L'orthographe à l'école

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28 Jan 2015 14:35 #13026 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école

Cette discipline qui irrigue toutes les autres est fondamentale dans la construction de l’élève citoyen, et notre association est très préoccupée par les inégalités sociales, culturelles et également scolaires – celles que l’école produit elle-même – dont sont victimes les élèves.

L'école suit pourtant les bons conseils de nouveaux pédagogues comme ceux de l'AFEF depuis longtemps.

Enfin, une de nos problématiques fondamentales est également la formation des enseignants. Leur formation devrait les conduire à être davantage dans une posture d’accompagnement de l’élève. Il s’agirait là d’une formation non pas académique, mais bien professionnelle. A ce jour, la formation reçue en ESPE est très hétérogène, et bien que des initiatives soient tout à fait intéressantes, elle se heurte globalement à un manque de temps réservé à la formation pédagogique.

Tout ceci est bien abstrait ("posture", "accompagnement", "formation")

En effet, le volume horaire du français au collège par exemple a diminué de moitié en quarante ans.

:scratch:
Non, on est passé de 22h à 17h. En revanche, si l'on inclut le primaire, un tiers des heures supprimées depuis quarante ans.

C’est ce que souligne aussi Bruno Suchaut pour le primaire : il explique ainsi que les élèves ne disposent pas en primaire du temps nécessaire à l’apprentissage de la lecture. Il faut du temps d’échange, de dialogue, avec les enseignants, surtout pour les élèves venant des milieux les plus défavorisés. Et plus généralement, ce temps d’apprentissage n’est pas le même pour chaque élève. Il est nécessaire de former les enseignants à comprendre comment cette réalité fonctionne, dans le cadre d’une formation continue qui leur permette de prendre du recul sur leur façon d’enseigner. En faisant venir par exemple un chercheur dans la classe pour observer les pratiques et en discuter ensuite.

Donc résumons : le premier problème, c'est l'horaire, mais la solution, c'est la formation. Et notamment à la "pédagogie".

Nous prônons une véritable formation continue, en particulier par le biais de « recherche-action ». Nous proposons dans notre association de réfléchir sur nos pratiques, et d’être continuellement dans une démarche d’autocritique, d’autoformation.

De culpabilisation permanente des enseignants. Par contre, l'autocritique de l'AFEF, on peut toujours l'attendre...

A côté du temps et de la formation, ne se pose-t-il pas également la question d’une nécessaire réforme des programmes ?
Je distingue entre programmes de collège et de lycée. Ceux de lycée sont relativement ouverts : il y a de grands thèmes d’étude, mais dans lesquels l’enseignant serait plutôt libre si le bac à la fin de la première ne transformait souvent l’enseignement en bachotage. Au collège, en 2002, il y a eu des programmes assez ouverts, balayés totalement par les programmes de 2008, qui ont opéré une régression par rapport aux avancées de la recherche. Deux exemples : on a vu apparaître dans ces programmes de 2008 la leçon de grammaire, et en disparaître la littérature jeunesse.

Effectivement la "littérature jeunesse" aurait mieux fait de prendre la place de la grammaire ! :cheers:

Les changements de programme incessants compliquent considérablement la tâche des enseignants. Et cela se ressent d’autant plus fortement dans la discipline français, qui est au cœur des déchirements sociaux. Dès que l’on veut changer un point de grammaire ou d’orthographe, c’est une levée de boucliers.

On se plaint des changements permanents et on propose... une nouvelle réforme orthographique : c'est très logique.

Les enseignants de français portent cette pression sociale forte. Si un jour vous dites : on va supprimer la dictée, imaginez les réactions !

C'est surtout qu'elle a déjà en grande partie été supprimée dans les pratiques. :fur

Précisément sur l’orthographe, quelle est votre position ? Faudrait-il la simplifier ou du moins changer les méthodes d’enseignement ?
Cette question de l’orthographe est une spécificité française, avec laquelle nous devons travailler.

C'est sûr que l'orthographe de l'anglais est beaucoup plus simple. :santa:

Durant une période dans l’enseignement, certains aspects de son apprentissage ont été négligés. Or l’orthographe est un système dans lequel il faut entrer. Les enseignants doivent être formés à ce qu’est ce système orthographique français avec ses régularités et ses irrégularités, et doivent avoir du temps pour se focaliser avec leurs élèves sur ce système-là.

