Adam Sofineti - "Loys Bonod, the teacher that vandalized Wikipedia" (17/12/12)

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17 Déc 2012 18:11 #2477 par Loys
A lire sur le blog de Adam Sofineti, qui se présente comme un professionnel de la communication visuelle.

En anglais malheureusement.



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17 Déc 2012 18:49 #2478 par Loys

Loys Bonod, the teacher that vandalized Wikipedia

Evidemment, comme d'habitude, on ne retient du canular qu'une partie très secondaire dans le titre.

Mes élèves ont adoré ce canular... :rirej

Friday morning, at the Introduction to Information Studies class, we were presented some of the main critiques of the information society and a few arguments used by technology skeptics. One of the cases presented by our professor, was about Loys Bond, a French teacher that went to great lengths...

Préparer ce canular m'a demandé moins de temps et d'efforts que le moindre de mes cours de littérature.

...to prove his students are cheating.

Pas dut tout. Il s'agissait de démontrer à mes élèves eux-mêmes leur servitude au web pour un exercice n'exigeant aucune connexion mais seulement de la compréhension et de la réflexion.

Le résumé est convenable et rappelle que le canular reposait sur un faux corrigé sur deux sites de corrigés. Une erreur tout de même :

They had used Wikipedia blindly without verifying the authenticity of the sources.

Ce n'est pas tout à fait ce que je dis : "L'erreur la plus vénielle fut d'utiliser sans discernement les informations de Wikipédia : rien n’indiquait en effet que le poème avait été composé au sujet de Melle de Beaunais. Le raccourci était abusif et non fondé, comme l'aurait montré une recherche plus approfondie : c'était un simple manque de rigueur à l'égard des sources historiques."

Si les élèves avaient été rigoureux, ils n'auraient dû pouvoir mentionner Mme de Beaunais dans leur commentaire puisque la date du sonnet est inconnue : on sent qu'il y a un besoin de combler le vide de la réflexion par des éléments historiques, ici sans grand intérêt : qu'apporte au commentaire du sonnet de savoir qui est la femme aimée ? La femme aimée d'un sonnet existe-t-elle toujours d'ailleurs ?

He did not gave grades on this assignment, but he managed to have the students blush when they realized they were caught cheating.

Je les ai fait rire puisqu'ils m'ont applaudi unanimement dans l'une des deux classes. Et si certains ont rougi quand j'ai rendu les copies, ce n'est pas de mon fait.

And I defend this paradox: there is no real benefit to the digital when the mind was built ​​without him.

Cette traduction est approximative. Version originale : "On ne profite vraiment du numérique que lorsqu'on a formé son esprit sans lui."

Wikipedia’s reaction

Mr. Bonod’s reputation reached beyond the walls of its school and he’s now given as an example of possible vandalism of Wikipedia, next to men with big penises and friends of gays.

Je pense que bien peu de gens se souviendront du contenu de mon vandalisme, qui n'a duré que quinze jours, avec un ajout d'une petite phrase sur la page d'un poète méconnu.

My colleagues’ reaction

While information science at its origins was dealing with archives and libraries, in the pas few decades because of the digital revolution, things are changing fast and information professionals have to adapt fast to new realities.

Personnellement, mon travail concerne assez peu l'information, mais le texte littéraire. Ce qui n'a pas grand chose à voir.

As a mandatory, introductory course, we’re quite many in the amphitheater and often the reaction of some of my colleagues denote mistrust of new technologies and in few cases, I even felt hatred of anything that would involve a computer, or the Internet.

The story of Mr. Bonod is a juicy bone, for such people that fear technology.

Si l'on veut la critiquer, il faut rappeler que le commentaire composé est un exercice ne nécessitant pas de recherche d'information.

What better proof you need to demonstrate that Wikipedia is not a reliable source of scholarly information, than the editing of the Charles de Vion d’Alibray article?

Il y a eu des vandalismes bien plus graves...

