

Plus que de circulaires c'est de réponses dont ont besoin les enseignants. Qui s'y colle ?

Qui s'y colle : bravo la blague ! C'est le meilleur de l'article !

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01 Déc 2014 00:25 #12567 par Loys

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01 Déc 2014 00:26 #12568 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école

A la fin de l'année scolaire, si l'élève a respecté les conditions de son sursis, il voit ses compteurs remis à zéro et reprend le cours normal de sa scolarité.

C'est de toute façon le cas, même après exclusion... :santa:

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22 Jan 2015 09:49 - 22 Jan 2015 09:51 #12961 par Loys

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24 Jan 2015 11:55 - 24 Jan 2015 11:58 #12985 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Dans "L'Express" du 24/01/15 : "Autorité à l'école: comment sanctionner en éduquant" par Sandrine Chesnel.


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24 Jan 2015 12:08 - 26 Jan 2015 09:53 #12986 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école

Concrètement, un élève qui a tagué les murs de son collège, pourra travailler avec l'équipe d'entretien pour les retirer. Un jeune absentéiste, qui refuse systématiquement de rendre ses devoirs, devra réfléchir à son projet d'études et rencontrer des professionnels dans les métiers qui l'intéressent. Un fumeur de cannabis qui s'est fait surprendre dans la cour rencontrera un médecin spécialisé dans les addictions et retranscrira leur entretien.

A part dans le premier cas, la "contrainte" est limitée.
Quant à l'efficacité, on peut avoir quelques doutes : pourquoi un élève refusant la contrainte scolaire (absences, devoirs) accepterait-il cette contrainte ? :scratch:
Quant à "rencontrer des professionnels dans les métiers qui l'intéressent", c'est supposer qu'il puisse accéder à ces "métiers qui l'intéressent". Et le danger est grand de créer des illusions.

Avec, à chaque fois, un "temps de reprise" obligatoire qui doit permettre à l'élève de restituer, en fin de parcours et devant un représentant de l'établissement et ses parents, ce qu'il a appris, et compris.

Une contrainte pour l'enseignant autant que pour l'élève.
Dans les établissements les plus difficiles, ces temps de reprises seraient permanents...

Une sanction intelligente, mais rare
Sur le papier, la mesure de responsabilisation mérite au moins un 18/20.

Ce qui semble intelligent sur le papier ne l'est pas toujours dans la réalité...

Elle repose sur une personnalisation et une prise de conscience de sa faute ou de son erreur par le jeune sanctionné :

La personnalisation (idéologie forcenée actuelle de l’Éducation nationale) ne peut fonctionner que si la faute est exceptionnelle...

...on est loin des "simples" heures de colle, ou des exclusions qui contribuent à renforcer l'image de petits caïds de certains élèves. Surtout, c'est un bon moyen de limiter le nombre d'exclusions, temporaires ou définitives, antichambres du décrochage scolaire.

Le décrochage scolaire a déjà été bien limité de façon artificielle. Ce n'est qu'un moyen de plus, qui a l'avantage de faire baisser les statistiques de sanction d'un établissement.

Mais en pratique, ce type de sanction reste complexe à mettre en oeuvre -plus complexe qu'une exclusion. C'est ce qu'en dit Patrick, principal dans un collège du Nord, pourtant fervent pratiquant de la mesure de responsabilisation: "Sans un tissu associatif local riche, ou un maire concerné par ces questions, il peut être compliqué de trouver des interlocuteurs aptes et motivés pour recevoir un jeune en rupture." Car si ces mesures de responsabilisation peuvent se faire dans l'établissement, elles impliquent souvent un accueil de l'élève à l'extérieur, dans une collectivité (mairie), une administration ou une association.
Des associations en support
Pour faciliter la mise en place de cette "sanction bienveillante", le ministère de l'Education nationale a donc signé des conventions avec différents partenaires: l'Unicef, la Croix Rouge, mais aussi deux acteurs de l'Education populaire, l'Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville), et l'Ifac (Institut de formation, d'animation et de conseil). Des soutiens précieux puisque ces interlocuteurs sont formés et outillés pour accueillir des jeunes en rupture.

Les sanctions concernent pour la plupart des élèves qui ne sont pas "en rupture".

A l'Ifac, par exemple, des parcours-types axés sur la santé, la citoyenneté, l'orientation professionnelle, ont été développés pour répondre aux besoins des responsables d'établissements cherchant une alternative à l'exclusion. Reste à faire circuler l'information. A modifier les vieux réflexes. Et à trouver les budgets nécessaires. A l'Ifac, on précise qu'un tel accompagnement coûte environ 500 à 600 euros à l'association. Une paille pour sortir un jeune de l'ornière. Mais une sacrée somme en période de disette budgétaire.