C'est vrai qu'ils n'y ont jamais songé : heureusement qu'il y a l'AFEF !

La dictée n’est pas un moyen d’apprendre l’orthographe, mais de la fixer. Il s’agit plus d’amener les élèves à réfléchir sur un texte écrit et à voir comment cela fonctionne. Il faut absolument prendre le temps de le faire.

Non, il ne s'agit pas de réfléchir mais au contraire de donner des automatismes. La pédagogie du "sens", on voit où elle nous a menés. :fur

D’autant qu’en France il est vrai que le français est plus une langue de l’écrit qu’une langue de l’oral dans l’enseignement.

Quel dommage ! Heureusement l'oral a pris une bonne place dans les programmes et dans le LPC depuis vingt ans.

Dans notre association, nous sommes pour une simplification de l’orthographe. Et si la société veut continuer à maintenir la pression sur la norme orthographique, alors qu’elle donne les moyens à l’école.

C'est-à-dire ?

Il faudrait également arrêter de se focaliser sur les programmes. Mais davantage se focaliser sur ce qu’apprennent les élèves.

Effectivement. :fur

La logique de programme en effet est difficilement compatible avec l’idée de conduire la classe, c’est-à-dire tous et chacun, à un certain niveau.

Il faudra m'expliquer la différence avec un programme. :scratch:

Pourquoi ne pas entrer plutôt dans une logique de curriculum ? Les élèves aujourd’hui écrivent peu et parlent peu en classe. Il serait souhaitable de les faire pratiquer.

L'oral est l'aspect le plus valorisé dans les réformes pédagogiques récentes : cf histoire des arts, TPE etc.

Concrètement aujourd’hui, pourriez-vous proposer une première piste pour améliorer l’enseignement du français ?
Oui, ce serait de favoriser la formation continue des enseignants, mais de l’accompagner impérativement de recherche-action.

Passons de l'enseignant qui perpétue une tradition d'enseignement à l'enseignant chercheur, qui, faisant tabula rasa de cette tradition, invente chaque jour son enseignement !

Sans la mise en œuvre de nouvelles pratiques, cela ne sert à rien. Prenons l’exemple des maîtres supplémentaires au primaire. Cette initiative est formidable si elle s’accompagne de nouvelles pratiques. Mais si le maître supplémentaire refait la même chose que son collègue, ou si par exemple dans le cadre d’un travail en demi-groupe, il refait la même chose qu’en classe entière, l’efficacité est limitée.

Si une pratique est "nouvelle", c'est qu'elle est bonne. :santa:

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17 Mar 2015 00:34 #13602 par Loys
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23 Mai 2015 20:42 - 23 Mai 2015 20:45 #13979 par Loys
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Ce brave Alain Rey : "La faute d'orthographe d'aujourd'hui est la norme de demain" dans le JDD du 22/05/15.


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11 Jui 2015 20:11 - 11 Jui 2015 20:12 #14098 par Loys
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Choux gras dans les médias aujourd'hui : "BAROMÈTRE VOLTAIRE - Les Français et l’orthographe" (1ère édition - juin 2015)

Aujourd’hui, les Français maîtrisent 45% des règles d’orthographe. En 2010, les Français maîtrisaient 51% de ces mêmes règles, ce qui représente une baisse de niveau de 6 points

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16 Jui 2015 11:24 - 16 Jui 2015 23:11 #14112 par Loys

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24 Sep 2015 09:47 - 09 Nov 2016 20:09 #14752 par Loys
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Le coup médiatique de la "dictée quotidienne" le 18/09/15 :

Dans "Le Monde" du 23/09/15 : "Trop d’étudiants fâchés avec l’orthographe"


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04 Nov 2015 20:29 #15141 par Loys
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28 Mai 2016 21:38 #16540 par Loys

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01 Nov 2016 15:20 #17593 par Loys
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Dans "Le Figaro" du 1/11/16 : "La langue française est un discriminant social" , entretien avec Julien Barret.
Julien Barret est titulaire d'un DEA de linguistique : www.criticomique.com/a-propos-de-l-auteur


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05 Nov 2016 11:16 - 10 Nov 2016 22:30 #17628 par Loys
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Dans les "Cahiers" n°440 : "Bien apprendre l’orthographe"



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09 Nov 2016 09:34 - 08 Jan 2017 17:18 #17676 par Loys
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09 Nov 2016 09:40 - 10 Nov 2016 10:29 #17677 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
  • 44% des élèves de CM2 en 2015 ne savent pas écrire "Le soir tombait" (13% en 1987).
  • 48% ne savent pas écrire "peut-être" (32%)
etc.

