Inégalités... et discrimination

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26 Jui 2014 00:40 - 26 Jui 2014 00:41 #11072 par Loys
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Dans la même veine dans "Rue89" du 25/06/14 : "La blouse de Robert Ménard, cache-misère de notre pauvre école"

Bernard Girard dit: Que, même en dehors de toute implantation syndicale ou institutionnelle, le discours d’extrême droite soit de longue date tenu pour acceptable au sein du petit monde de l’Education nationale, on en veut pour preuve par exemple, la récente réaction de François Portzer, président du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC), à la tentative d’implantation du collectif Racine à Nantes :
« On ne les a pas attendus pour faire des constats de bon sens sur l’éducation nationale. »
Pour le second syndicat représentatif de l’enseignement secondaire, les constats du Front national sont donc « de bon sens » :

  • de bon sens, la suppression du collège unique, la sélection des élèves sur des critères sociaux et le plus souvent ethniques, le démantèlement de la formation des enseignants, la phobie de la pédagogie ?
  • De bon sens, l’apprentissage de la vie en société réduite à des principes d’obéissance et de soumission ?
  • De bon sens, l’incapacité à construire l’avenir autrement qu’en se référant au passé ?
  • De bon sens, pourquoi pas non plus, le rétablissement de la peine de mort et l’expulsion des immigrés, la démocratie muselée par l’autoritarisme ?

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26 Jui 2014 12:16 #11073 par Shane_Fenton
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A noter que Bernard Girard n'est autre que Lubin, l'auteur de l'inénarrable blog "Journal d'école" : journaldecole.canalblog.com/

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26 Jui 2014 18:11 #11077 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Oui, M. Girard m'avait sympathiquement rangé parmi les "demeurés" en 2012 : www.laviemoderne.net/forum/les-ticiens/6...nternet-24-03-12#642

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02 Juil 2014 10:13 - 02 Juil 2014 10:13 #11142 par Loys
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Dans "Le Monde" du 02/07/14 : "Ile-de-France : la ségrégation sociale au lycée expliquée en 4 graphiques"

Ile-de-France : la ségrégation sociale au lycée expliquée en 4 graphiques


Trois chercheurs de l'Institut des politiques publiques ont analysé l'état de la mixité sociale dans les lycées des académies de Paris, Créteil et Versailles. Une segmentation sociale élevée mais en diminution à Paris, des différences de niveau entre les lycées fortement influencées par les notes de troisième, l'impact contrasté des politiques boursières… le point en quatre graphiques avec Julien Grenet, chercheur à l'Ecole d'économie de Paris.

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02 Juil 2014 14:17 - 03 Juil 2014 13:40 #11144 par Loys

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03 Juil 2014 14:05 - 03 Juil 2014 14:21 #11150 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Et si le "PISA choc" avait enfin eu lieu à Paris le 2 juillet ? Pour l'OCDE les inégalités sociales à l'Ecole sont le premier problème du système éducatif français. Elle génèrent notamment un échec scolaire massif et ciblé socialement qui pèse durablement sur la société française.

Dans laquelle jamais autant d'élèves n'ont été bacheliers. :transpi:

La région Ile-de-France relève ce défi. Depuis 2011, sous la direction d'Henriette Zoughebi, vice présidente du conseil régional en charge des lycées, l'Observatoire de la mixité sociale et de la réussite éducative travaille sur ces questions. La région a financé trois études qui pour la première fois éclairent la situation et surtout les mécanismes de la ségrégation scolaire.

M. Jarraud pense que les mots "ségrégation" et "inégalités" dont synonymes.

En Ile-de-France un jeune de milieu populaire a deux fois moins de camarades de famille privilégiée qu'un jeune issu des milieux favorisés (23% contre 52%).

Il fallait bien une étude pour s'en convaincre !
Et qui dans les lycées organise concrètement cette "ségrégation" (i.e. Discrimination sociale de fait à l'égard d'individus ou de groupes d'individus en raison de leurs race, ethnie, religion, mœurs, sexe, âge, condition sociale) ?

Quel impact d'Affelnet sur la ségrégation ?

Affelenet affecte les élèves selon leurs race, ethnie, religion, mœurs, sexe ou condition sociale ?

Gabrielle Fack, Julien Grenet, Asma Benhenda, de l'IPP, ont travaillé sur l'impact d'Affelnet sur la mixité sociale et scolaire dans les lycées franciliens. Leur étude montre une ségrégation très importante à Paris mais en baisse alors qu'elle reste stable à Créteil et Versailles. Mais le grand intérêt de l'étude c'est de montrer les mécanismes qui l'alimentent. Pour les auteurs, "le rôle central des notes dans l'Affelnet parisien explique le maintien d'une forte ségrégation".

La ségrégation est donc fondée sur le niveau scolaire.

La règle d'affectation qui donne al priorité aux boursiers à Paris a fait chuter la ségrégation. La part des boursiers dans les meilleurs établissements a triplé depuis 2008, amenant de la mixité sociale dans les établissements (-20%). Par contre le poids des notes, qui restent le premier critère d'affectation, alimente la ségrégation sociale et scolaire.

Idéalement il faudrait les supprimer et ne tenir compte d'aucune considération de niveau scolaire. Le niveau scolaire, c'est la ségrégation !

Comment on fabrique de la ségrégation dans les établissements

Mais qui est ce "on" ?

La seconde étude, menée par Eric Maurin, Son Thierry Ly et Arnaud Regert, travaille sur l'impact des politiques d'établissement dans la ségrégation.

La ségrégation est souvent dans le projet d'établissement, en effet.
A propos d'Eric Maurin, on a pu constater par le passé son impartialité s'agissant de l'école. :fur

Plusieurs facteurs s'additionnent pour atteindre le haut niveau de ségrégation. Le premier c'est bien sur la ségrégation géographique.

Dont les établissements sont responsables. :doc:

Elle est réelle quand on compare les communes. Mais l'étude montre aussi que la ségrégation existe entre établissements d'une même commune et entre classes dans le même établissement. Il faut donc faire entrer d'autres critères. Les auteurs montrent que la politique de constitution des classes est un vecteur ségrégatif.

Un "vecteur ségrégatif" : comme c'est joliment dit pour n'accuser personne tout en employant quand même le mot "ségrégation".

Déjà l'absence de toute politique anti ségrégation en fait nourrit la ségrégation. C'est même la source principale de ségrégation. Mais il y a aussi les politiques d'établissement. Son moteur principal c'est le regroupement des élèves ne fonction des options. L'allemand LV1, le latin sont utilisés pour marquer la ségrégation comme d'autres enseignements optionnels.

Bien sûr : l'allemand ou le latin sont interdits à certains élèves, selon des critères discriminatoires. :twisted:

On compte ainsi 51% de privilégiés dans les classes de latin en 5ème, 54% en allemand.

C'est bien la preuve d'une intention maligne.
Il serait intéressant de s'interroger sur ce que deviendraient les inégalités entre établissements si certains établissements défavorisés ne proposaient plus ces options.

La concurrence des établissements privés est aussi un autre vecteur important. Les établissements qui ont une politqiue active ségrégative sont généralement soumis à cette concurrence.

Mais qu'est-ce exactement qu'une "politique active ségrégative" ? :scratch:

Pourquoi lutter pour la mixité sociale ?
Mais pourquoi faudrait-il assurer plus de mixité sociale et scolaire dans les établissement ? Pour Eric Maurin plusieurs études montrent que les classes de niveau peuvent être positives au primaire. Au collège, "favoriser la mixité amène de meilleurs résultats globaux mais faiblement", affirme-t-il. "Pour Julien Grenet les effets ne sont pas les mêmes selon son niveau scolaire. La mixité aide les plus faibles mais n'a pas forcément d'effet sur le splus forts. H Zoughébi apporte un autre éclairage : "Sans mixité sociale on ne fait pas société", dit-elle. Améliorer la mixité pose aussi la question de son admissibilité sociale. "Il faut aussi que ce soit accepté par les enseignants", explique F Robine, directrice générale de l'enseignement scolaire (dgesco).

Car les enseignants sont par définition hostiles à toute mixité sociale. :doc:

Troisième levier : réduire le poids des notes dans l'affectation.

Donc il y a une chose dont l'école ne doit pas tenir compte : le niveau scolaire. :doc:

La question c'est par quoi remplacer ce critère d'affectation.

Effectivement. :P

Julien Grenet pencherait pour une loterie mais comment les parents verraient -ils cela ?

Ceux qui resteraient dans le public du moins...
Mais la loterie ne serait-elle pas opposée à l'orientation choisie ? :santa:

Au niveau local, construire les classes en se fixant un objectif de mixité serait efficace ou au moins les sensibiliser à la question.
Pour le conseil régional, Henriette Zoughebi avance deux autres leviers. " Le développement de la polyvalence dans les établissements, par agrandissement des lycées existants, est une piste comme le développement de passerelles entre filières", explique-t-elle. "Les études montrent qu'il y a une vraie concurrence avec le privé et ça augmente l'entre soi..