My conclusion: the palaeontologist is not a veterinarian

I have all the respect for Mr. Bonod’s experiment, he put in a lot of time and effort to show kids that stuff on the Internet have to be taken with a grain of salt. What really bothers me is his conclusion that the mind should be formed in a bubble, isolated from the digital world and only exposed to the Internet when a teacher or someone else considers it to be ready.

La "bulle" ne concerne que ma discipline, les lettres : le texte est un réseau qui n'a pas besoin d'autre réseau.

Le reste est une caricature de ma pensée, même si j'invite les parents à veiller à ce que leurs enfants fasse un usage raisonnable du numérique chez eux. C'est ce que font certains dirigeants de la Silicon Valley avec leurs enfants .

This is a complete non-sense.

La caricature, oui. :roll:

How does Mr. Bonod think it’s even possible to escape the Internet? It’s everywhere, it’s not just the laptops and cellphones that are connected, but those teenager’s TV’s and game consoles too; every day there are more and more devices that get hooked up and educators should stop ignoring it.

Ce genre d'arguments laisse quand même pantois : le numérique nous entoure donc il faut lui céder...

Les TV et les consoles de jeux, les téléphones et les PC ne nous connectent que pour autant que nous les possédons et dépendons d'eux en permamence. C'est le rôle des parents de veiller à ce que cet usage soit raisonnable.

How can he foresee the job market his students will have to fit in?

Nous y voilà... L'argument de l'utilitarisme et de l'employabilité. De ce point de vue l'enseignement des lettres doit être supprimé d'urgence...

I can guarantee, it’ll be totally different from what he has witnessed before and instead of discouraging his students to use the Internet, he should teach team and encourage them to use it correctly and in a constructive way.

La façon constructive, c'est de se méfier des sites qui vandalisent l'enseignement. Voire de comprendre qu'il n'est pas nécessaire de se connecter pour lire un texte, le comprendre et l'interpréter.

Vandalizing Wikipedia was maybe to extreme as a pedagogical method.

Les élèves qui recopient des éléments de corrigés, c'est par contre de plus en plus répandu.

People like Bonod, I see them as palaeontologists, enamored and passionate about a world long gone.

La littérature aurait donc disparu ?

There is nothing wrong to be a palaeontologist, but when your fluffy kitten needs a vaccine or your dog has an indigestion, would you take him to a palaeontology museum or to a veterinarian?

Filons la métaphore : la paléontologie permet de comprendre le monde ancien et par là le monde présent.

I bet you would opt to take your pet to the vet clinic, but what if the doctor is not a veterinarian, but a guy specialized in dinosaurs.

Dans ce cas-là, il faudrait vraiment être idiot pour consulter un paléontologue... :roll:

He will probably have some basic knowledge about cats and dogs, but he’s mind is filled with ancient bones of Triceratops Horridus and he’s handling your darling like it would been an petrified fossil.

While our cats and dogs are in safe hands with the veterinarians, when it comes to schools, often I wonder about some teachers, the Loys Bonods of the world and their curriculum.

Car il est évident que la découverte de la littérature rend parfaitement idiots les enfants, contrairement à Facebook et World of Warcraft...

Many journalists hate bloggers and blogs, they feel threatened by how easy it is to write, publish and distribute a story. Photographers hate stock photo website, because they dilute the price of average quality images. Graphic designers a weary of websites like 99designs.ca because people would design a logo for 200$.

Je n'ai pas peur pour moi, j'ai peur pour la culture. :twisted:

The world is changing and educators should not just accept these changes, but embrace them, embed them and use them as tools to open up new perspectives in their work of forming minds and souls.

J'accepte d'autant mieux ces changements que je suis blogueur et que j'ai conçu moi-même mon propre site et ce forum. Ça ne m'empêche pas de réfléchir aux enjeux éducatifs du numérique : et même, voilà qui me donne une certaine acuité et une légitimité puisque habituellement les réfractaires au numérique à l'école sont ainsi discrédités..

As the French philosopher Michel Serres pointed out, we shouldn’t be concerned with what we are loosing because of the digital revolution, we should rather focus on what we gain.

Et qu'est-ce que c'est ? Y a-t-il une réponse concrète à cette question ?