Ainsi, d’après une étude de la DEPP de 2013, si « parler correctement » était le premier choix pour 49 % des enseignants, pour 41 % d’entre eux « écrire correctement » arrivait en deuxième choix. Si 67,4 % des enseignants interrogés déclaraient pratiquer souvent la dictée, un tiers révèle ne la pratiquer que de temps en temps, exceptionnellement ou jamais.

...l’essentiel des difficultés relève de la non-application des règles grammaticales, notamment celle de l’accord entre le sujet et le verbe

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09 Nov 2016 19:58 - 12 Nov 2016 18:54 #17679 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
On se souvient que, en 2015, Najat Vallaud-Belkacem expliquait que les nouveaux programmes comportait une dictée quotidienne. Ce coup médiatique, contredit par nos soins , trouve donc encore des échos dans la presse un an après :

La Croix dit: Des dictées quotidiennes ?
La ministre Najat Vallaud-Belkacem avait insisté l’an dernier sur la nécessité de prévoir, sous diverses formes, des dictées quotidiennes en primaire.

Le Monde dit: « Grâce à la recherche scientifique, ces nouveaux programmes ont été pensés pour être plus cohérents, plus progressifs, et surtout mettre véritablement l’accent sur l’apprentissage et la consolidation du français », fait valoir Najat Vallaud-Belkacem, rappelant, entre autres, « l’instauration d’un exercice désormais quotidien de dictée ».

:santa:
De la même façon, les explications convaincantes d'un professeur en psychologie cognitive (qui du moins souligne la baisse générale des horaires en français depuis des décennies même si ceux-ci ont augmenté... en 2008) dans "L'Express" du 12/11/16 :

Michel Fayol dit: Nous avons des +marques+, telles que le +ent+ à la fin du verbe à la 3e personne du pluriel ou le +s+ des noms et adjectifs au pluriel, qui ne s'entendent pas, contrairement à la plupart des autres langues. Il n'y a aucun autre système comme le nôtre.

Cette difficulté naturelle du français explique, bien évidemment, la baisse des résultats. :santa:
Bien sûr, ce genre de considération n'empêche pas qu'on enseigne une seconde langue autrement plus difficile dès le primaire : en anglais, seuls 50% des mots s'écrivent de façon régulière. :santa:
Pour un professeur de français dans un lycée de la banlieue est de Paris et formatrice auprès d'enseignants stagiaires dans l'académie de Créteil, un "bagage commun" doit suffire :

Karine Risselin dit: Cela fait longtemps que l'école s'est donné d'autres missions que de former de petits grammairiens. On demande aux enfants d'aujourd'hui des compétences qu'on ne demandait pas à ceux d'il y a 50 ans : réaliser des synthèses à partir de plusieurs documents, développer son esprit critique...

C'est vrai que l'école avait vocation à "former de petits grammairiens"... :santa:

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09 Nov 2016 20:54 - 13 Nov 2016 23:23 #17680 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
Dans le "Café" du 9/11/16, on dégaine la grosse artillerie :
- Orthographe : La nouvelle chute des résultats interroge le statut de l'orthographe
- "Orthographe : Oser une vraie réforme ?"




[ Cliquer pour agrandir ]

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09 Nov 2016 21:08 - 09 Nov 2016 21:51 #17681 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école

Orthographe : La nouvelle chute des résultats interroge le statut de l'orthographe

Oui : c'est mieux que d'interroger la chute.

La France ton orthographe fout le camp.

La question traitée donc avec la désinvolture des anti-déclinistes. Quelle blague, la question de l'orthographe !

