"Les injustices du système scolaire, machine à faire voter pour l’extrême droite" (Le Monde)

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28 Fév 2026 17:19 - 01 Mar 2026 14:02 #25573 par Loys
Dans "Le Monde" du 28/02/26 : "Les injustices du système scolaire, machine à faire voter pour l’extrême droite"

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L’école coupable d’"engendrer des générations de vaincus" : voici ce qui expliquerait le glissement progressif du vote en France vers l’extrême-droite (hors toute autre considération…). 

C'est évidemment tristement réduire le rôle de l'école à l'obtention d'une position sociale ou à la réussite professionnelle (en imaginant, bien sûr, que l'école devrait permettre la réussite professionnelle de tous, ce qui ne peut que laisser perplexe). 

Encore une explication simpliste (et venue du passé) : il est traditionnel de présenter l'électorat du RN (ex-FN) comme sous-diplômé.

Il est d'abord facile de noter que l’école engendre bien moins de "vaincus" aujourd’hui qu’hier (l’article mentionnant par ailleurs "la démocratisation scolaire" ou "l’élévation globale du niveau de qualification" : allez comprendre) : depuis 1975, le collège est devenu unique, le décrochage scolaire est devenu minime, les redoublements ont été supprimés,  le taux d’accès à une génération au baccalauréat est passé de moins de 10 % à près de 80 % aujourd’hui (avec des taux de mentions extraordinaires), le taux d’accès aux études supérieures n’a jamais été aussi élevé…

De fait, la part des électeurs cadres et les plus diplômés a doublé au RN entre 2022 et 2024 (de 11 à 22% selon Ipsos-BVA ), avec celle des 18-24 ans (33%) : des "vaincus" de l'école ? 

Les électeurs retraités (eux-mêmes surreprésentés dans les élections) ont basculé à l'extrême-droite (31% des retraités en 2024) : difficile d’accuser l’école d'ajourd'hui puisqu’ils n’ont connu que l’école d'hier (1970 ou avant) : au passage, 25% des retraités CSP+ ont voté RN en 2024).

Aux élections législatives de 2024, près de la moitié des personnes qui n’ont pas le bac ont voté pour des candidats du RN

Dont une grande part de retraités donc, d'une époque où on n'avait pas le bac : des "vaincus" de l'école d'aujourd'hui ?

Il est vrai que l'école n'efface pas les inégalités de naissance : on pourrait même dire qu'elle les creuse aujourd'hui et qu'elle perpétue mieux que jamais la reproduction sociale. Mais l'article du "Monde" ne s'interroge pas sur cette évolution sinistre.

Il dénonce un système scolaire inégalitaire sans constater que l'inégalité est inscrite dans son fonctionnement même puisqu'il finance - exemple unique au monde - un enseignement privé qui choisit ses élèves (et, dans un contexte de crise de l'école - jamais évoqué par l'article - joue le rôle de refuge en amplifiant de ce fait les inégalités).

La crise de l'école, avec les fictions de réussite scolaire ou la perte d'efficacité de l'école, pourtant évidentes, ne sont pas même mentionnées dans l'article. Un lycée professionnel qui ne professionalise plus, des diplômes qui n'offrent plus de garantie (de niveau et d'emploi), des compétences fondamentales dégradées malgré un allongement sans précédent de la scolarité...

Non : pour "Le Monde", les causes seraient les hiérarchies scolaires : entre lycées (sachant que "Le Monde" publie tous les ans des palamarès des lycées et des filières), entre filières, entre disciplines. Comme si ces hiérarchies étaient nouvelles et expliquaient l'évolution électorale actuelle. A vrai dire, quand le lycée général était réservé à une élite triée sur le volet, les "vaincus" de l'école étaient un peu plus nombreux.

La frustration grandit chez les « vaincus » du système éducatif, d’autant plus que la position sociale est aujourd’hui largement fixée par la réussite scolaire et le diplôme obtenu. L’élévation globale du niveau de qualification de la population française n’y change rien, bien au contraire. Le ressentiment gagne aussi une partie des classes moyennes poussées à aller le plus loin possible dans les études sans en récolter forcément les fruits, tant être diplômé du supérieur est devenu commun.

Donc, l'école est tenue responsable... du marché du travail !

Mais aucune interrogation sur le bien-fondé d'une massification du supérieur (et du lycée général qui y prépare) occasionnant cette "frustration" bien compréhensible. Sur la prévisible dévaluation des diplômes.

« Les générations de la massification scolaire sont aussi celles du chômage endémique, de la précarité et du sentiment de déclassement. (…) On peut donc comprendre comment la trahison des promesses scolaires d’insertion professionnelle en conduit beaucoup à résister aux valeurs associées à ces promesses », soulignent ainsi François Dubet et Marie Duru-Bellat, dans le même ouvrage.

Mais qui donc a fait ces promesses en trompe-l'oeil ?

Pourtant, à l’aune de la fracture provoquée, n’est-il pas temps d’envisager le système éducatif et ses nécessaires réformes autrement ? Ne devrait-on pas casser la hiérarchie des savoirs et des établissements et construire une école capable de ne plus engendrer des générations de « vaincus » ?

Et si on casse seulement l'école publique (comme on le fait avec une belle obstination depuis quelques décennies, en ciblant notamment toutes les "hiérarchies"), l'école privée ne pourra qu'applaudir : on saura en effet où trouver les "vaincus" !
Dernière édition: 01 Mar 2026 14:02 par Loys.

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