On peut éprouver aussi des doutes sur la pertinence pour l'école de sous-traiter ainsi ses difficultés.
Si les professeurs avaient moins de classes et moins d'élèves par classe, ils pourraient sans doute "personnaliser" davantage.
J'ai posté le commentaire suivant :

Beaucoup d'illusions dans cette "mesure de responsabilisation" (encore une euphémisme politiquement correct pour ne pas employer le terme de sanction dans une école bienveillante). La principale illusion est celle de l'applicabilité d'une telle mesure : son caractère personnalisé à l'extrême ne permet son application que dans les établissements où les problèmes de discipline sont exceptionnels. Autant dire qu'elle n'est pas applicable là où elle serait la plus nécessaire : dans les établissements difficiles. Ajoutons que les problèmes de discipline ne concernent évidemment pas que les décrocheurs, de moins en moins nombreux contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire.
De fait la lutte contre le décrochage a d’ores a déjà porté ses fruits (record de 77,3% d’une génération au bac et moins de soixante mille élèves quittant l’école sans aucun diplôme d’après la DEPP). Mais cette lutte procède évidemment d’une réussite scolaire fictive, à laquelle il est à craindre que cette « mesure de responsabilisation » contribue encore un peu plus.

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13 Jui 2015 19:15 #14105 par Loys

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09 Juil 2015 15:43 - 09 Juil 2015 16:14 #14287 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école

Dans le domaine des punitions et des sanctions : les avertissements, blâmes et mesures de responsabilisation sont effacés du dossier administratif à l'issue de l'année scolaire. Les autres sanctions, hormis l'exclusion définitive, sont effacées du dossier administratif au bout d'un an, jour pour jour.
Sauf pour l'exclusion définitive, l'élève peut demander l'effacement de toutes les sanctions de son dossier lorsqu'il change d'établissement. Si l'effet éducatif de la sanction n'est pas avéré, son effacement pourra être refusé. Les sanctions sont effacées du dossier au terme de sa scolarité dans le second degré.

J'ai mentionné ce fait au cours de mon audition au Sénat : le rapport me cite à ce sujet. C'est alors amusant de constater les réactions de déni chez certains "progressistes" :
[ Cliquer pour agrandir ]

Et pour me donner tort, M. Lozac'h cite enfin un document Eduscol ... qui lui donne tort ! :P


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05 Oct 2015 20:22 - 19 Oct 2015 10:00 #14825 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
19% des collégiens du public changent d'établissement dans leur scolarité.
Dans le public 25,8% des élèves de collège changent d'établissement pour un raison liée au manque de discipline ou de sécurité (soit 5% de l'ensemble des élèves).
Dans le privé, 15,3%
Note d'information n°32 de la DEPP (octobre 2015) : cache.media.education.gouv.fr/file/2015/...ollegiens_477615.pdf

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07 Mai 2016 19:54 - 07 Mai 2016 19:54 #16408 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Visiblement, selon l'historien Claude Lelièvre prenant la défense d'Antoine Prost (qui a accusé l'anarchie et le totalitarisme des enseignants n'enseignant pas de façon républicaine), l'autorité des professeurs pose problème :

Le paradoxe est que l’Ecole républicaine va manifestement fonctionner avec un pouvoir des enseignants plus proche de la ‘’monarchie absolue’’ des Frères de Ecoles Chrétiennes (ou du ‘’despotisme éclairé’’ cher au courant dominant de la philosophie des Lumières), que de la ‘’monarchie constitutionnelle’’ et du libéralisme de la Société pour l’Instruction élémentaire.
Il faudra attendre l’entre-deux-guerres pour que des dispositions nouvelles et des dispositifs nouveaux apparaissent, mais qui resteront nettement minoritaires ou dominés. Dans les premières années de l’entre-deux-guerres, un inspecteur primaire, Barthélemy Profit, crée des mutuelles et des coopératives scolaires ou périscolaires dans sa circonscription afin que les enfants des écoles participent à l’effort matériel de reconstruction d’après-guerre . Cette action, au départ à vocation strictement utilitaire, peut transformer politiquement l’école, soutient Barthélemy Profit dans son livre ‘’La coopération à l’école primaire’’ : « L’école coopérative, c’est une école transformée politiquement où les enfants qui n’étaient rien sont devenus quelque chose ; c’est l’école passée de la monarchie à la république ». Cette expérience et ce livre auront un certain retentissement qui sera à la base du développement des coopératives scolaires finalement rassemblées dans une association nationale, l’OCCE (Office central de la coopération à l’école). Cette filiation peut se lire d’ailleurs, par exemple, dans l’intitulé d’un dossier de l’OCCE de 1997 : « L’éducation coopérative est une ouverture à la société républicaine ».
Par ailleurs la coopération, on le sait, est au centre de la démarche de Célestin Freinet et de son mouvement, l’ICEM (Institut coopératif de l’éducation moderne), pour des raisons d’ordre pédagogique mais aussi politique. Selon Freinet, « on prépare la démocratie par la démocratie à l’école. Un régime autoritaire à l’école ne saurait être formateur de citoyens démocrates »

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11 Oct 2016 17:23 - 11 Oct 2016 17:30 #17376 par Loys

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24 Oct 2016 12:09 - 26 Oct 2016 15:56 #17514 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Sur "France Culture" du 24/10/16, avec Guillaume Erner : "Profs, Policiers : le malaise des “urgentistes” de la République"
La sociologue Agnès van Zanten relativise les cas de violence médiatisés contre les enseignants, tout en concédant la progression des "incivilités".