C'est ce que montre une nouvelle étude de la Depp (division des études du ministère). Sur la même dictée d'une dizaine de lignes (67 mots) donnée depuis 1987 et évaluée en Cm2, le nombre d'erreurs a encore progressé. Le pourcentage d'élèves faisant moins de 6 fautes est passé de 31 % en 1987 à 16% en 2007 et 8% en 2015. L'erreur orthographique, longtemps discriminante socialement, est maintenant socialement très partagée. C'est bien le statut de l'orthographe classique dans la société qui est interrogé.

Mais surtout pas dans l'école. :santa:
Par "orthographe classique", il faut donc comprendre par exemple l'accord de "tombait" avec "le soir".

Ce qui est nouveau c'est que les écarts sociaux sont toujours présents mais n'évoluent pas. En 2015 un enfant de retraité ou d'ouvrier fait entre 19 et 20 fautes quand un enfant de cadre en fait 13. Mais ce qui a changé depuis 1987 c'est que le nombre de fautes a doublé chez les enfants de cadre alors qu'il n'a fait qu'augmenter de 3 points chez les retraités.

Quelle bonne nouvelle ! :cheers:

L'enquête Depp montre même que l'éducation prioritaire réduit l'écart avec le non prioritaire. : 19 fautes contre 13 en non prioritaire en 2007, 21 contre 17 en 2015.

Si la réduction des écarts prime sur la dégradation généralisée...

Le déclin des compétences orthographiques est continu et avéré. En 2007 déjà c'était l'orthographe grammaticale qui avait décliné par rapport à 1987. Ni la "refondation" de l'orthographe lancée par Luc Chatel en 2012, ni les programmes de 2008, qui pourtant insistent sur l'orthographe, n'ont changé les choses. Rappelons que les élèves de Cm2 évalués en 2015 n'ont connu que ces programmes de 2008.

Ne nous interrogeons pas sur les programmes précédents (2002 et 1995)...

Cela n'empêchera probablement pas les adeptes du traditionalisme de se manifester bruyamment...

Les mêmes déclinistes qui s'inquiétaient "bruyamment" du niveau quand les anti-déclinistes s'en amusaient.

La ministre réunit le 9 novembre une grande conférence sur l'apprentissage du français, réunissant de nombreux spécialistes, parmi lesquels de véritables spécialistes de l'apprentissage de l'orthographe, comme Catherine Brissaud et Michel Fayol.

C'est intéressant puisque les programmes viennent d'être mis en application. :santa:

V Youx : Faire un choix de société
Pour Viviane Youx, présidente de l'Association française des professeurs de français (AFEF), interrogée par le Café pédagogique...

On ne sait puisque l'AFEF ne représente qu'elle-même...

...cette baisse des performances orthographiques tient à "un système orthographique très complexe...

Bien sûr : les terminaisons de l'imparfait sont très complexes.

...qui gagnerait à être simplifié

De quelle façon simplifier l'imparfait ou les règles d'accord ? :scratch:

...et en parallèle une société française dans laquelle la vigilance orthographique baisse alors que l'exigence orthographique reste très forte.

Visiblement, pour Vivianne Youx, l'accord de l'imparfait reste une "exigence orthographique […] très forte". A noter qu'on ne parle pas de "la société" ici, mais du niveau orthographique à la sortie du primaire.
Un bel effort de relativisme, très contant chez l'AFEF.

L'orthographe est encore largement enseignée par des règles à appliquer alors qu'il faudrait l'enseigner comme un système qui ait du sens pour les élèves.

Car les règles n'ont pas de sens : un verbe ou un adjectif qui s'accorde, ça n'a évidemment pas de sens.

Les nouveaux programmes vont dans ce sens".

Tout va bien, alors ! Mais pourquoi réunir une conférence avec des spécialistes aujourd'hui ? :santa:
En réalité, ce point mériterait à lui seul un long examen.

Mais V Youx interroge aussi la société. "Si on considère que la question de l'orthographe est essentielle (et elle l'est, non en soi comme le respect d'une norme, mais comme élément de compréhension de l'écrit et comme moyen de communication,...

La tournure "Si on considère que la question de l'orthographe est essentielle (et elle l'est)" est rassurante pour l'enseignement du français.

...les carences orthographiques sont pénalisantes) alors, il faut y consacrer des moyens forts au détriment d'autre chose. Si la société ne veut pas faire ce choix, la situation a peu de chances de se renverser".

Mais, mais... et les nouveaux programmes ?

