Patrick Giroux - "Il a pourri le web, mais je ne crois pas qu'il a conclu correctement" (28/03/12)

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30 Mai 2012 18:44 #764 par Loys
Surs son blog PédagoTIC, cet article de Patrick Giroux, professeur au département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Chicoutimi.



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30 Mai 2012 20:07 #765 par Loys

Il a pourri le web, mais je ne crois pas qu'il a conclu correctement

Le titre est respectueux d'un débat d'idées.

Petit billet tout simple pour une situation pédagogique intéressante et les réactions qu'elle a provoquées... Il est ici question, de plagiat, du rôle de l'école par rapport aux TIC, du manque d'éducation aux médias et peut-être du manque de recul des enseignants. Tout à commencer avec un prof qui a constaté, comme beaucoup, que ses étudiants plagiaient sur Internet.

Attention, il s'agit d'élèves du secondaire, de seize ans environ. Pour le plagiat des étudiants et même des doctorants, je renvoie au site de Jean-Noël Darde, Archéologie du copier-coller .

Il a donc décidé de pourrir le Web, de le remplir de faussetés et de donner un travail à ses étudiants en lien avec ces faussetés.

Il faudrait distinguer le faux corrigé et la fausse information que j'ai glissée sur Wikipédia : les deux choses sont d'ordre bien différent.

Évidemment, les étudiants ce sont fait piéger. Cet enseignant a raison, les étudiants sont incompétents et ne savent pas comment bien utiliser le Web et les TIC.

C'est vrai qu'ils ne savent pas s'en servir utilement. Mais surtout ils ne savent pas que s'en servir tout court est même inutile pour la plupart des exercices scolaires.

À tout le moins, ils ne savent souvent pas comment les utiliser pour autre chose que rester en contact et s'amuser, deux choses qu'ils ont apprises par eux-mêmes, sans notre aide!

Nous sommes bien d'accord sur ce constat.

Ce premier billet, très intéressant, est ici.

La conclusion de l'auteur par rapport à cette supercherie très bien organisée est la suivante:

Je crois que j'ai fait mon travail et que la conclusion s'impose d'elle-même : les élèves au lycée n'ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l'égard d'internet va même à l'encontre de l'autonomie de pensée et de la culture personnelle que l'école est supposée leur donner. En voulant faire entrer le numérique à l'école, on oublie qu'il y est déjà entré depuis longtemps et que, sous sa forme sauvage, il creuse la tombe de l'école républicaine.


Là, lui et moi ne sommes pas d'accord. C'est correct... Ça arrive... Et je me garde même le droit de changer d'idée et de, plus tard, être d'accord avec lui si je suis confronté à d'autres faits, d'autres arguments.

Je me réserve le même droit : il n'y a pas de vérité révélée, et d'ailleurs je prends beaucoup de précautions oratoires dans mon article ("Ai-je réussi ?", "Je ne crois pas", "Je défends ce paradoxe" etc.). ;)

Merci pour cette volonté d'objectivité qui distingue le ton de cet article de beaucoup d'autres.

Pour le moment, je crois qu'il a simplement fait la preuve de l'inefficacité de l'École (en tant qu'institution et système). Il a prouvé que plusieurs de ses collègues sont incompétents. Il a prouvé que l'École a encore manqué de vision et n'a pas su s'ajuster à temps aux changements se produisant dans la société.

Où l'on voit que les critiques qui me sont adressées le sont en fait au système scolaire. Et où l'on retrouve de l'injonction de modernité et l'argument de l'adaptation nécessaire (généralement nourri d'exemples historiques, comme si ceux qui promeuvent le numérique à l'école connaissaient seuls l'Histoire).

L'arrivée massive des TIC dans nos foyers aurait dû se traduire par une intégration massive à l'école qui aurait permis aux jeunes d'apprendre la nétiquette, de découvrir que ces outils peuvent servir à autre chose qu'à s'amuser, à réfléchir à l'aspect moral de leurs actions en ligne...

Mais c'est le cas : j'ai un ordinateur dans ma salle principale, un vidéoprojecteur, un tableau blanc, et pourtant je n'ai rien demandé (cf l'article "Velleda vaincra" ). :mrgreen:

Les élèves au lycée ont tous validé le B2i au collège, et notamment son domaine 2 "Adopter une attitude responsable" . Malheureusement, un cours de morale n'est pas à même de changer la nature de l'homme...

Oui, les TIC sont entrées à l'École, mais sous leur forme sauvage justement.

Précisément. M. Giroux est le premier à le reconnaître, dans tous les articles que j'ai pu lire. Qu'il en soit remercié !