Agnès van Zanten dit: Il faut se soucier de ces incivilités même si elles paraissent moins graves. Elles se créent dans l'école elle-même parce qu'il y a effectivement une difficulté des enseignants aujourd'hui, notamment dans certains établissements, à la fois à contrôler la discipline dans la classe et puis à motiver des élèves.

Donc la sociologue établit la causalité suivante : la "difficulté à motiver des élèves" est pour partie à l'origine des incivilités. :shock:

Et puis les élèves ressentent - toutes les enquêtes nous le montrent récemment, des enquêtes françaises, des enquêtes de l'OCDE - le sentiment qu'ont les élèves français d'être mal à l'école, que l'école est injuste, que la notation est injuste, que l'orientation, notamment l'orientation en lycée professionnel est vécue comme subie. Et tout cela nourrit un climat de tensions qui peut vite dégénérer dans de petites violences, verbales qui peuvent après dégénérer dans des incidents.

Nouvelle causalité : "école injuste", "notation injuste" à l'origine des violences et des incidents.
Agnès van Zanten connaît pourtant bien mal son sujet. D'après l'enquête PISA, les élèves français sont loin d'être "mal à l'école", c'est même tout le contraire : "Je me sens bien à l'école" pour 81% des élèves, dans la moyenne haute de PISA .
Les enquêtes du MEN confirment ces chiffres (92% de collégiens et 94% des lycéens se sentent bien à l'école) et montrent de surcroît que 86% des collégiens et des lycéens trouvent les notes sont très justes ou plutôt justes...
Sur cette question, Agnès van Zanten ne fait que suivre les traces des sociologues Marie Duru-Bellat et Nathalie Mons.

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29 Oct 2016 15:09 #17557 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Dans le "Huffington Post" du 25/10/16 : "Face aux violences scolaires, l'Education Nationale fait le choix des bourreaux" par Fatiha Boudjahlat (Secrétaire Nationale du MRC à l'Education).
Et réponse sur son blog de Guillaume Caron (Sgen-CFDT) : "Où se cache le laxisme ?"


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12 Nov 2016 19:05 #17701 par Loys

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17 Déc 2016 10:08 - 19 Déc 2016 21:42 #17979 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école

Bizarre car, selon PISA, "la France se classe parmi les pays de l’OCDE où la discipline est le moins respectée".

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19 Déc 2016 18:24 - 06 Sep 2019 15:27 #17999 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Béatrice Kammerer, toujours iconoclaste, sur "Slate" du 9/12/16 : "Il est essentiel d'apprendre aussi aux enfants la «bonne» transgression"

Rappelons que Béatrice Kammerer est cette journaliste qui, malgré les résultats de DEPP, CEDRE ou TIMSS, continue à récuser la baisse du niveau ("Les enfants seraient [...] moins bons à l'école, en orthographe")...



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19 Déc 2016 18:46 - 23 Mai 2017 13:16 #18000 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école

L'école et les parents pourraient aussi former les enfants à devenir des citoyens en cultivant leur esprit critique, voire en faisant des «bêtises».

Car un bon citoyen "fait des «bêtises»" (on notera le relativisme des guillemets). :doc:

C’était le printemps, il faisait beau et je prenais le train avec mon fils de 3 ans scolarisé en petite section de maternelle. Le voyage devait durer trois heures et j’avais prévu pour l’occuper un paquet de feuilles blanches et des feutres. L’activité dessin semblait l’enchanter mais il s’est arrêté net en voyant mon matériel: «On ne peut pas colorier avec des feutres maman, la maîtresse a dit que c’est interdit, il faut prendre des crayons de couleurs!». Il fallut dix bonnes minutes de palabres pour qu’il accepte de déroger à cette règle et commence à barioler le papier. Plus tard, alors que je reparlais avec son enseignante de cet épisode, elle m’évoquait les feuilles transpercées par l’humidité des feutres et saluait la bonne intégration des règles de la classe par mon fils.

Comme d'habitude avec les mauvais articles éducatifs, tout part de l'expérience personnelle de l'auteur en tant que parent ou élève, qui déclenche une révélation philosophique. Ici, l'enfant conditionné brutalement à utiliser les crayons en classe : comment une mère responsable pourrait-elle souscrire à une telle aberration ?
Mme Kammerer, qui n'est pas une pédagogue de profession et ne s'est visiblement pas interrogée sur la pertinence pédagogique d'un tel usage des crayons en classe, ne s'est pas interrogée non plus sur la pertinence de soutenir la démarche de l'enseignante.
Et si, dans un monde où la facilité est programmée dès le premier feutre, l'usage du crayon, avec l'effort qu'il demande et les nuances qu'il permet, était une toute petite transgression ?

Assurément n’y voyait-elle pas comme moi...

:roll:

... les prémisses d’un radicalisme scolaire ordinaire, qui cultive chez les enfants la certitude qu’il est très grave d’écrire en noir plutôt qu’en bleu ou de ne pas changer de page en commençant un nouveau chapitre.