Concurrence qu'on est en train d'aggraver...

En travaillant avec les établissements privés, quelles obligations mettre en place pour qu'ils ne jouent pas en faveur de la ségrégation".

C'est une bonne question.

On le voit toutes ces études mènent à des décisions qui dépassent le cadre d'un collectivité territoriale. " Il faut une politique volontariste. On ne peut pas laisser faire le local. Il faut du politique", dit H Zoughebi. " On n'est pas responsable de la sectorisation ni des affectations. Il faut travailler ensemble avec l'Etat".

Donc une ségrégation dont personne n'est responsable : ça s'appelle des inégalités, et pas une ségrégation.
Quant au fait qu'il existe des inégalités sociales dans le niveau scolaire, voilà qui n'interroge pas le "Café pédagogique". Il faut que les inégalités ne soient plus visibles en terme d'affectation ; et pour cela tous les moyens, même les plus artificiels, sont bons

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03 Juil 2014 14:34 - 03 Juil 2014 16:37 #11151 par archeboc
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Loys dit: Il serait intéressant de s'interroger sur ce que deviendraient les inégalités entre établissements si certains établissements défavorisés ne proposaient plus ces options.

Mais c'est justement là un des problèmes : les options élitistes sont proposées principalement dans les collèges favorisés. Dans les zones défavorisées, le latin et l'allemand sont moins facilement disponibles.
Il faudrait analyser plus largement cette utilisation du concept de "ségrégation", dont tu pointe bien qu'il est ici abusivement utilisé. Je pense en particulier à l'emploi du terme "zone ségrégée" en sociologie.

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08 Juil 2014 10:56 - 08 Juil 2014 11:12 #11195 par Loys
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Rebelote dans le "Café" du 8/07/14 : "Bac : A quoi servent les options ?"


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08 Juil 2014 11:09 #11196 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Onéreuses, accusées d'alimenter la ségrégation sociale et scolaire entre les lycéens, les options ont-elles un utilité forte ?

"accusées"... enfin surtout par François Jarraud...

Les options ont mauvaise presse déjà en raison de leur coût. On sait qu'elles expliquent pour une bonne part le coût élevé du lycée par rapport aux autres niveaux de l'enseignement scolaire. Le cout moyen d'un lycéen est de 9 660 € contre 8370 € pour un collégien ou 5870 € pour un écolier. Ce coût est nettement plus élevé en France que dans les autres pays de l'OCDE. Or l'Etat doit dégager des économies et lutter contre l'échec scolaire massif.

Pour supprimer les options rien de tel qu'un bon chantage moral... Un peu comme les salaires des professeurs de classes préparatoires fin 2013.

Voilà deux raisons qui devraient l'inciter à transférer des moyens du lycée vers le primaire. Mais ce n'est pas tout...
Une étude réalisée par Son Thierry Ly, Éric Maurin et Arnaud Riegert a mis en évidence le rôle des options dans les processus ségrégatifs dans les établissements. "Un nombre important d’établissements génèrent des inégalités substantielles entre les classes de leurs élèves", écrivent-ils. "Pour 30 à 40% d’entre eux (selon qu’on étudie la dimension sociale ou scolaire), une partie au moins de ces inégalités semblent provenir de la constitution volontaire de classes de niveaux.

Hors-sujet donc, en admettant que ce soit vrai.

Pour les autres, il apparait que les différences sociales et scolaires dans les choix d’options et de langues vivantes sont à l’origine de la majeure partie de la ségrégation constatée.

Des inégalités donc, et aucune ségrégation...

A supposer que le regroupement des élèves selon leurs choix d’options n’ait pas été mis en place pour ségréger volontairement, pour éviter par exemple leur fuite vers d’autres établissements...

"ségréger" ? :scratch:
Curieuse ségrégation... pour empêcher une fuite. :santa:
Il est par ailleurs évident que le regroupement des élèves obéit surtout à une contrainte technique : minimiser les alignements de classe.

...62% de la ségrégation active intra-établissement aurait pu être supprimée en s’efforçant à séparer ces élèves".

Ou en incitant davantage d'élèves à suivre ces options...

Les options donnent-elles le bac trop facilement ?

Nouvel argument.

Une nouvelle Note de la Depp (division des études du ministère) analyse ses effets sur les résultats du bac. Les options sont parfois accusées de donner le bac à des élèves faibles y compris dans les disciplines phares de la série. Selon l'étude de la Depp, pour avoir un impact sur le résultat du bac, le candidat doit être très proche d'un des seuils de l'examen. En effet un candidat qui obtient 15/20 à son option ne voit sa moyenne progresser que de 0,3 points. S'il a 20/20 l'apport sera de 0,5 à 0,6 point. Dans 6 cas sur 10 le candidat est suffisamment éloigné d'un seuil (8/20, 10/20, 12/20 , 14/20 ou 16/20) pour que l'effet soit nul. En 2013, 20% des candidats ayant passé une option au bac ont vu leur résultat affecté par l'option, soit 36 000 personnes. 11% ont obtenu une mention supérieure grâce à elle. 5% ont obtenu une mention avce l'option. 3% ont obtenu le bac au 1er groupe d'épreuves grâce à leur option. Pour 0,8% elle a permis d'échapper à l'élimination à l'issue du premier groupe. Pour 80% des candidats présentant une option , celle-ci n'a eu aucun impact sur leur résultat final.
Ainsi l'option donne très rarement le bac. Mais elle est un marchepied pour une minorité vers la mention. Qui est cette minorité ? D'abord des lycéens des séries générales, c'est à dire déjà socialement plus favorisés que les lycéens du technologique ou du professionnel. Parmi eux les jeunes de milieu favorisé ont deux fois plus de chances de présenter deux options que ceux de s familles défavorisées (19 et 10%).

Ou comment l'expression statistique "avoir une chance" est ici détournée en "avoir de la chance" (ségrégation). Rien n'interdit aux élèves des familles défavorisées de présenter deux options...

53% des jeunes de milieu populaire ne présentent aucune option quand ce n'est que 39% des enfants de famille favorisée. Pour la Depp, les options sont bien un coup de pouce à la carrière scolaire des plus favorisés.

L'expression ambiguë "coup de pouce" laisse encore penser qu'il y a ségrégation. :fur

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08 Juil 2014 11:23 #11198 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

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08 Juil 2014 14:00 #11204 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Dans la même veine, signalé par le "Café" : "Penser et combattre les inégalité (2)"
Où l'on peut lire :

Le présent numéro du Français aujourd’hui se fixe ainsi pour objectif de comprendre comment l’enseignement de la langue et de la littérature reste porteur d’inégalités, de discriminations et d’injustices. Il s’intéresse aussi, d’une manière réflexive, aux revendications à porter, aux actions concrètes pouvant corriger ou mettre fin à ces logiques.

Comme action concrète, on sait que Viviane Youx, présidente de l'AFEF, recommande d'adapter les programmes de français aux horaires réduits qui sont les siens.

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09 Juil 2014 14:54 - 18 Oct 2014 15:12 #11216 par Loys
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La compétition, la concurrence, l’individualisme, l’évaluation ne sont hélas pas des créations du néo-libéralisme : ce sont aussi des éléments constitutifs du système éducatif français, et ce, depuis sa création. On ne peut donc défendre l’école publique face aux menaces de marchandisation ou de privatisation sans la critiquer, en paroles mais aussi en actes. C’est le second sens de cette subversion : comment, collectivement et à notre échelle, dans notre quotidien d’enseignants et d’enseignantes, pouvons-nous « subvertir » l’institution et ses méthodes afin de mettre en œuvre d’autres pratiques pédagogiques, non plus au service de la reproduction et de la légitimation des inégalités sociales ou d'une perspective de « pacification sociale », de domination et de contrôle mais avec une ambition émancipatrice.

C'est sympathique de penser que la plupart des collègues sont "au service de la reproduction et de la légitimation des inégalités sociales ou d'une perspective de « pacification sociale », de domination et de contrôle". :fur

Il s’agit alors de travailler sur les contradictions et les ambiguïtés d’une institution dont Freinet disait déjà qu’elle était « fille et servante du capitalisme » mais dans laquelle la pédagogie qu’il a inspirée a toujours pensé qu’elle avait sa place, avec les enfants du peuple, pour y défendre et y pratiquer une « autre éducation » - ce que nous appelons « n’autre école ».

Mais qui sont les "enfants du peuple", au juste ? :scratch:

Quelle différence faites-vous entre la pédagogie de la subversion dont vous parlez et les pédagogies contestataires issues de mai 1968 ?
Plus qu’une « pédagogie de la subversion » qui consisterait à remplacer un contenu conformiste par un autre contenu « anticonformiste », nous pensons que c’est dans le choix des méthodes et des pratiques pédagogiques que se construisent l’émancipation, l’accès à l’autonomie et aux savoirs. Ce choix d’une éducation libératrice des classes dominées s’inscrit dans une histoire collective et dans l’analyse critique des projets d’éducation et des enjeux de société qu’ils contiennent.