Ce qu'on perd : c'est donc la littérature. Bah, pour ce que ça vaut aux yeux d'un "professionnel de la communication visuelle"...

He actually had a very interesting dialog with Alain Finkielkraut on Radio France Culture about the education in the world that is coming. Here is the link to the podcast, the interview is in French.

When I look around my class and see some of my classmates, future information professionals, people that in a couple of years will decide about library budgets, and archive development, their hatred, fear and complete misunderstanding of the direction our world is going scares me and I wonder, what on Earth are they doing here?

Ils réfléchissent, tout simplement.

In the second half of our class, we had Martin Lessard, a Montreal based web strategy consultant, invited to talk about the role of social media in a world of information overload. It was quite funny to hear him talk about Loys Bonod’s case, but from a completely different perspective than our professor. I saw many shaking heads in disapproval around me.

On aurait aimé avoir la perspective de Martin Lessard.

In conclusion, those that are passionate about dinos, should not work with kittens.

Les chats de compagnie, c'est la métaphore du numérique ? Eh bien ce n'est pas vraiment attrayant... :mrgreen:

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17 Déc 2012 19:13 #2481 par Typhon

Loys dit: Pas dut tout. Il s'agissait de démontrer à mes élèves eux-mêmes leur servitude au web pour un exercice n'exigeant aucune connexion mais seulement de la compréhension et de la réflexion.


Oui, mais, est-ce que la compréhension peut vraiment se faire sans se renseigner préalablement ?
Par exemple :

Chantre
Et l'unique cordeau des trompettes marines.


Qu'est-ce qu'on peut dire de pertinent sur ce poème, si on ne se renseigne pas dessus un minimum avant d'écrire ?

J'ai un peu de mal avec l'idée que la dissertation et le commentaire composé sont des exercices de pure réflexion personnelle.
Notamment parce que, à partir du moment où on n'a pas vraiment de choix sur le fond puisqu'il faut traiter le sujet, et pas le choix de la forme, qu'est-ce qu'il reste de personnel ?

Non que ces exercices soient inutiles, mais je trouve qu'ils pourraient être présentés différemment.

Typhon

« There are two kinds of fools: one says, "This is old, therefore it is good"; the other says, "This is new, therefore it is better." »
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17 Déc 2012 19:23 #2482 par Loys

Typhon dit:

Loys dit: Pas dut tout. Il s'agissait de démontrer à mes élèves eux-mêmes leur servitude au web pour un exercice n'exigeant aucune connexion mais seulement de la compréhension et de la réflexion.

Oui, mais, est-ce que la compréhension peut vraiment se faire sans se renseigner préalablement ?


Concrètement, dans le cas du sonnet de Charles de Vion d'Alibray, quels éléments extérieurs étaient nécessaires ? Une expression vieillie à rechercher peut-être ("tant s'en faut") et c'est bien tout.

Le jour du bac, le commentaire se fait sans connexion. Si des éléments extérieurs sont nécessaires à la compréhension, le sujet fournit un paratexte et des notes.

Par exemple :

Chantre
Et l'unique cordeau des trompettes marines.

Vous avez choisi un poème facile à retenir. :mrgreen:

Qu'est-ce qu'on peut dire de pertinent sur ce poème, si on ne se renseigne pas dessus un minimum avant d'écrire ?

Plein de choses, croyez-moi. Et s'il fallait vraiment chercher à l'extérieur du poème, le mieux serait de lire le recueil Alcools.

J'ai un peu de mal avec l'idée que la dissertation et le commentaire composé sont des exercices de pure réflexion personnelle. Notamment parce que, à partir du moment où on n'a pas vraiment de choix sur le fond puisqu'il faut traiter le sujet, et pas le choix de la forme, qu'est-ce qu'il reste de personnel ?

Je ne comprends votre histoire d'absence de choix : la problématique et le plan à suivre sont libres, tant qu'ils sont pertinents vis à vis du texte.

En revanche, une pensée qui a besoin d'une connexion est tout sauf libre.