Respecter les exigences d'un professeur, c'est vrai que c'est un sacré "radicalisme scolaire".

Derrière cette anecdote banale, il y a pourtant une question essentielle pour l’éducation des enfants: alors que tout le monde s’inquiète du bon apprentissage des limites, quel espace nous reste-t-il pour apprendre aux enfants à transgresser? C’est-à-dire, à devenir capable de prendre du recul par rapport à la société dans laquelle ils vivent...

La société dans laquelle vivent les enfants, c'est celle qui vend des feutres et même des iPads... Où est la transgression, Mme Kammerer ?

...pour en inventer les possibles futurs...

Parce qu'un enfant dessine au crayon ou respecte les règles de la classe, il ne sera donc pas "créatif" (la nouvelle valeur scolaire cardinale pour les parents bourgeois-bohème) ?

...à cultiver l’esprit critique nécessaire pour en relever les insanités...

L'esprit critique d'un enfant de trois ans...

...à trouver la force de s’opposer à ses injustices...

:santa:

... c’est-à-dire en un mot, à prendre leur place pleine et entière comme citoyens dans la société de demain?

Les citoyens respectent les règles : l'école leur apprend petit à petit à consentir à ce petit abandon de liberté nécessaire à la liberté d'autrui.
Ce n'est pas l'autorité scolaire, ici en cause, qui fait des citoyens dociles puisqu'au contraire le but de cette autorité est d'émanciper les enfants : ce qui en fait des citoyens dociles, c'est l'ignorance, quand l'école ne remplit plus son rôle.

Sois silencieux mais participe, reste tranquille mais sois enthousiaste, attends qu’on te donne la parole mais n’embarrasse pas le maître de tes questions, aide tes camarades mais ne les laisse pas recopier: la liste des exigences à laquelle doit satisfaire un élève pour correspondre aux canons professoraux est tissée de contradictions.

Il n'y a aucune "contradiction" dans tous ces exemples : participer par exemple, c'est savoir parler et se taire au bon moment, en fonction de règles simples et claires, nécessaires pour que TOUS puissent participer. Mais si l'enseignante a conscience de ce "tous", ce n'est pas le cas de Mme Kammerer, qui semble un bel exemple de ces parents dont l'horizon se borne à leur seul enfant et qui ne supportent l'idée de la moindre contrainte qui lui serait imposée.

Peut-on affirmer que ces règles ne sont là que pour permettre à chacun d’apprendre et progresser au mieux? Il est permis d’en douter.

Il faudrait surtout que Mme Kammerer, à défaut d'enseigner, envisage la question.

Car ce qui s’exprime d’abord, c’est la volonté de l’institution de protéger ses valeurs, ses représentations et ses habitudes.

Bien sûr "l'institution scolaire" est entièrement liguée pour brimer les élèves et brider leur créativité autant que possible. Les crayons ne sont qu'un exemple.

L’adhésion de toutes et tous à la culture scolaire est en effet un des ingrédients essentiels à la réussite du projet de l’école, qui enjoint chaque enseignant à une forme de taylorisme éducatif: faire maîtriser un même corpus de connaissances à un grand nombre d’enfants.

Chose à peu près incompréhensible à un parent qui n'a qu'un enfant.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’on retrouve l’acquisition de cette posture d’élève en bonne place parmi les objectifs principaux des programmes de l’école maternelle, qui assimilent dans une confusion douteuse apprentissage des normes scolaires avec apprentissage de la vie en collectivité.

On ne saura pas en quoi cette "confusion" est "douteuse".

Ainsi que l’a avancé dès le milieu des années 1970 le philosophe Michel Foucault dans Surveiller et punir, le projet de l’école, en tant qu’il requière (et qu’il vise également) la normalisation des esprits et des comportements, a tendance à promouvoir ses normes en stigmatisant les comportements indésirables (par des punitions, des mises à l’écart ou des réprimandes) tout en valorisant les comportements souhaités (par des compliments ou des privilèges).

Surveiller et punir est un ouvrage concernant le système carcéral, même si Michel Foucault évoque d'autres institutions comme l'école : depuis sa publication en 1975, l'école a d'ailleurs bien changé...
On remarquera que toute réprimande est une "stigmatisation", c'est-à-dire une accusation sévère et publique. Tout exercice de l'autorité scolaire devient, pour Mme Kammerer, un exercice de la brutalité.

De ce fait, les réels besoins des élèves au comportement «perturbateur» peinent à être entendus, tout autant que les tracas de ceux que le comportement policé ne fait pas remarquer.

:scratch:
Tant d'expérience sans expérience de l'enseignement laisse songeur. Mais au fait : que propose Mme Kammerer ?

Des troubles du comportement indésirables
Rappelez-vous, c’était en 2005, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) avait alors publié un rapport très polémique sur le repérage, la prise en charge et la prévention du «trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent». Il proposait en particulier de déceler chez les tout-petits des comportements considérés comme annonciateurs d'une délinquance future. Jouant au jeu des corrélations, ce rapport a contribué à promouvoir en France une vision pathologisante, pourtant scientifiquement discutable, des comportements enfantins considérés comme indésirables.