Pour l'instant tout ceci reste bien vague.

La référence à mai 1968 est le plus souvent le fait des diatribes réactionnaires sur l’école (1) . C’est d’ailleurs un contresens historique : ce que ces esprits conservateurs reprochent à mai 1968 - les revendications d’égalité et de démocratie (mixité, accès de toutes et tous aux études secondaires, etc.) - lui sont antérieures et correspondent à un mouvement de fond. Cet acharnement contre mai 1968 vise à occulter le fait que ce fut surtout un formidable mouvement populaire, avec ses acquis sociaux. Comme à chaque fois que les dominés se sont révoltés contre l’ordre établi, ils se sont posé la question de l’éducation et de la pédagogie : ce fut le cas sous la Commune de Paris ou, plus près de nous, avec l'insurrection zapatiste au Chiapas. Quand les luttes sociales et les luttes pédagogiques convergent, il y a subversion.

On reste toujours bien vague sur les "luttes pédagogiques" de 1968. Quelles sont-elles ?

Les modèles du passé n’ont cependant de valeur que s’ils sont réactualisés : par exemple il peut exister une « subversion des Tice ».

Sacrée "subversion" contre le "système capitaliste" et qui a sa juste place dans le "Café pédagogique", partenaire de Microsoft. :mrgreen:

Une des idées de ces subversions est de rendre l'élève acteur et auteur de ses apprentissages et non plus simple spectateur ou consommateur.

Ce qui était le but des pédagogies antérieures ! :doc:
On note que la rhétorique proposée ici est bien celle des instances gouvernementales pour promouvoir l'enseignement du code à l'école ou l'entrée de l'école dans l'ère numérique. CNT ou PS, même combat !

C'est, d'une certaine manière un renversement du rôle de l'école de la République :

L'élève "autonome" devant sa tablette ou son ordinateur, comme avec D'Col ?

n’oublions pas que Jules Ferry, en promulguant ses lois scolaires, déclarait vouloir « clore l’ère des révolutions. » Son école « pour le peuple » socialement ségrégative, entendait s'opposer aussi bien à l'école religieuse qu'à l'école « du peuple » imaginée par les Communards et le mouvement ouvrier.

Peut-être... mais quel rapport avec les enjeux de l'école actuelle ? Le bac est encore ségrégatif et réservé à moins de 1% des élèves ? :scratch:

Peut-on être enseignant, fonctionnaire de la République, rémunéré par l’État, respectable, inspectable et pédagogue libertaire (anarchiste) ?

Ou encore antilibéral et promoteur du dernier avatar du libéralisme, le numérisme ?

Le choix de travailler dans l’institution scolaire et de tenter d’y mettre en œuvre d’autres pratiques pédagogiques est une des caractéristiques de l’histoire de la contestation de l’école en France (2) . C’est lorsque les premiers instituteurs syndicalistes, malgré la répression, ont choisi de rejoindre les organisations ouvrières, au début du vingtième siècle, que l’idée d’un travail au sein de l’école publique s’impose.

Le plus amusant en fait est que les nouvelles pratiques pédagogiques, portées par des syndicats autoproclamés "progressistes", ont depuis été intégrées dans les grandes réformes ministérielles. En fait de subversion on serait plutôt dans l'institution...

Dans la fameuse circulaire du 20 septembre 1887 signée par le Ministre de l’Instruction publique Eugène Spuller, interdisant aux enseignants de se syndiquer, on peut lire ce passage : « L’autonomie des fonctionnaires a un autre nom ; elle s’appelle l’anarchie ; et l’autonomie des sociétés de fonctionnaires, ce serait l’anarchie organisée. » C'est en particulier pour rester au contact des enfants du peuple et de leurs familles, mais aussi pour y contrecarrer la propagande nationaliste et l'enseignement de l'obéissance, que ces militants font le choix de rester dans l'école publique. « L’école émancipée », telle est leur ambition, et ce sera le credo et le nom de leur revue, fondée en 1910, mêlant l’actualité des luttes sociales dans et hors de l’école, les revendications professionnelles et l’expérimentation pédagogique.

Tout ceci est bien éloigné de l'école actuelle...

Quant au quotidien d’un enseignant, il est traversé par des contradictions – tout comme l’institution elle-même est marquée par ses ambiguïtés – c’est aussi la raison pour laquelle les pratiques pédagogiques alternatives vont de pair avec les luttes syndicales.

Les pratiques pédagogiques alternatives vont de pair avec les réformes ministérielles. :evil:

Il s’agit toujours d’essayer de mettre en cohérence ce que l’on dit, ce que l’on revendique et ce que l’on fait. Et c’est un combat essentiellement collectif.
Parfois, ne vous suspecte-t-on pas de pédagogisme ? Ne vous reproche-t-on pas de surdéterminer son rôle par rapport aux déterminants sociétaux et aux origines objectives des élèves ?
Le mot « pédagogisme » a été forgé par les réac-publicains.

Nous y voilà... Avec l'école républicaine, c'est l'idée même de république qui est ici récusée.

Il est absurde de penser que la question qui se pose aujourd'hui serait de choisir entre une école « avec » ou « sans » pédagogie… L’école traditionnelle met assurément en place une pédagogie en conformité avec des choix de société : la sélection, la compétition, l’élitisme, la hiérarchie… et, non seulement elle renforce les inégalités sociales mais également elle les légitime, c’est ce modèle qui séduit tant les nostalgiques de l’école d’antan.

L'élitisme ou la sélection n'ont pas grand chose à voir avec la reproduction sociale. Au contraire même : la notion de "compétition" s'oppose à celle de "reproduction". C'est la mission de l'école de faire en sorte que cette sélection, cet élitisme soient le moins possible biaisés par les déterminants sociaux.
On constate qu'en démocratisant artificiellement le bac par exemple, on a aggravé en réalité les inégalités scolaires.

En revanche, il est vrai que la question sociale est la grande absente de la querelle entre les « républicains » et les « pédagogues ». Ces derniers, pour diverses raisons, ont déserté le terrain des luttes sociales. Pour sortir de cette impasse, il importe de penser et de réfléchir une « pédagogie sociale », c’est-à-dire une pédagogie démocratique, attentive à combattre les inégalités sociales et qui œuvre à un véritable partage des savoirs qui est aussi une forme de partage des richesses.

Une pédagogie qui reste toujours aussi vague, à vrai dire.
Le blog de Grégory Chambat : "L'école des réac-publicains"
A noter que son engagement radical n'a pas empêché M. Chambat, qui cite régulièrement les "Cahiers pédagogiques" de signer l'appel "Pour que vive le GFEN".

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19 Juil 2014 16:24 - 23 Juil 2014 10:58 #11274 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Avec Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout [2], nous avons montré que, en France, l’amplitude des inégalités scolaires est supérieure à ce que supposerait l’amplitude des inégalités sociales. Et plus les inégalités scolaires sont grandes, plus elles se reproduisent entre les générations. Ce phénomène peut s’expliquer par plusieurs facteurs.
Le premier est une tradition élitiste obsédée précocement par les notes, les classements, les redoublements, les orientations irréversibles. Tradition dans laquelle le modèle pédagogique et les programmes chargés de sélectionner les élites déterminent la totalité des pratiques pédagogiques en amont des niveaux élitistes eux-mêmes.

Si tel était le cas, les inégalités auraient dû grandement régressé avec le recul de cette horrible tradition. :santa:
Or cette étude un peu ancienne de Michel Euriat et Claude Thélot en 1995 démontre le contraire : "Le recrutement social de l'élite scolaire en France - Évolutions des inégalités de 1950 à 1990" dans les quatre grandes écoles françaises (Normale Supérieure, Polytechnique, ENA, HEC) :

La proportion des jeunes d'origine "populaire" (père paysan, ouvrier, employé, artisan, commerçant) dans les quatre grandes écoles retenues a beaucoup diminué depuis quarante ans : environ 29% des élèves étaient d'origine populaire dans la première moitié des années cinquante, environ 9% aujourd'hui.

L'article met ensuite en lien cette baisse avec la baisse de la proportion des jeunes d'origine "populaire" (de 91% à 68%) pour en conclure à l'impossibilité de déterminer si les inégalités se sont accrues ou pas, conclusion à laquelle je ne souscris pas (lire notamment p. 416 l'étrange contradiction des méthodes "additive" et "multiplicative"). A noter également que les enseignants "quel que soit le niveau" sont considérés comme appartenant à la classe supérieure (les jeunes qui en sont issus ont vu leur proportion augmenter de 6% à 21%, pour une proportion dans les écoles passant de deux tiers à 88%), en 1990 comme en 1950. J'aurais pour ma part distingué nettement enseignants et cadres supérieurs...