Dans les mains des jeunes, mais sans supervision, formation ou guidance... Une majorité d'enseignants ont oublié de les dompter, d'apprendre à les utiliser correctement et ensuite de transmettre ces habiletés aux jeunes. (Notez ici que, comme professeur et chercheur dans le domaine des technologies éducatives, je suis en assez position pour bien apprécier la situation...)

Mais c'est peut-être parce qu'ils n'en ont pas besoin ! L'utilisation du numérique, dans les grandes missions que se fixe l'école, ne peut être que marginale. Savoir se servir d'un ordinateur est moins important qu'avoir une culture personnelle et un esprit critique.

Au Canada, on estime que 95% des jeunes utilisent Internet pour faire leurs devoirs, mais j'aimerais bien savoir dans combien de classes on a enseigné comment évaluer la crédibilité d'un site et dans combien de classes on insiste vraiment pour que les citations soient bien faites...

Et moi, dans combien de cas on a vraiment besoin d'aller sur internet. Échanger des réponses à un problème de mathématique sur les réseaux sociaux n'a rien à voir avec un problème de crédibilité.

Je travaille actuellement sur le sujet dans le cadre d'une recherche auprès de futurs enseignants, des jeunes qui sortent tout juste du cycle primaire/secondaire/collège. Le portrait qui ressort de la première partie de notre recherche n'est pas joli! J'ai bien hâte de voir si les jeunes Français et les jeunes Suisses (deuxième volet de notre recherche) s'en tirent un peu mieux. J'en doute!

La résistance au tout numérique me paraît encourageante et le signe de la grande lucidité de la plupart des professionnels de l'enseignement.

Récemment, quelques billets me confortent dans ma conclusion. Martine, une collègue actuellement en sabbatique en Chine, rapporte d'abord cette situation où une université accepte sans broncher une situation qui a beaucoup l'apparence d'un plagiat... Aucune remarque. Pas d'éducation. On endosse le tout avec le sourire! Je crois qu'on manque là une belle occasion de sensibiliser et d'éduquer. Par la suite, à quel titre pourra-t-on intervenir par rapport au plagiat dans cette université?

Je renvoie à Archéologie du copier-coller . A mes yeux, j'ai sensibilisé et éduqué mes élèves à la question du plagiat, non pas en leur faisant la morale sur le respect des droits d'auteur, mais en leur montrant à quel point renoncer à penser par eux-mêmes est inquiétant pour eux-mêmes. Cette approche me semble plus marquante et plus efficace.

Dans un autre billet, sur un autre blogue, Bruno raconte une histoire inventée tellement plausible dans laquelle des étudiants ont pourri les livres et leurs enseignants... Dans ce billet, il est question de la naïveté de certains enseignants par rapport à la qualité des livres qu'ils utilisent et du fait qu'ils préfèrent souvent du matériel dépassé alors que le monde change très rapidement. Notez ici qu'un universitaire de mon entourage défend que c'est tout à fait possible depuis des années et répète souvent qu'il va un jour le faire juste pour le démontrer à ses étudiants (de futurs enseignants qui se reposent trop sur les volumes scolaires).

La qualité d'un ouvrage, dans votre phrase, procède donc essentiellement de son actualité. :( C'est une curieuse conception de la connaissance, qui malheureusement ne s'applique pas en lettres par exemple.

J'ai par ailleurs répondu à M. Bruno Devauchelle ici .

Je me demande si toute cette supercherie aurait été nécessaire si, depuis le début, on avait accepté le Web en éducation, compris son fonctionnement, contribuer à son développement et éduquer les jeunes pour qu'ils apprennent à l'utiliser efficacement?

Oui puisque le commentaire est un exercice qui ne suppose pas une utilisation du web (ou d'ouvrages imprimés d'ailleurs), à part peut-être pour quelques éléments biographiques en introduction.

Finalement, j'aimerais indexer ici un troisième billet de blogue intitulé "Pourriture pédagogique". Je le trouve intéressant pour sa réflexion par rapport à la nature de l'École et à la contradiction qui y demeure très présente.

J'ai répondu à M. Damien Babet et à sa critique générale de l'école ici .

C'est probablement cette contradiction structurelle et cette ambivalence de sa raison d'être qui font que l'École a de la difficulté à s'adapter au Web et aux nouvelles technologies, qui rendent souvent caducs les anciennes méthodes et les travaux que l'on jugeait tellement utiles il y a 20 ans.

Lire une œuvre littéraire, par exemple ? :(

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