Il faudrait savoir : Mme Kammerer évoquait un ouvrage de 1975 montrant l'ancienneté de la dimension carcérale de l'école.
On observe le glissement des règles s'appliquant à tout un chacun à la prévention de la délinquance, comme si l'un n'était que le prolongement de l'autre.

Il s’appuyait en particulier sur le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), ouvrage de référence publié par la Société américaine de psychiatrie. Dans celui-ci, le «trouble oppositionnel avec provocation» de l’enfant recoupe des symptômes aussi banals que «se met souvent en colère», «conteste souvent ce que disent les adultes», ou encore «est souvent susceptible ou agacé par autrui», etc., légitimant ainsi la réprobation et la méfiance des adultes vis-à-vis de ces comportements enfantins pénibles.

Que ces attitudes soient "pénibles" suffit amplement. Pas besoin d'y voir quoi que ce soit d'autres, sauf à vouloir caricaturer les enseignants.
Il faut imaginer ce que serait le quotidien des enseignants de maternelle si ces troubles étaient aussi "banals" que le déclare Mme Kammerer...

Loin de moi l’idée de minimiser les difficultés, le désarroi et l’épuisement des parents aux prises avec un enfant dont ils ne comprennent pas le comportement.

On ne parle pas d'un enfant ou de parents ici, mais de classe et d'enseignant.

Pour autant, il faut reconnaître l’impact de cette vision pessimiste de l’insoumission enfantine...

C'est avec une facilité déconcertante que Mme Kammerer glisse donc de troubles de comportement à l'"insoumission enfantine", curieuse formulation pour désigner l'expression d'une personnalité encore autocentrée...

...qui agit à la manière d’un effet Pygmalion, tant sur les attentes des adultes que sur les comportements des enfants. Dans leur livre Le cerveau de votre enfant, traduit en français en 2015, le professeur de psychiatrie Daniel J. Siegel et la psychologue Tina Payne Bryson proposent de regarder les choses autrement:
«Votre enfant vous manque de respect, vous êtes convoqués chez le proviseur, vous retrouvez des crayonnages partout sur vos murs [...], ce sont [aussi] des opportunités –et même des cadeaux– où le rôle du parent prend tout son sens.»

Plus il y a de convocations chez le proviseur, plus il y a de cadeaux ! :santa:
On note la confusion : parle-t-on d'"enfants" (de maternelle) ou de lycéens ici ? :shock:

Il y aurait ainsi dans chaque conflit une occasion d’apprentissage: pour l’enfant, de développer ses compétences psycho-sociales; et pour le parent, d’accroître sa capacité à l’accompagner dans cette évolution.

Et si le rôle du parent, c'était précisément de prévenir les conflits ?

Le conformisme, un handicap professionnel (et féminin) ?
On s’accorde assez facilement pour dire que l’école valorise les élèves «conformes» aux normes scolaires. Mais qu’en est-il du monde professionnel? Assurément, une capacité à comprendre et à adhérer rapidement aux valeurs de l’entreprise y est saluée, mais parallèlement il semble que la réussite professionnelle aille souvent de pair avec une audace assumée, un esprit de compétition égocentré doublé d’une solide capacité à enjoliver ses qualifications sans l’ombre d’un scrupule.

Nous y voilà : le modèle professionnel entrant en compétition supposée avec le modèle scolaire.
La vision de Mme Kammerer du monde professionnel semble d'abord aussi limitée que celle du monde éducatif, se limitant à celle des cadres qualifiés à qui on demande de "l'audace". En supposant que le monde professionnel ressemble à ce qui est ici décrit (audace, compétition, fraude), faut-il pour autant s'en féliciter et s'en inspirer à l'école ?
Chose amusante : c'est au nom de l'adéquation avec un monde de l'entreprise fondé sur le partage que d'autres réclament des pédagogies plus collaboratives à l'école. Point commun avec le socio-constructivisme : la défiance envers l'enseignant.

Cette rupture entre normes de l’école et normes professionnelles n’est-elle d’ailleurs pas à l’origine du reproche adressé aux personnes trop «scolaires», chez qui le conformisme social deviendrait un handicap professionnel?

Curieux car ce reproche (éventuel) est précisément le fait... des professeurs. Il n'a d'ailleurs pas trait au comportement mais à la façon d'aborder le travail.
A lire Béatrice Kammerer, on pourrait croire qu'entrer en classe préparatoire puis dans une grande école est un handicap professionnel.

C’est précisément cette hypothèse qui a été souvent été évoquée pour expliquer le «paradoxe» féminin, c’est à dire l’incohérence apparente entre la plus forte réussite scolaire des filles rapportée à leur moindre réussite professionnelle. Selon cette explication, les stéréotypes de genre inciteraient davantage les filles à se conformer aux attentes des adultes, à leur plaire et leur «faire plaisir» tandis qu’ils exhorteraient les garçons à s’affirmer et à cultiver leur propre intérêt.