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23 Juil 2014 11:13 - 30 Juil 2014 10:53 #11290 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
En prolongement, cet article de "Sciences humaines" du 5 février 2012 : "Bourdieu et l'école : la démocratisation désenchantée" par Vincent Troger.



Et celui-ci : www.regards.fr/web/transclasses-l-ascension-sociale-n,7871

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13 Sep 2014 17:20 #11682 par Loys

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13 Sep 2014 17:29 - 13 Sep 2014 17:30 #11683 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Le triangle pédagogique et le bonheur d'enseigner

Où Jean Houssaye enseigne-t-il ?

"L'éthique de l'éducation doit se référer aux quatre principes suivants", écrit Jean Houssaye. "1.Arrêter de favoriser ceux qui ont plus; 2.Faire en sorte que ceux qui ont plus aient moins;

Toute une vision...
Pour ma part j'aurais dit faire en sorte que ceux qui aient moins aient autant...

3.Faire en sorte que ceux qui ont moins aient plus; 4.Arrêter de défavoriser ceux qui ont moins".

Je ne connais aucun professeur qui veuille favoriser ceux qui ont plus et défavoriser ceux qui ont moins...

Et il ajoute en conclusion : "Quatre principes à respecter. Et un principe des principes : ne juger de l’opportunité morale d’une réforme ou d’un investissement que s’il permet, en tout premier lieu, d’arrêter de défavoriser ceux qui ont moins. Ce qui requiert beaucoup de courage…

Et surtout de lucidité quand on voit comment les meilleures intentions peuvent être catastrophiques... :devil:

Les politiques n’en auraient-ils pas ?" On laissera chacun, au regard de la réforme de l'éducation prioritaire, ou du sort fait aux redoublants de terminale des Hauts-de-Seine, répondre...

Faire redoubler , c'est défavoriser ? :scratch:

Parce que le livre de Jean Houssaye parle aussi de politique. " Il se pourrait que l’école ne soit toujours pas démocratique, non pas avant tout pour des raisons d’égalité des chances, mais principalement parce que la pédagogie mise en oeuvre de façon dominante se refuse à en respecter les principes.

Tout simplement ! :shock:

Et pourtant, comme nous venons de le voir, nous ne manquons pas de repères pour reconquérir la possibilité de réarticuler le rapport entre politique et pédagogie. Mais ces repères ne peuvent fonctionner que dans un contexte spécifique, que sur un projet particulier qui est à reconstruire à chaque moment", écrit Jean Houssaye.

Voilà qui est très clair, en effet.

Jean Houssaye aborde aussi en ces pages des questions strictement pédagogiques. Comment gérer les différences entre les élèves ? Ils elivre à une fine analyse des politiques françaises et montre comment finalement la pédagogie de soutien l'a emporté. "La pédagogie de soutien a comme fonction première de soutenir la pédagogie traditionnelle dans le cadre du mode simultané. C’est là son charisme. Et le substrat de sa réussite indéniable", dit-il.
Il faut lire aussi ses pages sur "le mauvais élève" , ce miroir involontaire et insupportable des enseignants. Ou encore son article sur les "illusions" du cours magistral.

Du Bourdieu, mais déphasé en quelque sorte.

"Le cours magistral, forme pédagogique contemporaine dominante...

Première nouvelle ! :mrgreen:

...sous sa forme interrogative ou vivante, perdure sous couvert de la justification de la pédagogie interactive. C’est une première illusion. La seconde tient à sa nature : il fait l’économie de la question de l’apprentissage en la réduisant à celle de l’enseignement. Plus précisément, il suppose résolu le processus d’apprentissage, une fois maîtrisé le processus d’enseignement".

C'est étonnamment clair.

Sur chaque question, avec une incroyable érudition, il montre comment la pensée pédagogique a construit la question et réfléchit à l'état actuel du débat.

D'accord.

Une question centrale semble animer ce livre. C'est celle de l'autorité. "Nul doute que l’autorité va apparaître de plus en plus problématique aux enseignants dans leurs pratiques de classe.

Quel visionnaire !

Dès lors, l’autorité, de problème, sera de plus en plus revendiquée comme solution", écrit-il. Mais pour lui, et il s'en explique, "l’autorité ne passera pas. La pédagogie, si".

Une grande pensée... Mais en quoi l'autorité s'oppose-t-elle à la pédagogie, au juste ? :scratch:

On aura compris que ce petit livre a trois qualités particulières qui justifie que le Café pédagogique le co-édite avec ESF éditeur. La première c'est biens ru la qualité du savoir et de la réflexion de Jean Houssaye. Les lecteurs du Café pédagogique les connaissent puisque Jean Houssaye a donné au Café son premier texte en 2001. La seconde c'est le caractère abordable de ces textes. D'abord publiés en revue ou prononcés en conférence, ces articles sont assez court, sont articulés selon un plan rigoureux et se terminent tous par une conclusion. En quelques pages on fait le point d'un sujet et d'une idée. La dernière caractéristique nous est chère. C'est l'optimisme de ce livre. Dans la grisaille actuelle, l'ouvrage de Jean Houssaye est résolument optimiste. Oui la pédagogie l'emportera sur toutes les tentations autoritaires et tous les renoncements.

Oui enfin une certaine pédagogie qui triomphe déjà, effectivement. Quelle bonne nouvelle.
En tout cas on ne s'étonnera pas que cet ouvrage soit publié par le "Café".

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15 Sep 2014 17:05 - 22 Sep 2014 18:44 #11699 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination

Les politiques n’en auraient-ils pas ?" On laissera chacun, au regard de la réforme de l'éducation prioritaire, ou du sort fait aux redoublants de terminale des Hauts-de-Seine, répondre...

Faire redoubler , c'est défavoriser ? :scratch:

Je pense qu'il est fait allusion ici aux recalés du bac qui ne trouve pas de place pour repiquer la Terminale.
www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/...460152818770335.aspx
www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/...461021286925383.aspx
www.versailles.snes.edu/spip.php?article3321
www.laviemoderne.net/forum/cursus-et-exa...ales-au-bac-le-monde

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22 Sep 2014 18:43 - 23 Sep 2014 15:16 #11780 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Voir également cet article de Caroline Brizard à propos du dernier ouvrage de Jean-Paul Brighelli :

Caroline Brizard dit: Un mélange d’observations justes et de conclusions tordues. "La Fabrique..." avait trouvé son public, rassemblé sous la bannière des "Républicains", et donné au Front national un prêt-à-penser en forme de triptyque : autorité, discipline, travail. Et pas de pitié pour les faibles.

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23 Sep 2014 15:15 - 23 Sep 2014 15:15 #11791 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Dans le "Café" du 23/09/14 : "Une consultation pour quoi faire ?" par François Jarraud.

[...] Cet éclatement du système éducatif est de plus en plus visible. Les écarts entre établissements ont beau être camouflés dans les évaluations officielles...

Ah... on progresse.: :mrgreen:

... ils sont constatés par les familles. A la ségrégation sociale entre établissements, déjà extrême, s'ajoutent une ségrégation ethnique et scolaire. L'orientation est totalement dévoyée par la hiérarchisation des filières et l'obsession des familles de fuir les filières de relégation sociale et ethnique.

Suivez la logique : qui est responsable ?

La machine scolaire elle-même fabrique de la ségrégation et accentue les écarts malgré la bonne volonté de ses personnels. La mécanique qui s'est ainsi mise en route a un coût économique, social et politique monstrueux pour la société dans son ensemble. C'est cette situation qui impose de lire le système éducatif en se focalisant sur la réussite de tous et pas seulement celle des meilleurs.
[...] Qui peut croire qu'on peut imposer la démocratisation scolaire sans rencontrer d'opposition ? Or, d'une certaine façon, le débat sur le socle compense l'absence de débat sur la démocratisation scolaire. Plus d'un an après la publication des résultats de Pisa , le choc attendu dans l'opinion ne s'est toujours pas produit. La mise en évidence des conditions systémiques de la construction des inégalités scolaires suscite peu d'intérêt. Le sort scandaleux fait récemment à des élèves de milieu populaire dans le département le plus riche de France rencontre l'indifférence blasée des acteurs du système à la différence de celui de la filière des élites il y a 6 mois.

La clause de style, bienveillante au départ à l'égard des enseignants, vole en éclat en fin de paragraphe.

Or pour changer l'Ecole il faudrait l'énergie brutale que devrait apporter la constatation du niveau d'injustice profond de notre Ecole.

Mais François Jarraud ne parle jamais de l'école privée, quand il constate les inégalités. :devil:

Il faudrait aussi une équipe politique qui montre le chemin de l'ajustement de l'Ecole à ses valeurs. Mettre en place un système éducatif qui permette la réussite éducative des familles populaires nécessite plus qu'un texte. Plus qu'une formation pédagogique. Plus qu'une réforme systémique. Il y faut une croyance dans les valeurs de l'Ecole et une espérance politique.