Orthographe : Oser une vraie réforme ?
Avec la publication de la récente évaluation de l'orthographe des écoliers de Cm2, le moment est-il venu d'une vraie réforme orthographique ? C'ets à dire pas seulement des améliorations marginales de l'écriture des mots mais une refonte des méthodes d'apprentissage de l'orthographe et une nouvelle définition des règles adaptées à la communication de masse. Car qui aujourd'hui a encore le temps de vérifier l'orthographe exacte des innombrables textes qu'il publie quotidiennement sous des formes variées (Sms, mails, notes, lettres, listes, articles etc.).

Pas qu'une affaire de règles
La question de l'apprentissage de l'orthographe, est clairement posée depuis 2007. Elle a suscité des travaux poussés qu'il n'est pas inutile de rappeler pour comprendre la crise orthographique.
Danièle Cogis et Catherine Brissaud, co-auteures avec JP Jaffré, C Pellat et M Fayol de "Comment enseigner l'orthographe aujourd'hui", expliquaient que l'apprentissage de l'orthographe n'est pas qu'une simple affaire d'apprentissage des règles. " C’est un point important : l’idée qu’il ne suffit pas d’avoir des connaissances mais qu’il faut savoir les utiliser dans le feu de l’écriture, quand on a plein d’autres choses à gérer, a fait son chemin", disaient-elles. "Les enseignants avec lesquels nous travaillons nous interrogent souvent : leurs élèves savent les règles, ils ont des connaissances mais tout se passe comme s’ils les oubliaient quand ils écrivent un texte. L’école doit apprendre aux élèves à mobiliser leurs connaissances dans des tâches d’écriture variées de plus en plus longues, à utiliser les outils que les adultes (nous en tout cas !) utilisent quotidiennement (correcteur, dictionnaire, grammaire, etc.).

:santa:

Mais ces compétences de haut niveau ne peuvent s’exercer que si préalablement des connaissances existent. Les connaissances de base sont celles, précisément, que nous avons ciblées dans notre ouvrage : l’accord dans le groupe nominal, l’accord sujet-verbe, les formes en /E/, la distinction de certains homophones. C’est un programme déjà conséquent !

Il faut simplifier la langue, a dit Vivianne Youx !

Il y a aussi et surtout la manière de se mobiliser sur ces compétences et c’est pour nous très important. Si l’on admet qu’apprendre à faire l’accord sujet-verbe dans des contextes variés prend plusieurs années (nos propres travaux l’ont montré, tout comme ceux de la psychologie cognitive), on peut travailler progressivement en sériant les problèmes".
Elles posent ainsi la question de l'investissement du système éducatif dans ce travail orthographique. Or dès 2007, Danièle Manesse, co-auteure avec D Cogis de "Orthographe à qui la faute", montrait que la rupture entre école et collège nuit à un apprentissage de l'orthographe.

Oui, enfin l'effondrement est constaté en fin de primaire par la DEPP...

Une question de statut
Mais c'est aussi le statut de l'orthographe qui est interrogé. Jean-Pierre Jaffré nous disait : "Le statut social de l'orthographe n'est plus aujourd'hui comparable à ce qu'il fut naguère, les demandes faites désormais à l'école ne sont plus du même ordre et le profil des enfants auxquels l'école à affaire n'est plus le même non plus. Pour relativiser cette notion de baisse de niveau, il convient par conséquent de ne pas se laisser enfermer par la relative objectivité des chiffres mais d'accepter l'idée d'une société en mouvement qui, sans renoncer à certaines options traditionnelles, accentue leurs limites."
C'est que pendant longtemps la production écrite , et donc l'orthographe, a été une affaire de corps spécialisés (clercs, imprimeurs, correcteurs etc.). Or la société de communication fait exploser le statut de l'écrit. Jamais il n'a eu l'importance qu'il a aujourd'hui.

Le reste de la société ne se préoccupait pas de l'orthographe avant la "société de communication". :santa:

Une mutation orthographique nécessaire
Pour lui, " les sociétés futures vont devoir apprendre à ne plus raisonner en termes de monographie, avec une orthographe officielle valant pour toutes les situations.

En supprimant ce qui fait la difficulté, on supprime la difficulté : il fallait y penser !

Ce faisant, l'écrit exploite un potentiel qui l'apparente aux divers registres de l'oralité : la forme d'un message peut varier avec les situations. Plus que d'un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts...