Se conformer aux attentes scolaires renvoie ici à bien d'autres choses qu'au respect de la discipline scolaire. Quand au sexisme à l’œuvre dans le monde professionnel, il semble passer ici par pertes et profits. L'école est précisément le lieu où le sexe influe le moins sur la réussite.
La "réussite professionnelle" dont parle ici Mme Kammerer est très éloignée des problèmes d'insertion professionnelle des garçons décrocheurs (beaucoup plus nombreux). On pourrait étudier l'itinéraire scolaire et professionnel des garçons capables de "transgressions" à l'école (celles qui valent convocation dans le bureau du proviseur par exemple)...

Plusieurs arguments semblent appuyer cette thèse. Dès 1973, la pédagogue féministe Elena Gianini Belotti avait montré dans son livre best-seller Du côté des petites filles que les mères agissaient différemment selon que leur bébé était un garçon ou une fille, jusque dans la façon de les nourrir. Alors que la voracité des bébés garçons était saluée, celle des petites filles était réprimée, les conditionnant ainsi dès la naissance à adopter un comportement dans lequel l’image sociale (ici, de délicatesse «féminine») prévaut sur les besoins fondamentaux individuels (ici, la faim).

Et l'école suit évidemment le même chemin ! :santa:

Un oubli de soi contre lequel la psychologue et psychanalyste Alice Miller, avait mis en garde dans son livre Le Drame de l’enfant doué, paru en 1983. Elle y dénonçait le sort de ces enfants, si autonomes et matures, et qui semblent si naturellement habiles à satisfaire les besoins des adultes. Loin d’aller «bien», ils développeraient en réalité une «personnalité-comme si» qui les rendrait étranger à eux-mêmes.

L'enfant dont rêve Mme Kammerer est, à sa manière, un "enfant doué" et "autonome" (puisque insoumis) conforme à son désir d'adulte.
Ce besoin d'inversion des valeurs (célébrer l'enfant insoumis, critiquer l'enfant doué et donc soumis) a quelque chose de de fascinant..

Mais la réalité semble encore plus complexe. En 2002, une étude semblait montrer que les garçons adhéraient en réalité beaucoup plus fortement que les filles aux stéréotypes de genre, faisant alors preuve d’un plus grand conformisme social. Et en 2012, la sociologue de l’éducation Séverine Depoilly écornait encore le stéréotype des filles «conformistes» en montrant que la transgression à l’école n’était pas moindre chez les filles mais seulement qu’elle s’exprimait différemment (de manière moins bruyante et plus compatible avec les exigences scolaires).

Il faudrait savoir...
Vision stéréotypée de l'école, par ailleurs. Si Mme Kammerer avait enseigné un tant soit peu en éducation prioritaire, par exemple, elle connaîtrait des exemples de transgression féminins qui n'ont rien à envier aux exemples masculins. :santa:

Une société d’individus obéissants
L’école reconnaît ainsi l’obéissance comme une qualité précieuse, signe d’une réussite éducative. Pourtant, peut-on affirmer, au-delà des intérêts individuels qu’elle est véritablement bonne pour la société? En 1960, Stanley Milgram, alors jeune professeur à l’université de Yale, décide de mettre au point une expérience de psychologie sociale pour tenter de comprendre les mécanismes de soumission à l’autorité qui ont pu rendre possible la Shoah.

De quelle "autorité" parle-t-on ici ?
L'obéissance est en effet une qualité scolaire, dans la perspective d'une émancipation à venir.

Il élabore un protocole expérimental devenu célèbre: des volontaires, pensant participer à une étude sur l’apprentissage humain, reçoivent pour mission d’administrer via un panneau de commandes une série de chocs électriques à chaque mauvaise réponse de celui qu’ils croient être le véritable sujet de l’expérience (en réalité joué par un acteur, qui simule la douleur). A leurs côtés se tient un instructeur (également joué par un acteur), qui leur donne l’ordre de délivrer des chocs de plus en plus élevés, jusqu’à un niveau présenté comme mortel. Le but de Milgram était d’observer jusqu’à quel point les individus continuaient d’obéir, et surtout, d’étudier quels paramètres étaient susceptibles d’influer sur cette limite.

Mais quel rapport avec l'autorité à l'école ? Cette autorité -bienveillante - vise au contraire à préserver les élèves les uns des autres en leur faisant prendre conscience d'autrui ! :fur
D'une certaine façon, l'expérience de Milgram montre surtout la capacité à oublier l'existence d'autrui : belle "transgression", non ?

Contrairement aux prévisions des psychiatres de l’époque, qui pensaient que seule une infime minorité de sujets accepterait de poursuivre l’expérience jusqu’au bout, environ 60% d’entre eux, dans les versions initiales de l’expérience, allèrent jusqu’au choc fatal.
Pis encore, Milgram a pu montrer que la situation la plus inconfortable n’était pas celle du sujet obéissant contraint d’agir contre son sens moral, mais celle du sujet rebelle:
«Le coût de la désobéissance, pour celui qui s’y résout, est l’impression corrosive de s’être rendu coupable de déloyauté. Même s’il a choisi d’agir selon les normes de la morale, […] il ne peut chasser le sentiment d’avoir trahi une cause qu’il s’était engagé à servir.»