Il faut surtout une école efficace : le "Café" nous montre chaque jour le chemin à ne pas suivre...

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01 Oct 2014 15:20 #11897 par Loys

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01 Oct 2014 15:32 #11898 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Que faire contre la ségrégation scolaire ? Nulle part en France elle n'est aussi évidente qu'au sein de la première agglomération française, en Ile-de-France. Avec la création de son Observatoire de la mixité sociale et de la réussite éducative, la région Ile-de-France s'attaque au problème. Elle a notamment commandé une étude sur le rôle d'Affelnet, la procédure d'orientation en fin de troisième, à Gabrielle Fack, Julien Grenet et Asma Benhenda, de l'Institut des Politiques Publiques. Ils ont travaillé sur l'impact d'Affelnet sur la mixité sociale et scolaire dans les lycées franciliens. Leur étude montre une ségrégation très importante à Paris mais en baisse alors qu'elle reste stable à Créteil et Versailles.

Une ségrégation automatisée, donc...
Rappelons quand même le sens de "ségrégation" : "Discrimination sociale de fait à l'égard d'individus ou de groupes d'individus en raison de leurs race, ethnie, religion, mœurs, sexe, âge, condition sociale." Autant de paramètres entrés dans Afflenet ! :santa:

A Paris, le bonus donné aux boursiers a effectivement permis d'accroitre considérablement la mixité sociale.

C'est un objectif social qui est donc atteint, mais pas scolaire.

Par contre la forte prise en compte des notes dans l'affectation a créé de fortes inégalités scolaires, avec une forte hiérarchie des lycées par niveau.

Pour supprimer les inégalités, il faut donc supprimer les notes ou ne plus en tenir compte. :santa:
Une vraie lutte contre les inégalités serait tout le contraire : il faut que les jeunes victimes d'inégalités sociales puissent atteindre un bon niveau scolaire. Il ne s'agit ici que d'une lutte contre les inégalités apparentes : il s'agit de les rendre invisibles. :fur

En fait le progrès de la mixité sociale est uniquement du à la voie générale et technologique publique. Dans les lycées privés et les L.P. la composition sociale est inchangée. Malgré cela, la question de la place du privé qui échappe aux règles d'affectation du public demeure.
Voilà qui n'intéresse pas le "Café pédagogique", lequel préfère pointer la "ségrégation" dans le système public. :devil:

Les parents des enfants ayant un bon niveau scolaire demandent un lycée de haut niveau scolaire. Ils en ont connaissance par les Indicateurs des lycées et par le bouche à oreille. Ensuite il y a le barème d'Affelnet. Les notes sont le principal facteur pour classer les voeux des élèves parisiens quand ils demandent le même établissement.

C'est effectivement très problématique.

Il y a une limite au-delà de laquelle on crée une fuite vers le privé.

Comme c'est étonnant.

Mais pourquoi le faire ? Il y a t il des retombées positives de la déségrégation ?
Pour la ségrégation scolaire la réponse est claire : veut-on une forte hétérogénéité des classes ? Elle ne favorise pas la réussite scolaire. Pour la ségrégation sociale, il est clair qu'elle a des effets à long terme sur les choix d'orientation, l'accès à l'emploi, les réseaux sociaux mobilisés plus tard. La ségrégation sociale dans l'Ecole renforce la ségrégation sociale dans la société. En favorisant davantage de mixité sociale on favorise en moyenne la réussite de tous les élèves.

:scratch:

Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de perdants. Tout le monde n'y gagne pas. Les perdants ce sont les élèves qui sont dans l'entre soi scolaire. Par exemple les élèves du privé qui vont dans le public. Il y a un effet de pairs qui influence le niveau moyen des élèves de la classe. Si on les mélange avec des élèves plus défavorisés et plus faibles leurs résultats vont en souffrir. Mais à l'inverse , les résultats des élèves pus faibles vont s'améliorer. Ces effets peuvent être asymétriques : ce que gagnent les uns peut être supérieur à ce que perdent les autres. Si tout le monde gagnait à la mixité la ségrégation n'existerait pas. C'est bien parce qu'il y a des perdants qu'il y a ségrégation.

Il s'agit donc en conscience de faire baisser le niveau de certains élèves. :shock:

Les oppositions à Affelnet sont relatives. Personne ne regrette le système précédent où les bons établissements faisaient leur choix en priorité.

Comme en Finlande. :devil:

Les critiques portent sur la transparence. Affelnet crée de l'anxiété chez les parents. Mais personne n'envisage le retour à une carte scolaire stricte.

Résumons : Affelnet, mieux que la carte scolaire.

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03 Oct 2014 22:16 #11921 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
"Avec le Sgen-CFDT, dites NON à une école qui exclut !"

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06 Oct 2014 20:05 - 06 Oct 2014 20:34 #11948 par Loys

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06 Oct 2014 20:32 - 06 Oct 2014 20:33 #11949 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Les établissements fabriquent-ils eux-mêmes de la ségrégation ? Comment expliquer les inégalités sociales entre établissements de la même commune ? Et entre classes du même établissement ? Son Thierry Ly, Éric Maurin et Arnaud Riegert ont travaillé sur des données académiques jamais consultées jusque là. Ils en ont tiré une étude réalisée à la demande de la région Ile-de-France. Elle accuse les politiques d'établissement qui en jouant des options ou des groupes de niveaux, organisent la séparation à l'intérieur du collège ou du lycée.

C'est sûr que la première cause des inégalités, ce sont les options "ségrégatives" interdites à certains élèves selon des critères discriminatoires. Rien d'autre ne vient à l'esprit...

Cette nouvelle étude, menée par Eric Maurin, Son Thierry Ly et Arnaud Regert, travaille sur l'impact des politiques d'établissement sur la ségrégation. Plusieurs facteurs s'additionnent pour atteindre le haut niveau de ségrégation. Le premier c'est bien sur la ségrégation géographique. Elle est réelle quand on compare les communes.

Sans blague : voilà qui méritait bien une "étude"...

Mais l'étude montre aussi que la ségrégation existe entre établissements d'une même commune et entre classes dans le même établissement. Il faut donc faire entrer d'autres critères. Les auteurs montrent que la politique de constitution des classes est un vecteur ségrégatif.

Et sur quel critère ségrégatif s'effectue la discrimination ? Ce n'est jamais précisé...

Déjà l'absence de toute politique anti ségrégation en fait nourrit la ségrégation.

Déjà on ne commence pas une phrase par "déjà".

C'est même sa source principale.

Ah, finalement la sociologie, c'est secondaire.

Mais il y a aussi les politiques d'établissement. Son moteur principal c'est le regroupement des élèves en fonction des options. L'allemand LV1, le latin sont utilisés pour marquer la ségrégation comme d'autres enseignements optionnels.

Ah bon ? Pourtant rien n'oblige à regrouper ces élèves dans une seule et même classe, et rien n'interdit de faire de l'allemand LV1 ou du latin. Et sur quel critère l'accès à ces "options" ouvertes à tous serait-il interdit à certains ?

On compte ainsi 51% de privilégiés dans les classes de latin en 5ème, 54% en allemand.

Donc la sélection se fait sur dossier social ? La conclusion logique serait d'inciter davantage les élèves de milieu populaire à faire davantage de latin ou d'allemand, mais il faut croire que cette idée n'est pas venue jusqu'au "Café pédagogique".

La concurrence des établissements privés est aussi un autre vecteur important.

Tu m'étonnes, mais très secondaire par rapport aux horribles options ségrégatives. :doc:
Et avec le privé, pour le coup, il existe une vraie ségrégation. :fur

Les établissements qui ont une politique active ségrégative sont généralement soumis à cette concurrence. Son Thierry Ly s'en explique.

Il y a donc en France des établissements scolaires qui ont une "une politique active ségrégative"... :shock:

Comment peut-on connaitre les politiques d'établissement en descendant au niveau de la classe ?
Nous nous sommes servis des bases Scolarité des trois académies franciliennes. Personne jusque là ne s'était emparé de ces données. Ces bases sont constituées par les chefs d'établissement qui saisissent la classe à laquelle appartient l'élève et des informations sur lui.
Peut-on dire que la ségrégation interne aux établissement est importante ?
On a cherché à l'évaluer.

Comment exactement ? :scratch:

En moyenne, si on rapporte la ségrégation entre établissements d'une même commune à ce qui se passe dans les établissements, la ségrégation interne représente un tiers du total de la ségrégation. C'est donc loin d'être négligeable.

Même chose : comment calcule des proportions de ségrégation ? :scratch:

Est-elle le fait de tous les établissements scolaires ou est-elle réservée à des établissements particuliers ?
On a mesuré la ségrégation dans la manière dont le chef d'établissement différencie les classes sans prendre en compte celle résultant de l'existence de filières d'enseignement. Et on a construit un indicateur qui permet de dire quand la constitution d'une classe effectuée par le proviseur ou le principal est plus ségréguée qu'une production au hasard.