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17 Déc 2012 19:41 #2483 par Typhon
Je connais des poèmes plus long, mais celui-ci est un assez bon exemple de ce que j'ai en tête.
Je ne vois pas comment, sans se renseigner un minimum, on peut éviter de faire d'énormes contresens à son sujet. Des contresens qu'on n'éviterait pas, même en lisant le reste du recueil (dans la version que j'ai, en tout cas, il n'y a pas de note de bas de page).

Typhon

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17 Déc 2012 20:03 #2484 par Loys
La poésie n'est pas un code ou un langage chiffré. Et même pour un poème si court, j'ai déjà plein de choses à dire : mais c'est un métier ! ;)

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17 Déc 2012 20:04 #2485 par Typhon

Loys dit: La poésie n'est pas un code ou un langage chiffré. Et même pour un poème si court, j'ai déjà plein de choses à dire


Comme par exemple ?

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17 Déc 2012 20:27 #2486 par Loys
Vous voulez un commentaire en ligne ? Mais vous êtes gentil Typhon : il me faudrait des heures ! :rirej

Quelques observations en vrac : ce poème se place d'emblée, par son titre ("Chantre") ou la référence à la musique ("trompettes"), sous l'auspice d'une réflexion sur la création poétique. Le "chantre", mot vieilli, est en effet l'équivalent du chanteur et du poète. Le poème respecte en partie une forme classique, avec un titre, et une forme versifiée, celle de l'alexandrin, avec la prononciation classique des -e sonores et la musicalité de quatre mesures parfaitement régulières (3/3//3/3), soulignée par la césure à l'hémistiche : "Et l'uni/que cordeau// des trompet/tes marines". Mais la syntaxe est déroutante (une conjonction de coordination en début de vers, une phrase non verbale) et le reste de la forme s'apparente à une provocation poétique puisqu'une seule strophe d'un seul vers, comme une pensée interrompue, une bribe poétique discontinue, fragmentaire, soulignée par le blanc typographique de la page, conférant une rareté étonnante au vers normalement caractérisé par un retour à la ligne (versus) qui ici n'existe pas. La provocation est renforcée par une mise en abyme : le singulier et l'adjectif "unique" : c'est bien une facétie d'Apollinaire. Les "trompettes marines" peuvent évoquer néanmoins une tradition poétique archaïque, hommage aux conques d'une mythologie fascinante. La mer quant à elle évoque une profondeur qui est celle du mythe et qui perpétue l'écho d'anciennes traditions empreintes de noblesse ("les "trompettes"). Le singulier "cordeau" s'oppose à une abondance, une multitude : le "cordeau" est ce qui indique une ligne droite, une voie à suivre, un sillage : manifeste poétique pour un itinéraire singulier, en forme de transgression joyeuse, à partir d'une tradition poétique commune mais oubliée ? Comme le pseudonyme choisi par ce descendant d'Apollon, dieu de la musique et de la poésie ?

Bon je vais coucher mes trois enfants.

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17 Déc 2012 21:04 #2488 par Typhon
Non, non, je vous demande pas de rédiger un commentaire en entier, sauf si ça vous amuse. Moi, les réflexions en vrac me conviennent très bien, elle suffisent à mon propos.

On voit bien, effectivement que vous êtes un professionnel.

Et du coup, maintenant, je peux poser la question :
Est-ce que c'est grave de faire des contresens dans les commentaires ?
Est-ce que interpréter de travers un certain membre de phrase et bâtir tout un raisonnement dessus, c'est une erreur tragique ?
Est-ce que les élèves qui ont cru que le poème de Charles de Vion d'Alibray était dédié à Anne de Beaunais sont si coupables ?

Je ne parle pas de ceux qui ont recopié le corrigé, juste ceux qui ont sauté à cette conclusion à partir de Wikipédia et l'ont incluse dans leur commentaire pour faire bonne mesure.

Typhon

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17 Déc 2012 21:17 #2489 par Loys
Il y a plusieurs sortes de contresens et ils sont toujours graves : les premiers sont ceux de lecture littérale, de compréhension. Les seconds, d'interprétation : comme si je voyais dans les "trompettes" un allusion au jazz. Pour éviter ces derniers contresens, il faut s'en tenir au texte et au texte seul. Et éviter d'aller sur Internet par exemple.