Si l'on suit le raisonnement de Mme Kammerer, c'est l'école qui est responsable de ce comportement (et même de la Shoah).

A l’époque, Stanley Milgram avait conclu que c’était moins la personnalité de chaque individu qui allait déterminer sa capacité à désobéir aux ordres que les caractéristiques de la situation à laquelle chacun était confronté. Pourrait-on néanmoins favoriser par l’éducation le développement d’une capacité à questionner l’autorité et à mobiliser des compétences posturales pour s’opposer aux injustices?

En quoi les règles communes en classe ont-elles le moindre rapport avec "l'injustice" (à part que Mme Kammerer a été contrariée de voir ses feutres non utilisés par son enfant de trois ans) ?

Et plus encore, n’en irait-il pas de l’intérêt général que d’inclure au programme des classes d’éducation civique et morale, la difficile, complexe et nécessaire question de la désobéissance civile?

A trois ans ? :mrgreen:

De la nécessité d’éduquer à la transgression
Les expériences de Milgram l’ont montré, il y a au moins deux formes de transgression: celle du sujet obéissant qui outrepasse son sens moral et celle du sujet rebelle qui refuse d’obéir à un pouvoir illégitime. Peut-on éduquer au refus de l’une et au développement de l’autre? Je fais l’hypothèse que oui.

En encourageant la satisfaction des passions personnelles et égoïstes de l'enfant ? On peut en douter...
L'expérience montre surtout que ces passions s'exercent si on leur donne libre cours.

S’agissant de prévenir la transgression-agression, plusieurs systèmes éducatifs ont d’ores et déjà mis en place des programmes visant à potentialiser les compétences émotionnelles des élèves.

Magnifiquement dit. :rirej

Au Danemark, ce sont par exemple des cours d’empathie qui sont proposés et visent à réduire les violences interpersonnelles. En France, l’idée en est encore à ses balbutiements, mais n’en fait pas moins son chemin. Parallèlement, on pourrait s’interroger sur les actions éducatives possibles en faveur de la «bonne» transgression.

Une définition s'imposerait de la "bonne" transgression, dont le concept reste délibérément flou dans tout l'article. Parce que les transgressions observées en milieu scolaire n'ont que rarement quelque chose de bon...

Cela pourrait en particulier passer par des initiatives visant à améliorer la confiance en soi des élèves, à valoriser leur créativité, à renforcer leur capacité d’agir pour des causes qui leur paraissent justes...

Mme Kammerer pourrait être surprise des causes qui peuvent paraître justes aux élèves.
Pour le reste, la vraie confiance en soi vient de la maîtrise progressive des compétences et des connaissances attendues à l'école, et non de nébuleuses "initiatives" . Elle vient également du soutien apporté par les parents au travail de l'institution, à peu près l'inverse de ce que prône ici Mme Kammerer.

...ce qui irait de pair avec une réflexion des adultes sur le statut qu’ils accordent à la parole de l’enfant.

C'est-à-dire, très concrètement ? Le propos reste toujours aussi généreux qu'allusif...

Cela pourrait également inclure une réflexion sur la façon dont les élèves sont sensibles au conformisme social et sur la part de liberté qu’ils sont prêts à lui sacrifier.

Le conformisme social, c'est le feutre, pas le crayon.

A l’échelle parentale, peut-être pourrions-nous également nous atteler à prendre conscience de nos propres conformismes sociaux: quels comportements de nos enfants nous font-ils «honte»? Cette honte repose-t-elle sur un préjudice fait à autrui ou simplement sur notre crainte de déroger aux règles sociales? Et dans ce dernier cas, desquelles sommes-nous prêts à nous affranchir?

Des colères à répétition en classe, une convocation chez le proviseur ? Pourquoi en avoir honte s'il s'agit d'une bonne transgression !

Une manière légère et ludique d’aborder cette question pourrait être de se plonger dans les suggestions d’activités délicieusement transgressives proposées par Marie Gervais, blogueuse et autrice militante en faveur de «l’éducation créative» dans son dernier livre paru en 2016.

Qui promeut le homeschooling (curieux modèle d'insoumission qui soumet les enfants à leurs seuls parents) et a co-fondé "l'école dynamique" (hors contrat bien sûr), "une école démocratique, libérée des programmes, emplois du temps et classes d'âge"... pour peu que l'on puisse payer 5.000€ par an. :santa:
Nul doute qu'on peut utiliser tous les feutres qu'on veut, dans un grand esprit d'insoumission !
PS Nous avons parlé de cette école ic i.

En guise de conclusion, je citerai donc pêle-mêle: faire un pique-nique en hiver, jouer dans la gadoue (et en ressorti tout marron), dormir à la belle étoile, manger dans le noir, jouer avec des allumettes, hurler à plein poumons dans un endroit désert, faire couler de la cire fondue sur son doigt, faire une vraie bataille d’oreillers, poser la langue sur une pile. A laquelle j’ajouterai non sans malice: ne pas se laver pendant quelques jours, manger par terre et/ou avec les mains, sucer des galets, mettre la tête sous une gouttière, sauter dans les flaques, manger de la neige et passer une nuit blanche (à lire, rire, ou chuchoter des secrets).