J'ai beau lire et relire : je ne comprends pas cette première phrase. Quant à l'indicateur : QUEL EST-IL ?
A noter que dans la plupart des établissements les classes sont constituées non pas par le CDE mais par les collègues, qui connaissent bien les élèves...

D'abord il faut dire qu'elle n'a pas la même ampleur selon le niveau scolaire. Elle est au maximum à la fin du collège et en seconde. Et c'est la moitié des compositions de classe en Ile-de-France qui sont concernées. Dans le cycle terminal, il y a d'autres facteurs, comme le choix de la filière, qui créent tellement d'inégalités que la ségrégation venue de l'établissement est secondaire.

Phrase non française. Donc un "choix" devient un facteur d'"inégalités" Comme les "options" après tout...

Cela concerne toutes les zones d'Ile-de-France ou particulièrement certaines ?
Pour les collèges, les départements où la ségrégation du fait des choix d'établissement est la plus forte sont Paris, le 92 et le 78. Au lycée c'est différent. C'est l'Essonne qui arrive en tête. La ségrégation interne aux établissements se renforce quand on est dans des zones où les établissements tentent d'attirer des élèves de milieu plus favorisé. Cette compétition entre établissements est aussi un moyen de diminuer la ségrégation entre établissements. On a pu constater par exemple que la présence d'un établissement privé à coté de l'établissement public augmente la probabilité de ségrégation interne à l'établissement. Les proviseurs entrent dans des comportements ségrégatifs pour entretenir la compétition entre établissements.

Quel raisonnement intéressant : donc les établissement qui ont une "politique active ségrégative" sont ceux qui luttent contre la ségrégation dont ils font l'objet du fait de la présence des lycées privés. La solution est évidemment dans la suppression des rares avantages, comme les options, proposés par ces établissements ! :santa:

Mais comment font-ils ?
Ils utilisent les options. C'est par elles que les différences se créent. Déjà les options ne sont prises de manière égale par les élèves des différentes classes sociales.

Déjà on ne commence pas une phrase par "déjà" et on la rédige de sorte à ce qu'elle ait un sens... Rectifions nous même cette bouillie syntaxique : les options devraient êtres prises "de manière égale"...

Les plus aisés prennent plus souvent le latin ou l'allemand par exemple.

Lesquelles options sont formellement interdites aux moins aisés. :doc:

Il y a aussi le fait que les chefs d'établissement répartissent les élèves de manière inégale entre les classes. Il y a des lycées qui font des classes de niveau parfois en pensant que les bons élèves s'en tireront mieux s'ils sont entre eux. Parfois aussi les lycées anticipent sur le choix de fin de 2de et demandent dès la rentrée de 2de quelle filière l'élève suivra. Cela permet de regrouper les élèves en fonction de leur orientation.

De ma carrière je n'ai jamais entendu que des classes pouvaient être constituées en seconde en fonction d'une orientation à venir...

Pourquoi organisent -ils des classes de niveau ?
Il y a un grand débat sur les classes de niveau avec peu d'études crédibles. Je pense que des proviseurs se disent que la classe de niveau est meilleure pour les élèves.

Alors que les études "crédibles", elles, prouvent le contraire.

C'est mieux aussi pour les profs car il y a moins d'hétérogénéité dans la classe.

Je n'ai pas observé de telles pratiques dans la constitution des classes en première ou Terminales. A noter que le principe des groupes de compétences, imposé en langues, revient de fait à créer officiellement des groupes de niveaux.

Enfin c'est un moyen de favoriser les meilleurs qui pourront par la suite intégrer de très bonnes filières et finalement améliorer l'image de l'établissement.
La classe de niveau est elle meilleure ? On peut penser que mettre de bons élèves entre eux ne change pas grand chose pour eux. Par contre mettre les mauvais ensemble les empêche de réussir. D'après les études existantes l'organisation de classes de niveau est plutôt positive au primaire. C'est moisn crédible au secondaire. Des études montrent que les classes de niveau ont peu d'effet sur les performances mais que ça augmente au final les inégalités.

Cette phrase semble passablement contradictoire en plus d'être imprécise ("peu d'effet" signifie bien qu'il y a un effet). A supposer que cet effet soit peu sensible sur les performances, en quoi pourrait-il l'être sur les performances ? :shock:

Les bons s'en sortent un peu mieux, les mauvais moins bien. Au secondaire les classes de niveau créent de la stigmatisation qui décourage les adolescents.

La stigmatisation vient surtout du fait que l'école, depuis le début, n'a pas su porter les élèves défavorisés jusqu'au niveau des élèves favorisés. Un élève qui ne sait pas lire convenablement au lycée sera stigmatisé, classe de niveau ou pas.

Quelles recommandations faites vous aux établissements ?
On dit aux chefs d'établissement de se préoccuper de cette question. Ils doivent mesurer la ségrégation sinon ils en produiront.

Une conclusion décapante !

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08 Oct 2014 01:01 - 15 Déc 2014 16:44 #11962 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination

Cette nouvelle étude, menée par Eric Maurin, Son Thierry Ly et Arnaud Regert,

www.ipp.eu/fr/thematiques/education/eval...tion-et-affectation/
A partir de ce point d'entrée, on trouve un rapport et une « note », qui semble un résumé du rapport. A noter que ces deux travaux ne sont pas signés des trois auteurs cités ici, mais de trois autres collègues.
Il est difficile de se faire une idée de travaux de plus de 200 pages parcourus entre 23h00 et minuit, mais j'ai l'impression que ces travaux ne prennent pas du tout en compte la part de ségrégation suscitée par l'enseignement privé. A vérifier.

On compte ainsi 51% de privilégiés dans les classes de latin en 5ème, 54% en allemand.

Donc la sélection se fait sur dossier social ?

La sélection se fait de manière totalement opaque. Pour l'allemand en 6ème, nous ne savons pas sur quels critères les enfants sont retenus. Il se murmure que l'institutrice de CM2 a été consultée.

La concurrence des établissements privés est aussi un autre vecteur important.

Tu m'étonnes, mais très secondaire par rapport aux horribles options ségrégatives. :doc:
Et avec le privé, pour le coup, il existe une vraie ségrégation. :fur

Le pire, c'est que si on lit entre les lignes, ce qu'ils dénoncent ici, ce n'est pas la ségrégation opéré par le privé, mais le fait que pour répondre au privé, les établissements qui en subissent la concurrence directe mettent en place des stratégies de distinction qui induisent de la ségrégation à l'intérieur du lycée public.
En fait, le secteur public devrait se résoudre à laisser les bons élèves fuir vers le secteur privé. Ça, ce serait de la ségrégation légitime.
Je ne résiste pas au plaisir de citer « la diversité contre l'égalité », de Walter Ben Michaels (p. 32) :
« aujourd’hui, écrit David Brooks, les riches n'exploitent pas les pauvres, ils les surclassent ». Si par « surclasser » il faut entendre ligoter les chevilles de son concurrent et le lester d'un sac de plomb pendant que, soi-même, on se paye les services du fleuron des entraîneurs et qu'on s’entraîne dans les meilleurs gymnases, alors c'est tout à fait cela.
En France, on a l'impression que c'est le secteur public qui est lesté d'un sac de plomb, au bénéfice de l'enseignement privé.

Nous nous sommes servis des bases Scolarité des trois académies franciliennes. Personne jusque là ne s'était emparé de ces données.

Hohoho, eux, ils se sont emparés ! Des vrais pirates ! Des flibustiers de la donnée éducative !
Quand on voit, dans le rapport au CRIdF, la longueur des remerciements aux recteurs et anciens recteurs, on se dit qu'il a fallu montrer patte blanche pour « s'emparer de ces données ».
Ce qui est susceptible de poser un vrai problème, d'ailleurs. Si les données ne sont pas publiques, on est en face d'un travail scientifique que la communauté ne peut pas contrôler ni reproduire.

Peut-on dire que la ségrégation interne aux établissement est importante ?
On a cherché à l'évaluer.

Comment exactement ? :scratch:

Je cite :
Dans le cadre de cette étude, la segmentation sociale des lycées est mesurée en appliquant la formule de calcul de l’indice d’entropie H à une classification sociale des élèves en quatre groupes construits à partir de la PCS du responsable légal de l’élève. Cette classification est identique à celle utilisée par la DEPP dans le cadre de ses études statistiques.
(p. 77 du rapport sus-cité).

En moyenne, si on rapporte la ségrégation entre établissements d'une même commune à ce qui se passe dans les établissements, la ségrégation interne représente un tiers du total de la ségrégation. C'est donc loin d'être négligeable.

