"Pourquoi l'école privée réussit mieux que le public (et comment réduire l'écart)" (L'Obs)

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23 Oct 2016 20:11 #17512 par Loys

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23 Oct 2016 20:38 - 23 Oct 2016 22:32 #17513 par Loys
Encore une tribune qui s'efforce de minorer ou d'occulter la question de la ségrégation institutionnelle : le privé réussit mieux que le public parce qu'il est le privé...
Quelques remarques. Dans la première partie de l'entretien, M. Toulemonde constate bien la fracture sociale entre privé et public ( ce que contestent les responsables de l'enseignement catholique ).

Dans sa tribune, Thomas Piketty propose qu’on applique la carte scolaire à l’école privée…
Mais c’est juridiquement impossible ! La Constitution ne le permet pas. La liberté des parents de choisir un établissement privé est une liberté constitutionnelle. Sauf à modifier la Constitution, on ne peut donc pas le faire.

La loi Debré de 1959 est bien une magnifique entorse à la séparation de l'Église et de l'État. ;)

Najat Vallaud-Belkacem a bien résumé l'enjeu : obliger les parents et les empêcher de choisir leur établissement sont les plus sûrs moyens de réveiller la guerre scolaire. Il faut trouver des méthodes douces.

Il n'y a pas de "guerre scolaire" : il y a en France une défaite de l'enseignement public depuis 1959. En Finlande, l'enseignement privé n'existe pas...

Le regroupement d’enfants de milieux favorisés explique-t-il les meilleurs résultats du privé ?
C’est un sujet délicat, sur lequel il n’y a pas de recherche précise. En effet, les établissements privés ont en général de meilleurs résultats que les établissements publics. En France, cet écart, tel qu'il est calculé par l’OCDE dans l’enquête Pisa 2012, est de 31 points. Il tient à l’origine sociale des élèves. Les milieux aisés sont associés à de meilleurs résultats scolaires.

Il serait peut-être temps qu'il y en ait, des recherches. :fur
Quand on prétend lutter contre les inégalités à l'école, peut-on faire l'économie de penser la première de ces inégalités : la ségrégation institutionnelle ? C'est pourtant ce qu'a fait récemment le CNESCO.

Mais ce n'est pas la seule explication. Car quand on neutralise le critère social, avec 8 poins en plus, le privé continue d'avoir un meilleur score.

Le critère social est loin d'être le seul à devoir être pris en compte.
Parce que dans certaines écoles (privilégiées il est vrai) des moyens supplémentaires extraordinaires s'ajoutent au financement de l'État.
Parce qu'en plus de la ségrégation sociale s'exerce une ségrégation scolaire, c'est-à-dire fondée sur le niveau scolaire, non évoquée par M. Toulemonde. D'ailleurs plus les demandes d'inscription sont nombreuses, plus cette ségrégation s’exacerbe.
Parce que ces deux ségrégations s'exercent non seulement par le haut (des élèves de catégories plus favorisés et de meilleur niveau) mais par le bas : peu (et de moins en moins) d'élèves appartenant aux catégories les plus défavorisées et peu d'élèves avec un faible niveau scolaire. Inversement, dans certains établissements du public, une concentration importante d'élèves en difficulté scolaire ou appartenant aux catégories sociales les plus défavorisées. Les dispositifs pour traiter la difficulté scolaire sont d'ailleurs concentrés dans le public : éducation prioritaire, Ulis, Segpa, UP2A etc. La concentration des bons élèves/élèves en difficultés (recoupant en partie la ségrégation résidentielle) occasionne une dynamique positive ou négative. Dans l'exemple de l'arrondissement de Nanterre , on a pu voir que les rares collèges privés implantés dans des communes intermédiaires fonctionnent comme une pompe aspirante à "bons élèves", freinant tout mixité scolaire là où existe pourtant une certaine mixité sociale.
Parce que les problèmes de disciplines se règlent plus facilement dans le privé : le renvoi contre l'exclusion dans le public (qui revient à un échange d'élèves en difficulté).
Parce que les établissements privés sont de plus petite taille que les établissements publics.
Parce qu'enfin, en dehors des considérations sociales et dans le contexte de l'école actuelle, le choix du privé par les parents procède souvent d'une attention plus soutenue à l'éducation de leurs enfants, avec les conséquences sur l'investissement des élèves, le travail scolaire, sur la discipline ou sur le remplacement des professeurs. Dès lors, des classes plus nombreuses ne sont pas un handicap (comme c'est le cas dans les établissements publics privilégiés)
Parce qu'enfin s'exerce peut-être une pédagogie particulière, qui reste à étudier. Philippe Meirieu parle d'une "pédagogie naïve" de l'entre-soi.