Finalement, un effondrement vertueux, en somme !

L'iconoclasme relativisme dans tous ses ravages...
Je ne trouve personnellement pas aberrant de considérer que toute époque doit disposer des outils les mieux adaptés à ses modes de vie et plus généralement aux besoins qui sont les siens. Or l'orthographe du français, sous la forme que lui ont donné les grammairiens, les imprimeurs, les Académiciens, etc., n'est pas adaptée aux besoins d'une communication de masse".

Car la "masse" est capable de "variations", mais pas d'une orthographe commune.

Par ces mots, JP Joffré interroge aussi l'apparente permanence de l'orthographe à travers les siècles. Voilà l'Ecole mise devant des choix et à travers elle toute la société. Devant l'étendue croissante des connaissances à transmettre, quelle place doit être donnée à l'orthographe et comment l'ajuster à cette place ?

Visiblement, une toute petite place.

C'est ce débat là que la société française n'a pas réussi à mener depuis 30 ans.

Au contraire, de grands "progrès" ont été menés dans ce sens : jamais les "variations" vertueuses n'ont été aussi nombreuses dans l'école moderne, comme en témoigne cette étude de la DEPP. La "sensation de pluriel", par exemple, a été valorisée dans les formations de collège 2016.

Le fait que la crise orthographique touche maintenant tous les jeunes , y compris ceux des milieux les plus privilégiés, nous donne peut-être l'opportunité de poser la question ?

Quelle belle opportunité !

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14 Nov 2016 13:42 #17709 par Loys
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14 Nov 2016 13:43 #17710 par Loys
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15 Nov 2016 23:52 - 16 Nov 2016 00:18 #17722 par Loys
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Et M. Jaffré, encore et toujours dans "L'Express" du 15/11/16 : "Toujours plus de fautes: "L'orthographe a perdu son statut de trésor national""



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15 Nov 2016 23:59 #17723 par Loys
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16 Nov 2016 00:02 - 16 Nov 2016 00:17 #17724 par Loys
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Dans le "Café" du 15/11/16 : "Meirieu : De la conquête de l'orthographe"



Article non daté (dans Google 10/11/16) : www.meirieu.com/ARTICLES/ENTREE_ECRIT.pdf


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16 Nov 2016 14:09 - 17 Nov 2016 11:59 #17729 par Loys
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Eclairage :

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17 Nov 2016 11:46 - 17 Nov 2016 12:47 #17742 par Loys
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Danièle Manesse sur France Culture : "Orthographe : les Français méritent-ils le bonnet d’âne ?"
Interrogée sur les écrans :

Daniel Manesse dit: Il n'y a aucun travail, aucune recherche qui nous montre la relation qu'il y aurait, qu'il pourrait y avoir entre les nouveaux médias et l'orthographe. [...] Les enfants ne s'y trompent pas. Ils ne confondent pas le langage SMS et le, ils savent très bien faire la part entre les choses. Donc il n'y a pas de raison de le penser. Moi, quand j'étais jeune chercheur, on disait "On s'est aperçu qu'ils regardent la télévision plus que l'école" : 5,6h, je me souviens très bien. C'était fin des années 70. Bon, alors bien sûr que... mais jamais on a autant écrit, jamais on autant lu."

Mais écrit et lu quoi ?
Donc, l'exposition aux écrans (réduite ici aux SMS) n'est pas une cause (difficile de cerner la position de Danièle Manesse sur le précédent de la télévision) : c'est d'autant plus curieux que Danièle Manesse explique que l'orthographe lexicale s'acquiert avec la lecture.
La seule cause donnée par Danièle Manesse est liée à la langue elle-même : elle ne peut en aucun cas expliquer l'évolution négative depuis 28 ans. :scratch:
De manière incompréhensible, Danièle Manesse fustige une "grammaire inutile" de son temps (moins depuis...). Indiquant que la grammaire utile pour l'orthographe se limite à peu de choses, elle indique la distinction difficile pour les collégiens entre verbe et nom. C'est oublier toutes les autres catégories grammaticales (comment savoir qu'un mot est un nom ou un verbe et pas un adjectif par exemple ?). Et c'est oublier que cette distinction s'opère en principe dès la classe de CP selon les programmes de 2008 par exemple...