Le fait d'avoir cru que le poème était dédié à Anne de Beaunais n'a presque aucune importance pour le commentaire : si elle avait existé et si ce poème lui avait dédié, ça aurait été aussi peu important, d'ailleurs : c'est un poème amoureux et peu importe qui est aimé, ici. A supposer qu'il s'agisse de quelqu'un ayant réellement existé. Les élèves ont voulu nourrir trop vite et trop facilement leur introduction et en l'occurrence Wikipédia n'y est pas pour grand chose. J'ai mis cette phrase précisément parce que je savais que les élèves seraient tentés de faire un raccourci abusif, mais comme je le dis dans l'article, c'est une erreur vénielle. D'ailleurs "Anne de Beaunais" (= Bonnet d'âne), ce n'est pas dans Wikipédia ("Melle de Beaunais" seulement), mais sur les sites de corrigés, ma vraie cible pour ce canular. :twisted:

Si vous avez le temps et le courage, lisez le sonnet et lisez le faux corrigé : avec un peu d'attention vous trouverez le contresens le plus grave. Il est vraiment très gros. ;)

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17 Déc 2012 21:42 #2490 par Wikibuster
And I defend this paradox: there is no real benefit to the digital when the mind was built ​​without him.

Cette traduction est approximative. Version originale : "On ne profite vraiment du numérique que lorsqu'on a formé son esprit sans lui."

Loys arrêtez d'être trop gentil, ce n'est pas approximatif c'est un contresens total !!! :)

Ecrasons l'infâme !

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17 Déc 2012 22:25 #2491 par Typhon

Loys dit: Si vous avez le temps et le courage, lisez le sonnet et lisez le faux corrigé : avec un peu d'attention vous trouverez le contresens le plus grave. Il est vraiment très gros. ;)


Vous voulez parler de ça ?

le poète décrit l’arc-en-ciel et ses cent couleurs majestueuses et fait, à travers lui, la description de sa bien-aimée.


Sachant que le poème, lui, dit ça :

Ainsi que l'Arc-En-Ciel [...] Je prends en un instant cent diverses couleurs,


Et que donc, c'est de lui-même qu'il parle, a priori. Vous l'aviez déjà dit sur le forum, je crois.

Mais je n'ai pas l'intention de faire la correction de cet amusant pastiche.

Par contre, je peux maintenant vous le dire, je vous ai bien eu :

La trompette marine est un instrument constitué d'une corde unique frottée par un archet, et tendue sur une caisse de résonance en bois triangulaire.
C'est un instrument qui n'a aucun rapport avec la mer.
Il est, par contre, largement associé aux couvents, où on s'en servait à la place d'une vraie trompette.

Du coup, c'est amusant de voir ce qui tient et ce qui ne tient pas dans ce que vous avez dit :

Le "chantre", mot vieilli, est en effet l'équivalent du chanteur et du poète.


Il y a une connotation liturgique dans ce mot. Le chantre, c'est celui qui chante à l'office.

le reste de la forme s'apparente à une provocation poétique puisqu'une seule strophe d'un seul vers, comme une pensée interrompue, une bribe poétique discontinue, fragmentaire, soulignée par le blanc typographique de la page, conférant une rareté étonnante au vers normalement caractérisé par un retour à la ligne (versus) qui ici n'existe pas. La provocation est renforcée par une mise en abyme : le singulier et l'adjectif "unique" : c'est bien une facétie d'Apollinaire.


Et la mise en abyme va donc plus loin que vous ne le dites, puisque l'unicité du "cordeau", l'unicité du vers, renvoient très certainement au fait que la trompette marine est monocorde.

Les "trompettes marines" peuvent évoquer néanmoins une tradition poétique archaïque, hommage aux conques d'une mythologie fascinante. La mer quant à elle évoque une profondeur qui est celle du mythe et qui perpétue l'écho d'anciennes traditions empreintes de noblesse ("les "trompettes"). Le singulier "cordeau" s'oppose à une abondance, une multitude : le "cordeau" est ce qui indique une ligne droite, une voie à suivre, un sillage : manifeste poétique pour un itinéraire singulier, en forme de transgression joyeuse, à partir d'une tradition poétique commune mais oubliée ?