L’école privée, indépendamment de l’origine sociale, est plus efficace que l’école publique !

Qu'on ouvre autant de Segpa, d'Ulis, d'Up2a dans le privé, qu'on impose un recrutement sur niveau scolaire équivalent, qu'on oblige les établissements privés à être plus grands et à recruter et à conserver leurs élèves les plus difficiles à gérer, qu'on étudie des classes du privé comportant autant d"élèves en difficulté que dans le public etc.
En somme qu'on applique toutes les contraintes spécifiques de l'enseignement public au privé et on pourra alors vérifier si l'école privée est "plus efficace". :santa:

Comment comprendre que l’enseignement privé soit plus efficace, même après la neutralisation du critère social ?
Ce résultat est paradoxal, en effet. Le privé a des professeurs moins bien formés : selon le Bilan social de l’Education nationale, le second degré compte 4% d’agrégés dans le privé contre 13% dans le public, 72% de capétiens dans le privé contre 77% dans le public, et 26% de non-titulaires dans le privé contre… 6,5% dans le public ! Les classes sont plus chargées. Le collège et le lycée proposent moins d'options...

La variété des options, sans doute. Mais pour le reste, les options facultatives (avec moyens supplémentaires donc) sont davantage choisies : les latinistes sont proportionnellement plus nombreux dans le privé que dans le public (au collège 20,2% contre 15,8% selon RERS 2016).

Et pourtant, le système scolaire privé est plus efficace.
A cet égard, la Cour des Comptes a fait des calculs : l’enseignement privé est une bénédiction pour les finances publiques !

Mais pas une bénédiction pour la mixité républicaine. Pour le formuler autrement, ce que l'État ne paie pas, c'est la société qui finit par le payer...
A vrai dire, s'agissant des lycées par exemple, le dernier rapport 2015 de la Cour des comptes a pointé le surcoûts des petites structures, très nombreuses dans le privé. Les lycées privés sont deux fois plus petits, en moyenne, que les lycées publics.
Inversement ce rapport précise que la moindre dépense dans le privé s'explique
- par l'absence de structures d'enseignement spécifiques occasionnant des moyens supplémentaires
- par les charges sociales très supérieures supportées par l'État pour des fonctionnaires du service public
- par le statut des enseignants (plus d'agrégés dans le public, plus de contractuels dans le privé)
En somme pour ces deux derniers points, ce qui pose problème (mais que M. Toulemonde ne dit pas), c'est le statut de fonctionnaire, avec les charges afférentes.
Cette idées couplée avec celle que le privé est plus efficace, on voit se profiler une aspiration ravageuse à la libéralisation nécessaire de l'éducation. Or précisément, compte tenu des contraintes qui sont les siennes, le public fonctionne peut-être mieux que le privé.

Une option de lycée coûte moitié moins cher dans le privé que dans le public, par exemple.

Les élèves étant plus nombreux à choisir les options facultatives (en latin 8,7% dans le privé contre 3,6% dans le public selon RERS 2016), il est logique que le coût par élève soit inférieur. Il est à noter que le rapport 2015 de la Cour des comptes ne fait pas état de cette différence.

Les enseignants sont moins gradés, l’Etat ne finance pas les bâtiments...

Mais, en plus des dépenses de personnels et de fonctionnement financées par l'État, les dépenses d’investissement des établissements privés peuvent faire l’objet d’une participation des collectivités publiques. Ajoutons qu'en France, les dons à certaines fondations d'enseignement permettent de réduire les impôts des donateurs, ce qui revient à un financement public indirect.

Je pointerais plusieurs facteurs pour expliquer ce paradoxe, et d'abord le traitement de l’absentéisme : les absences de courtes durées sont remplacées à 98% dans le privé ; dans le public, à moins de 30%. En clair, le privé assure mieux la continuité du service public que le service public lui-même !

Il faudrait comparer le taux d'absences : on peut imaginer qu'il est plus important dans les établissements publics les plus difficiles et qui ont déjà souvent de nombreux postes non pourvus.
Ne pas oublier d'ailleurs que les dizaines de milliers de postes non pourvus depuis 2011 aux concours sont essentiellement des postes publics : affectés à l'année sur des postes non pourvus, les TZR ne remplissent plus les missions de remplacement, notamment pour les courtes durées.

Du point de vue pédagogique, ensuite, les établissements privés sont de bons élèves. Ils sont volontaires, ils appliquent les réformes.