Même chose : comment calcule des proportions de ségrégation ? :scratch:

Il y a plein de techniques pour cela. Une des possibilités est d'utiliser des techniques type ACP ou AFC, et on regarde comment les différentes variables sont des facteurs prédictifs des segmentations observées (c'est-à-dire de combien ils leur sont corrélés).
Autre possibilité, plus cohérente avec le concept d'entropie :
- je construis une classe virtuelle où tous les élèves seraient mélangés. Ségrégation zéro : c'est la situation optimale.
-je construis une répartition virtuelle non-ségrégée pour chaque lycée, comme si tous les enfants de 6e étaient dans la même classe, ou bien que toutes les classes étaient de même niveau. En mesurant l'entropie de cette répartition, j'ai une mesure de la ségrégation par rapport à la ségrégation zéro. C'est la part due à l'affectation des élèves entre les collèges.
- A cette entropie, je compare celle obtenue avec la répartition réelle : j'obtiens la part de ségrégation due à la répartition des élèves au sein des classes.
Vous voyez où est le problème de leur méthode ? A chaque fois, je compare la répartition à un échelon supérieur. Mais pour quelle raison ont-ils mis le niveau 0 à l'échelle de la commune (« si on rapporte la ségrégation entre établissements d'une même commune » ? Il n'y a aucune raison de postuler que le niveau 0 d'homogénéité serait celui de la commune. Il y a beaucoup de communes où il n'y a qu'un seul collège public. L'idéal républicain, c'est qu'il n'y ait aucune inégalité entre les français : le niveau 0 de ségrégation, cela devrait être en considérant une répartition unique sur toute la France. Évidemment, on n'a pas les données pour une telle mesure. Mais avec les données disponibles, on pourrait faire une mesure à l'échelle de la région, et ce serait cohérent avec les ambitions du commanditaire de l'étude : je ne pense pas que la région se satisferait publiquement d'une situation où un de ses départements serait le ghetto scolaire du reste du territoire.
Si on prenait un niveau 0 de ségrégation à l'échelle de la région, le facteur 1/3 donné plus haut pour la ségrégation interne aux lycées serait considérablement diminué. La région serait sans doute beaucoup moins intéressée par le résultat.

Est-elle le fait de tous les établissements scolaires ou est-elle réservée à des établissements particuliers ?
On a mesuré la ségrégation dans la manière dont le chef d'établissement différencie les classes sans prendre en compte celle résultant de l'existence de filières d'enseignement. Et on a construit un indicateur qui permet de dire quand la constitution d'une classe effectuée par le proviseur ou le principal est plus ségréguée qu'une production au hasard.

J'ai beau lire et relire : je ne comprends pas cette première phrase.

La aussi deux interprétations possibles :
- cela peut vouloir qu'ils ont fait un test statistique du type chi2, qui mesure si la répartition des élèves (par exemple mesurée par les quatre classes évoquées plus haut) s'écarte très fort d'une répartition au hasard.
- plus probablement, cette formulation est un équivalent de l'expression sous forme d'entropie. Ce n'est pas tout à fait exacte à partir du moment où on travaille avec des effectifs de collège autour de 200 élèves, mais l'approximation n'a rien de scandaleux.

A noter que dans la plupart des établissements les classes sont constituées non pas par le CDE mais par les collègues, qui connaissent bien les élèves...

Ah bon ? A quel moment ? Je croyais que les effectifs de chaque classe étaient fixés par le CDE fin août, alors que tous les enseignants sont encore en congés.

La classe de niveau est elle meilleure ? On peut penser que mettre de bons élèves entre eux ne change pas grand chose pour eux. Par contre mettre les mauvais ensemble les empêche de réussir. D'après les études existantes l'organisation de classes de niveau est plutôt positive au primaire. C'est moisn crédible au secondaire. Des études montrent que les classes de niveau ont peu d'effet sur les performances mais que ça augmente au final les inégalités.

Cette phrase semble passablement contradictoire en plus d'être imprécise ("peu d'effet" signifie bien qu'il y a un effet). A supposer que cet effet soit peu sensible sur les performances, en quoi pourrait-il l'être sur les performances ? :shock:

Les études (celles que j'ai consultées) montrent que les classes de niveau ont peu d'effet sur la performance moyenne, mais qu'elles coulent les moins bons et favorisent les meilleurs. Ce qui est faux, ici, c'est donc la phrase initiale : On peut penser que mettre de bons élèves entre eux ne change pas grand chose pour eux. . On sait au contraire qu'une telle configuration leur profite. Duru-Bellat montre par contre qu'ils y gagnent moins que ce que perdent les moins bons.
Le problème est évidemment celui de la normalisation des résultats : comment comparer ce que perdent les moins bons avec ce que ganent les meilleurs ? La méthode PISA (compter en temps gagné ou perdu) semble solide, mais elle n'est pas utilisée partout, et je ne suis pas compétent pour évaluer les autres méthodes (euh, celle de PISA non plus d'ailleurs).

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08 Oct 2014 08:08 - 08 Oct 2014 08:44 #11963 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Merci pour le lien.

Le pire, c'est que si on lit entre les lignes, ce qu'ils dénoncent ici, ce n'est pas la ségrégation opéré par le privé, mais le fait que pour répondre au privé, les établissements qui en subissent la concurrence directe mettent en place des stratégies de distinction qui induisent de la ségrégation à l'intérieur du lycée public.
En fait, le secteur public devrait se résoudre à laisser les bons élèves fuir vers le secteur privé. Ça, ce serait de la ségrégation légitime.

C'est exactement ça.

Peut-on dire que la ségrégation interne aux établissement est importante ?
On a cherché à l'évaluer.

Comment exactement ? :scratch:

Je cite :
Dans le cadre de cette étude, la segmentation sociale des lycées est mesurée en appliquant la formule de calcul de l’indice d’entropie H à une classification sociale des élèves en quatre groupes construits à partir de la PCS du responsable légal de l’élève. Cette classification est identique à celle utilisée par la DEPP dans le cadre de ses études statistiques.
(p. 77 du rapport sus-cité).

Sauf qu'il s'agit ici d'une mesure des inégalités sociales dans les classes constituées (fait observable ou pas), pas de la ségrégation dans leur constitution (intention vérifiée ou non).
Le glissement de l'un à l'autre est permanent dans le "Café" et il est très grave.

Mais pour quelle raison ont-ils mis le niveau 0 à l'échelle de la commune (« si on rapporte la ségrégation entre établissements d'une même commune » ? Il n'y a aucune raison de postuler que le niveau 0 d'homogénéité serait celui de la commune. Il y a beaucoup de communes où il n'y a qu'un seul collège public. L'idéal républicain, c'est qu'il n'y ait aucune inégalité entre les français : le niveau 0 de ségrégation, cela devrait être en considérant une répartition unique sur toute la France. Évidemment, on n'a pas les données pour une telle mesure. Mais avec les données disponibles, on pourrait faire une mesure à l'échelle de la région, et ce serait cohérent avec les ambitions du commanditaire de l'étude : je ne pense pas que la région se satisferait publiquement d'une situation où un de ses départements serait le ghetto scolaire du reste du territoire.

:topla:

A noter que dans la plupart des établissements les classes sont constituées non pas par le CDE mais par les collègues, qui connaissent bien les élèves...

Ah bon ? A quel moment ? Je croyais que les effectifs de chaque classe étaient fixés par le CDE fin août, alors que tous les enseignants sont encore en congés.

Le plus souvent les classes de première et de terminale sont constituées par les professeurs fin juin début juillet. Celles de seconde, souvent également. Les critères sont le sexe (des classes mixtes autant que possible), le comportement des élèves, le niveau scolaire (pour oui contre des classes hétérogènes d'ailleurs), les langues, les options (regroupées ou pas sur une seule classe*) et les enseignements d'exploration (en seconde), les spécialités en Terminale, les filières et les séries. S'il y a intention de ségrégation, il faut en accuser les professeurs : le CDE a souvent mieux à faire que la constitution des classes et il se contente éventuellement des ajustements de dernière minute.
Même chose au collège où la constitution des classes relève de la survie pour les professeurs dans les établissements les plus difficiles.
On peut s'étonner que l'étude ou le "Café" n'ait pas connaissance de ce fonctionnement pourtant très classique (sauf exception) des établissements du secondaire. Version machiavélique ou inconsciente : peut-être s'agit-il, en les accusant à tort, d'amener les CDE à prendre justement la main sur la constitution des classes.
*Pour ma part je n'ai jamais observé des classes d'option : il y a toujours eu volonté de disperser au contraire les élèves latinistes par exemple dans autant de classes que possibles (avec des alignements contraignants et par conséquent des horaires pénibles). Exemple concret : mes 33 latinistes de seconde sont répartis sur trois classes (sur cinq).

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08 Oct 2014 08:20 - 08 Oct 2014 08:49 #11964 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Loys dit: Sauf qu'il s'agit ici d'une mesure des inégalités sociales dans les classes constituées (fait observable ou pas), pas de la ségrégation dans leur constitution (intention vérifiée ou non).
Le glissement de l'un à l'autre est permanent dans le "Café" et il est très grave.