Du coup, tout ceci n'a plus guère de sens.
La tradition à laquelle, du coup, on doit rattacher le poème est bien plus en rapport avec la liturgie catholique médiévale qu'avec la mer, les conques et les tritons et l'antiquité et il n'y a rien d'incongru à ce qu'un chantre s'accompagne à la trompette marine.

Après tout, et puisque vous mentionniez le reste d'Alcools, on trouve bien ces deux vers dans "Zone" :
Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X



Et j'en viens à ceci :

La trompette marine est quelque chose de parfaitement obscur, un vrai vistemboir.
Je ne la connais que par hasard, et il est très peu probable, à moins d'être historien de la musique, d'en avoir entendu parler. Même sa carrière littéraire n'est pas très étendue. Outre ce poème, elle est mentionnée au début du Bourgeois Gentilhomme, dans une blague qui tombe désormais totalement à plat, puisque plus personne ne sait ce que c'est.

Votre ignorance est donc tout à fait excusable, mais par contre, j'ai un peu de mal à croire que faire des recherches préalables soit totalement inutile au commentaire.
Ne serait-ce que pour être certain qu'on comprend vraiment ce qu'on comprend.

http://www.oriscus.com/mi/tm/index.htm
http://youtu.be/oXai31rKtqo
http://youtu.be/Xxxf5nXBbRU

Typhon

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17 Déc 2012 22:33 #2492 par Wikibuster

Typhon dit: Il y a une connotation liturgique dans ce mot. Le chantre, c'est celui qui chante à l'office.


Moi je ressens une puissante jointure entre le chanvre liturgique du sonnet et les élucubrations lyriques de la tornade ! :)

Ecrasons l'infâme !

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17 Déc 2012 22:36 #2493 par Typhon
Quelle tornade ?

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17 Déc 2012 22:38 #2494 par Wikibuster

Typhon dit: Quelle tornade ?


Euh c'était peut-être un Syphon finalement, ou une marionnette ? L'aspiration poétique est fugace...

Ecrasons l'infâme !

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17 Déc 2012 22:50 #2495 par Typhon
Typhon (Τυφῶν) est, à ma connaissance, le seul démon qui soit parvenu à vaincre Zeus. Victoire qui fut momentanée, mais qui lui vaut mon admiration.

Merci d'apporter de l'eau à mon moulin, du coup, puisque vous aussi vous partez du principe que vous avez compris, en l'occurrence mon pseudonyme, alors que ce n'est pas le cas.

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17 Déc 2012 22:56 #2496 par Wikibuster

Typhon dit: Typhon (Τυφῶν) est, à ma connaissance, le seul démon qui soit parvenu à vaincre Zeus. Victoire qui fut momentanée, mais qui lui vaut mon admiration.

Merci d'apporter de l'eau à mon moulin, du coup, puisque vous aussi vous partez du principe que vous avez compris, en l'occurrence mon pseudonyme, alors que ce n'est pas le cas.


Ben nan je blaguais. ;)

Ecrasons l'infâme !

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17 Déc 2012 22:57 #2497 par Typhon
Oui, vous blaguiez en partant du principe qu'un Typhon déchaîne des vents violents sur le sud-est asiatique. Ne le niez pas.

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17 Déc 2012 23:02 #2498 par Wikibuster

Typhon dit: Oui, vous blaguiez en partant du principe qu'un Typhon déchaîne des vents violents sur le sud-est asiatique. Ne le niez pas.


Ben oui quoi tout le monde peut se tromper, j'ai pas regardé sur Wikipédia au moins !

Ecrasons l'infâme !

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17 Déc 2012 23:30 #2499 par Loys

Typhon dit: Votre ignorance est donc tout à fait excusable, mais par contre, j'ai un peu de mal à croire que faire des recherches préalables soit totalement inutile au commentaire.
Ne serait-ce que pour être certain qu'on comprend vraiment ce qu'on comprend.