Pas celle des rythmes scolaires...

Celle du collège ? Ils jugent qu’elle va dans le bon sens, ils jouent le jeu, ils ont même publié à la rentrée un guide d’accompagnement. Alors que dans le public, des syndicats puissants freinent souvent les changements.

Il faut distinguer les instances dirigeantes de l'enseignement privé et les syndicats enseignants, dont plusieurs ont rejoint l'intersyndicale contre la réforme du collège.
L'autonomie promue par la réforme est déjà appliquée dans le privé : elle porte sur le recrutement des enseignants. Pour le reste, on a vu que l'enseignement privé peut contourner la réforme en facturant aux parents si nécessaire les structures supprimées dans le public. Pour le privé, l'application de la réforme dans le public est une aubaine.

J’ajouterai la cohésion des équipes autour d’un projet d’établissement, qui maintient une mobilisation et donne du sens.

"Cohésion" avec de nombreux contractuels...

Les enseignants hésitent à sécher les réunions pédagogiques, alors que dans le public, ils sont souvent moins disciplinés.

"Cohésion" très factice, donc.

Dans le privé, la communauté éducative est une réalité, à laquelle participent réellement les parents d’élèves, alors qu’ils sont tenus en lisière dans le public.

Parce que l'investissement parental est par définition plus important dans un établissement qu'on a choisi pour ses enfants.

Enfin, les établissements privés bénéficient d’une autonomie qui assure en général un dynamisme plus grand. Au fond, l’enseignement privé est l’enseignement public dont rêvent les classes moyennes.

Ségrégué ?

Hormis l’incitation financière, voyez-vous d’autres moyens de pousser le privé à accueillir une population plus mêlée socialement ?
La loi Debré prévoit une "obligation de service public" aux établissements privés, qui doivent accueillir tous les enfants sans distinction d’origine ou de croyance. Mais dans la pratique, ils sont obligés de sélectionner. Et il y a des réalités dont ils ne se vantent pas mais qui existent, comme la nécessité de maintenir leur équilibre économique. L’Etat paie les salaires des professeurs, mais la participation publique ne va guère au-delà. La loi Falloux n’autorise pas les collectivités locales à financer plus de 10% des investissements de l’enseignement privé.

La ségrégation n'est pas seulement sociale, mais scolaire... devenant parfois même une véritable discrimination ethnique.

Dans ces conditions, il vaut mieux pour les établissements qu’ils accueillent plutôt des familles qui paient que des familles qui ne paient pas. Cela dit, le privé n’est pas monolithique. A Marseille, par exemple, dans les années 1990, nous avons placé une douzaine d’établissements en ZEP… Mais pour le reste, comment entraîner une mixité sociale ?

Certes le privé n'est pas monolithique, mais il s'agit ici du cas général.

Pourrait-on imposer des quotas d'élèves défavorisés à l'école privée, en échange de son droit à sélectionner ?
Cela nécessiterait un accord global. Or, à côté du mastodonte de l’enseignement catholique, qui représente 95% des établissements privés, il y a l’enseignement juif, l’enseignement musulman, l’enseignement laïque… Il faudrait mettre tout ce monde autour de la table. Une mission quasi-impossible.

Le financement public du privé a bien mis tout ce monde autour de la table en 1959.

D’autre part, la pression sociale est énorme, et l’immigration est un problème massif, que l'on n’ose pas aborder. Je pense que si l’enseignement catholique accueillait à bras ouverts les enfants des milieux défavorisés, il n’aurait pas le succès qu’il a à l’heure actuelle. Une des valeurs que les parents donnent à l’enseignement privé, c’est précisément que ces enfants issus de l’immigration n’y sont pas nombreux. Une attitude pas très chrétienne, reconnaissons-le !

C'est le moins qu'on puisse dire...

Les dirigeants de l’enseignement catholique en ont conscience. A cette rentrée, ils ont mis en place des indicateurs de mixité sociale dans les établissements. A ces derniers d’en tirer les conséquences. Pascal Balmand, le secrétaire général de l’enseignement catholique, ne peut rien imposer. Il fait confiance à l’intelligence de ses troupes. Même si bien des chefs d’établissements privés n’en tiennent guère compte.

L'enseignement privé avait également applaudi les rythmes scolaires dans le primaire…. sans les appliquer.
Bref, donner l'exemple du privé pour "réduire l'écart", c'est une sinistre farce. Cet entretien aura du moins le mérite d'assurer la publicité à l'enseignement privé.

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