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24 Nov 2016 01:17 - 24 Nov 2016 01:17 #17800 par Loys
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Pierre Merle dit: Fidèle à cette tradition, son auteure, Carole Barjon, fustige « ces nouveaux contenus, ces nouvelles pratiques, ces nouvelles méthodes ». Mais les discours passéistes de préservation du grec, du latin, de l’orthographe, de la discipline, de la tradition sont anciens. [...] Le français ne s’apprend pas seulement en français ! Il s’apprend aussi en sciences, en mathématiques, car comprendre un énoncé permet de perfectionner son vocabulaire, mais aussi ses compétences en orthographe, en grammaire, en syntaxe. De même, la musique aide les jeunes enfants à perfectionner des qualités auditives utiles à l’apprentissage des langues.
Certes, il faut encore perfectionner l’acquisition des fondamentaux en primaire. Mais la réflexion nécessite de partir de la mise en œuvre effective des programmes. On sait que les professeurs des écoles réalisent leurs enseignements en étant influencés par leurs spécialités disciplinaires. Ils font plus souvent des apprentissages en français s’ils ont fait des études littéraires (idem pour les mathématiques ou les autres disciplines). Pour cette raison, la formation des maîtres doit être approfondie, y compris dans la maîtrise des savoirs à transmettre.
Les recherches montrent aussi qu’augmenter le temps d’apprentissage en français ou en maths débouche assez vite sur des effets de saturation. L’école primaire ne peut pas être un lieu où l’orthographe et les dictées seraient une occupation centrale ! Notre monde n’est pas celui du XIXe siècle.

Voir ici : www.laviemoderne.net/forum/le-naufrage-d...-carole-barjon#17799

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01 Déc 2016 17:18 - 01 Déc 2016 17:19 #17873 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
Dans "The Conversation" du : "Niveau d'orthographe : la dictée autrement" par Catherine Brissaud, professeure en Sciences du Langage.


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02 Jan 2017 00:09 #18080 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
L'exemple vient de haut : "Les fautes d'orthographe de l'Élysée sur Twitter" dans "Le Figaro" du 1/01/17.

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03 Jan 2017 23:58 - 21 Jan 2021 13:09 #18099 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
Exemples saisissants de ce que devient l'enseignement de l'orthographe dans les formation de collège 2016 :

un IPR hier:"Il faut valoriser chez l'élève la sensation du pluriel, ne pas trop retirer de pts pour "Les rosent sont jaunes"."

Quand un IPR déclare que "le plafond s' émiettent" n'est pas totalement fautif car l'élève intègre la pluralité des miettes, c'est ironique?

Pas d'après nos informations soigneusement vérifiées ... Sensation de pluriel, comme la sensation de passé simple du "il coura".

On peut ajouter :
www.lepoint.fr/editos-du-point/sophie-co...016-2021976_2134.php
www.telerama.fr/monde/en-2017-la-grammai...egociable,152119.php

Car devant nos yeux ébahis, le problème de la difficulté des accords français a été résolu en une maxime à graver en lettres d’or au-dessus de tous les tableaux de France et de Navarre : « en fait, en langue, tout est négociable ».

Pour rappel, les attendus de fin de cycle 2 dans les programmes 2016 :


Voir aussi en M2 :

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21 Mar 2017 13:13 #18647 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'orthographe à l'école
Si même au concours de l'ENA on en est là...
Dans "Le Monde" du 20/03/17 : "De nombreux candidats à l’ENA ont du mal à « lire et comprendre un sujet »"

Un jury adepte de la « bienveillance »
Dès les premières pages du rapport, le président du jury rappelle la méthodologie pour apprécier ce cru 2016. Pour les épreuves écrites, les grilles de notation ont pris en compte à la fois la forme (clarté et plan) et le fond, tout en relativisant l’importance de l’orthographe. « On n’écrit plus comme Montaigne ou Richelieu, pourtant fondateur de l’Académie. Nous savons aussi qu’il [l’orthographe] s’agit souvent d’un marqueur social, et qu’il faut donc relativiser son importance si l’on veut pratiquer des recrutements innovants », admet M. Bert.

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10 Mai 2017 07:57 - 13 Mai 2017 16:12 #18891 par Loys

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