Pwned ! :P

Merci Typhon, j'aurais appris quelque chose ce soir et le poème s'en trouve éclairé. Vous avez fait une démonstration convaincante, avec un contresens littéral, le piège résidant dans l'association de deux mots d'apparence simple "trompettes" et "marines" dont on ne soupçonne pas l'alliance si on n'en a pas connaissance : c'est en tout cas la preuve que je me suis efforcé de commenter sans rien chercher sur Internet (on trouve des corrigés avec la précision sur la trompette marine :mrgreen: ). Je me suis ressouvenu de la citation de Molière du coup !

Pour ma défense, je ne peux que me citer plus haut en parlant du bac (exemple l'an passé ) ]Si des éléments extérieurs sont nécessaires à la compréhension, le sujet fournit un paratexte et des notes.[/quote]

Autre élément important : en littérature et en poésie, la polysémie des mots est une richesse, sinon le texte serait purement informatif. La trompette marine - en tant qu'instrument - n'a peut-être rien de marin, mais dans un poème je ne le parierai pas, Apollinaire aimant jouer avec les sens dénotés et connotés des mots, modernes ou anciens. Dans "Zone" par exemple, puisque vous citez ce poème, à propos d'une rue industrielle : "Le matin par trois fois la sirène y gémit". ;)

Pour en revenir au sonnet que j'ai donné à mes élèves, vous conviendrez qu'il n'y avait aucune recherche nécessaire ni aucun piège de ce genre : le sens est limpide, pour peu qu'on lise attentivement.

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18 Déc 2012 00:16 #2500 par Typhon
Oui, j'avais pensé à ça.
En fait, j'ai beau être à peu près convaincu qu'Apollinaire savait ce qu'était une trompette marine, je ne lui ai jamais posé la question, faute d'amis avec qui faire du spiritisme, et en tout état de cause, il n'y a évidemment rien d'impossible à ce qu'il ait voulu jouer sur l'ambiguïté du terme, qui commençait probablement déjà à tomber en désuétude.

Si des éléments extérieurs sont nécessaires à la compréhension, le sujet fournit un paratexte et des notes.


Justement, il n'y a pas de note dans mon édition.
Le piège de ce poème, comme vous le dites, c'est que non seulement on ne sait pas, mais contrairement à Socrate, on ne sait même pas qu'on ne sait pas.
Je pense que c'est une belle incitation à la prudence, tant vis-à-vis des textes que des explications de textes.

Je suis d'accord pour dire que le sonnet que vous aviez donné à vos élèves est infiniment plus simple que ce monostiche, qui pourtant ne paie pas énormément de mine.

Mais si on met des élèves face à du Rimbaud, voire, ce qui doit être plus rare, à du Mallarmé ou à du Huysmans, combien d'entre eux risquent de faire ce genre de contresens ?
Le paratexte ne peut pas tout, parce qu'on risque toujours de ne pas penser à tout déminer.
Ce n'est pas du tout évident de savoir quel mot sera compris sans explication supplémentaire, et lequel mérite un petit paragraphe. A fortiori si on fait soi-même un contresens sur le texte. Et puis évidemment, on ne peut pas non plus tout expliquer.

Je me souviens que pour un oral blanc en première, j'ai complètement séché parce que j'ignorais le sens du mot "velléitaire", et que je n'ai pas eu la présence d'esprit de le signaler tout de suite à mon examinatrice. J'avais affreusement honte, n'ayant pas l'habitude d'ignorer le sens des mots dans les énoncés, et ma vanité mal placée m'a totalement fait perdre pied.

Enfin, j'avais oublié de répondre là-dessus :

Comme le pseudonyme choisi par ce descendant d'Apollon, dieu de la musique et de la poésie ?


Je ne crois pas que ce soit un pseudonyme. Il me semble qu'il s'appelait bien Apolinary, d'abord italianisé en Apollinare, puis francisé.