Sont-ce là les exemples de "bonne" transgression en classe ? En quoi révèlent-ils quoi que ce soit d'insoumis ?
De fait, la transgression n'a plus grand chose de transgressif quand elle devient préconisation parentale...
Pour résumer, une réflexion confuse (de l'allaitement... à l'université) en faveur d'une "bonne" transgression nébuleuse, bien éloignée des conditions réelles d'enseignement que ne semble guère connaître l'auteur. L'inversion iconoclaste des valeurs s'inscrit dans un mouvement de fond - la mise en accusation de l'autorité scolaire par un pseudo-"progressisme" ravageur - qui a précisément contribué à faire l'échec de l'école d'aujourd'hui.

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13 Fév 2017 21:04 - 13 Fév 2017 21:04 #18400 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Sur le blog de Lucien Marbœuf du 11/02/17 : "Restaurer l’autorité ?"


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22 Fév 2017 09:26 #18450 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Tout arrive.
Dans le "Café" du 22/02/17 : "La discipline plus importante que le financement ?"


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09 Mar 2017 15:51 #18560 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Pratique, le tout nouveau bulletin LSUN :

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20 Mar 2017 21:37 - 30 Mar 2017 20:44 #18645 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
Le 20/03/17 : www.fcpe.asso.fr/index.php/actualites/it...nce-sa-premiere-note



Et peu après dans le "Café pédagogique" du 28/03/17 : "L'indiscipline problème numéro 1 de l'Ecole française selon une note FCPE"



La note FCPE : www.fcpe.asso.fr/images/stories/fcpe/focus/NoteCS_no2.pdf
Pour résumer, Denis Meuret fait le constat :

En 2015, la France est le pays où ce climat est le plus dégradé, non seulement au sein de l’OCDE, mais dans l’ensemble des 72 pays PISA, à la seule exception de la Tunisie. L’indice y est de -0,27 contre, comme on l’a vu 0 de moyenne OCDE et +0,83 au Japon, le pays où le climat de discipline est le meilleur.

Le climat est particulièrement dégradé dans le quart le plus défavorisé des écoles et "la discipline est meilleure dans l’enseignement privé". La dégradation semble s'être stabilisée en 2015 (passant d'un index de 0,29 à 0,27 cf -0,05 en 2000).

Il est tentant de relier ces résultats de PISA à un autre document publié sur le site du conseil scien- tifique de la FCPE (Benjamin Moignard, L’exclusion temporaire au collège) sur le nombre très élevé d’exclusions de l’établissement dans les collèges d’une académie plutôt « défavorisée ». D’un côté, PISA donne à penser qu’en effet les enseignants de cette académie sont confrontés à des classes dont le climat est très dégradé, et ceci pas seulement dans les collèges. D’un autre côté, il donne à penser que la politique choisie pour y faire face n’est pas efficace, comme s’en doute le chef d’établissement cité au début du texte de Benjamin Moignard.

La logique du raisonnement est ici contestable : les exclusions temporaires sont ici présentées comme inefficaces en raison de mauvais chiffres du climat de discipline... alors qu'en elles sont le symptôme !
Sont ensuite envisagées (avant d'être écartées) deux causes possibles de ce mauvais climat de discipline : "le soutien des enseignants à l’apprentissage des élèves" et "les relations entre les élèves et les enseignants".
L'article se termine par ce questionnement : "nous ne savons pas (par PISA, mais je ne connais pas d’autre recherche qui proposerait une réponse) pourquoi les élèves français se comportent si mal en classe." Et Denis Meuret d'incriminer "les relations parents-enseignants" (sur la base d'un échantillon PISA dans 12 pays) :

28% d’entre eux ont discuté du comportement de leur enfant avec un enseignant à l’initiative de ce dernier, contre 46% en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage est plus bas dans seulement 2 pays sur les 12. La faiblesse de ce pourcentage, compte tenu de la mauvaise discipline dans les classes en France, semble indiquer que les enseignants estiment moins souvent que dans les autres pays que les parents peuvent les aider à améliorer le comportement en classe de leur enfant.

Ou qu'ils le constatent... Il arrive souvent que les enseignants ne puissent contacter ou rencontrer les parents, surtout quand les enfants ont un comportement problématique. M. Meuret oublie par exemple de préciser que, selon la même enquête, les parents présents aux réunions sont moins nombreux en France que dans les autres pays (PISA 2015 II. 3. 30, p. 326) : 67% contre 75% pour l'OCDE en moyenne. Ils sont également les moins impliqués, et de loin...

Il est notable que ne sont pas interrogées dans la note de la FCPE d'autres causes pourtant plus évidentes : les conditions d'encadrement (vie scolaire), l'évolution et l'application des règles de discipline, le soutien des enseignants, la formation (souvent culpabilisante... à l'image de cette note) des enseignants etc. Il est par exemple évident que le meilleurs climat de discipline dans le privé est lié à la sélection des élèves ou à la possibilité de les renvoyer définitivement.

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19 Avr 2017 09:54 #18757 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Autorité et discipline à l'école
L'autorité, c'est aussi à la maison :

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