Typhon

« There are two kinds of fools: one says, "This is old, therefore it is good"; the other says, "This is new, therefore it is better." »
(William R. Inge)
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18 Déc 2012 00:33 #2501 par Loys
Pour le nom, oui, mais c'est devenu le nom de plume qu'il s'est choisi, si vous préférez.

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18 Déc 2012 00:35 #2502 par Loys

Typhon dit: Justement, il n'y a pas de note dans mon édition.

Ce que vous faites dès lors est un travail d'universitaire, pas d'élève du secondaire. ;)

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18 Déc 2012 00:41 #2503 par Typhon
Pourtant, c'est une édition qui date du lycée.

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18 Déc 2012 07:32 #2505 par Loys
Je croyais que vous parliez du recueil Alcools de la nrf, qui n'est pas une édition scolaire.

Si "Chantre" est dans un manuel scolaire sans la note sur les "trompettes marines", c'est effectivement problématique.

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18 Déc 2012 08:17 #2506 par Typhon
Non, non, ce n'est pas un manuel scolaire, c'est bien Alcools.
Je pense qu'il n'y a pas de manuel scolaire qui reproduise "Chantre". J'ai bien peur que ce ne soit considéré comme trop court et énigmatique pour des élèves de lycée.

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18 Déc 2012 12:25 #2507 par Alexander Doria
Je me permets de m'incruster dans cette discussion intéressante. En fait, j'ai l'impression que les problématiques du numérique obscurcissent le véritable enjeu : celui de l'approche du texte littéraire. Traditionnellement, ce qui prime c'est l'approche heuristique : le lecteur est confronté à un texte conçu comme une réalité autonome. Depuis plusieurs décennies, les sciences sociales (et plus particulièrement les sciences de l'information et de la communication) ont un peu remis en cause cette interprétation. Elles promeuvent un ancrage du texte qui soit à la fois social (le statut de l'auteur dans la société de son époque, ses relations avec les milieux littéraire…) et technique (l'œuvre est fatalement formatée pour un certain support : les Misérables de Hugo sont ainsi indissociables d'une forme littéraire pensée pour le journal, le roman-feuilleton).

L'exemple de la trompette marine est emblématique de ce clivage. Selon les époques, le terme recouvre différents sens. Au XVIIe siècle, c'était simplement un instrument parmi d'autres. A l'époque d'Apollinaire, c'est une allusion à un objet du passé, désormais périmé. Aujourd'hui, alors que la trompette marine ne veut plus rien dire du tout en tant que tel, on ne pense qu'à l'accolement entre trompette et maritime. Sans contextualisation, on s'éloigne de l'intention initiale de l'auteur.

Tout ça pour dire que les nouvelles technologies de l'information ne font qu'encourager une métamorphose du commentaire de texte, déjà en cours depuis plusieurs dizaines d'années. Aujourd'hui, il est impensable de donner à lire un texte sans fournir des éléments de contexte : il y a encore peu, cette évidence n'allait pas de soi.

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18 Déc 2012 18:31 #2509 par Loys

Alexander Doria dit: Traditionnellement, ce qui prime c'est l'approche heuristique : le lecteur est confronté à un texte conçu comme une réalité autonome.

C'est là où vous faites erreur : il s'agit d'une approche historiquement très récente, l'approche structuraliste.

Aujourd'hui, il est impensable de donner à lire un texte sans fournir des éléments de contexte : il y a encore peu, cette évidence n'allait pas de soi.

D'aussi longtemps qu'ils existent, les manuels scolaires ont toujours apporté les éléments de contextualisation nécessaires à la compréhension des textes.

Les cours de français apportent souvent un "ancrage" aux textes, ne serait-ce que pour éviter les contresens comme celui des trompettes marines. Mais au demeurant cet ancrage est parfois très limité quand l'histoire qui entoure les textes est plus brumeuse que les textes eux-mêmes : les épopées homériques en sont un bon exemple, et pourtant rien n'empêche de les commenter. La littérature, d'une manière générale, est capable d'échapper - dans une certaine mesure - à l'historicité à laquelle on voudrait la réduire, sinon la littérature antique n'intéresserait que les historiens.

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