L'étude emploie le terme "ségrégation". Ainsi la "proportion cumulée d'élèves d'origine sociale défavorisée,
par proportion croissante d'élèves favorisés dans le lycée" et la "proportion cumulée d'élèves d'origine sociale favorisée" permettent de déterminer des "courbes de ségrégation sociale des lycées franciliens" (fig. 4.1).
C'est très malheureux car le terme "ségrégation", dans son sens le plus neutre (car le terme peut aussi renvoyer à l'idée de discrimination), renvoie à l'"action de séparer quelqu'un ou quelque chose d'un ensemble" : il suppose donc un agent, un critère et une intention.
D'un point de vue social, la définition est la suivante :

B. 1. Séparation radicale, régie par des lois, de la population de couleur d'avec la population blanche, qui affecte tous les lieux et moments de la vie quotidienne. Les hommes de couleur dans son fameux Hallelujah! sont tous, comme il se doit, puérils, superstitieux, naïfs, sensuels, criminels, bornés. Les problèmes de la « ségrégation » et du quasi-esclavage ne sont pas posés dans un film où l'on cueille le coton, en chantant et en dansant (Sadoul, Cin., 1949, p. 226).[En Afrique du Sud] la ségrégation a toujours été la politique officielle, en pratique ou en théorie. Mais, dans le passé, la ségrégation était une ségrégation horizontale. Les gens de couleur se rendent compte qu'aujourd'hui il n'en est plus ainsi et qu'il s'agit si l'on peut dire d'une ségrégation verticale. En d'autres termes, ils peuvent maintenant s'élever aussi haut qu'ils le veulent ou qu'ils le peuvent (Réalités, mai 1968, p. 35, col. 1).
2. Discrimination sociale de fait à l'égard d'individus ou de groupes d'individus en raison de leurs race, ethnie, religion, mœurs, sexe, âge, condition sociale. Cette ségrégation qui dans la vie civile sépare les jeunes bourgeois des jeunes ouvriers, il la ressentit comme une mutilation (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 180).[Pour les femmes] ségrégation à tous les échelons de la vie publique, barrage devant les postes de responsabilité, etc. (L'Express, 6-12 juin 1966, p. 43, col. 2).

Or les classes ne sont en rien constituées "en raison de" la "classe sociale" des élèves. :fur

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18 Oct 2014 14:13 #12068 par Loys

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18 Oct 2014 15:07 - 21 Oct 2014 09:41 #12069 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Lancement d’une association de parents d’élèves par Farida Belghoul, initiatrice de la Journée de retrait, hommage appuyé de Jean-Paul Brighelli au programme éducatif du FN, quelques semaines avant la sortie de son nouvel ouvrage, refus par le maire frontiste de Beaucaire d’inscrire des enfants « étrangers » dans les écoles de sa commune, déclarations de Michel Onfray selon lesquelles défendre l’idée « d’apprendre à lire, écrire et compter serait devenu réactionnaire ». Ces dernières semaines, les postures et les propos réactionnaires sur l’école ont fait la une de l’actualité.

L'amalgame est un procédé extrémiste.

Les rentrées scolaires sont une occasion sans cesse renouvelée de se pencher sur l’état de l’école et peut-être aussi, pour beaucoup, une invitation à porter un regard empreint de nostalgie sur son enfance... La rentrée 2014, quant à elle, a surtout été marquée par une multiplication d’attaques et de provocations réactionnaires complaisamment relayées dans les médias.

On pourrait aussi bien parler d'attaques et de provocations "modernistes", comme celles de M. Durpaire et Mme Mabilon-Bonfils appelant "la fin de l'école" ...

Longtemps considéré comme une insulte, ce terme de « réactionnaire » est aujourd’hui revendiqué et encensé...

Il sert surtout à discréditer celui qui émet une opinion non conforme à la nouvelle doxa pédagogiste.

L’école se retrouve non seulement au cœur d’une révolution conservatrice mais elle apparaît aussi de plus en plus comme le champ d’intervention privilégié de cette offensive. Jacques Rancière l’avait déjà souligné dans son ouvrage La Haine de la démocratie quand il écrivait : « C’est, de fait, autour de la question de l’éducation que le sens de quelques mots – république, démocratie, égalité, société, a basculé. »

Oui, on observe cette "révolution conservatrice" tous les jours en ce moment : rythmes scolaires, suppression du redoublement, orientation choisie, extension des cycles, réforme de l'évaluation, réforme du socle, refondation par le numérique etc. De même depuis quelques décennies.
Les "conservateurs" sont décidément les vrais responsables du naufrage de l'école ! :santa:

Depuis Socrate, déplorant la perte du sens civique des adolescents athéniens, on sait que le niveau n’en finit pas de baisser...

Contre-sens habituel sur les propos de Platon... Le personnage de Socrate réfléchit à ce qui fait l'essence de la tyrannie, pas à la baisse de niveau. :roll:
Mais allons plus loin : pour les auteurs de cette tribune, il n'y a donc pas de baisse de niveau. :devil:

Sauf que ces éternelles lamentations ne trouvent un écho profond que lorsqu’elles entrent en résonance avec un contexte social qui leur est favorable : quand la peur de l’autre (représenté sous les traits du « barbare ») la haine de l’égalité (rebaptisée « égalitarisme »), du progrès et de la démocratie (considérés comme démagogiques) réactivent les tentations d’un retour à l’ordre scolaire ancien, à la ségrégation sociale et à l’éloge des valeurs traditionnelles (religieuses, morales, nationalistes).

Après l'amalgame, la caricature. Les "républicains" seraient nationalistes, xénophobes, auraient la haine de l'égalité, du progrès et de la démocratie, partisans de la ségrégation sociale... :roll:

L’histoire cette mouvance, adepte de la « pédagogie noire »...

Après l'amalgame et la caricature, le complotisme...

... recoupe celle des grandes crises sociales : l’Ordre Moral bâti sur les ruines de la Commune de Paris ; dans le sillage de l’affaire Dreyfus avec l’antisémite Drumont qui s’acharne contre Paul Robin, précurseur de la mixité scolaire ; en 1909, dans la très catholique Espagne où le pédagogue Francisco Ferrer est assassiné par les fanatiques du sabre et du goupillon ; quand l’Action française, dans les années 30, contraint Célestin Freinet à démissionner ; sous Vichy qui rend responsable l’école de la République et ses instituteurs de la défaite et décide de les remettre au pas, lors de la guerre d’Algérie quand les animateurs des Centres sociaux éducatifs sont assassinés par l’OAS à quelques heures des accords d’Evian, au lendemain de Mai 68 lorsque le pouvoir resserre la vis dans les établissements scolaires, en 1984 avec le passage de Chevènement au ministère de l’Éducation nationale sonnant la fin de « la récréation pédagogique » en parallèle au tournant de la rigueur...

L'amalgame devient maintenant historique : de Michel Onfray à Vichy ou Drumont.

La renaissance et le renforcement du courant « réac-publicain » depuis une vingtaine d’année semble aujourd’hui entrer dans une nouvelle phase. L’overdose éditoriale de pamphlets contre l’école ne suffit plus, il s’agit de passer à l’acte : les Journées de retrait fustigeant l’égalité entre les sexes, l’hommage appuyé au programme éducatif du FN – lui-même directement inspiré de la prose des « anti-pédagogues »...

Il faudrait être logique, ici. Si le programme du FN s'inspire des "anti-pédagogues" (et c'est effectivement le cas car il emprunte - pour partie seulement - le boulevard que lui ouvre les deux partis de gouvernement), les "anti-pédagogues" (ou plus exactement anti-pédagogistes ou "républicains" car tout professeur est nécessairement pédagogue, n'en déplaise aux auteurs de cette tribune) devraient-ils renoncer à leurs convictions pour autant ?
Le combat pour la laïcité, mené en son temps par les radicaux (et par un certain Ferdinand Buisson par exemple), serait aujourd'hui réactionnaire parce que récupéré habilement par le FN ?

...les dérapages incontrôlés, comme il y a quelques jours à la radio où les programmes d’histoire sont accusés de « fabriquer » non plus seulement des « crétins » mais des « djihadistes »...

De fait l'éducation à la citoyenneté n'a pas empêché ces départs pour le Jihad d'adolescents ne sachant pas où la Syrie est située sur la carte... :mrgreen:

Quiconque prend le temps de lire l’un de ces ouvrages y découvre avec effroi le déchaînement de haine, le mépris et la violence des propos qui semblent seuls tenir lieu d’argumentation.

L'argumentation de cette tribune est beaucoup plus nuancée, effectivement...

Le FN ne s’y est pas trompé, lançant son collectif Racine, animé par des militants de la droite la plus extrême ou des transfuges du chevènementisme. Son programme est un copier-coller de la prose des réac-publicains...

Encore une fois...

...« l’enracinant » dans l’intérêt jamais démenti de l’extrême-droite pour l’école, de Drumont à Le Pen en passant par Maurras ou Pétain.

Eh bien non précisément : le collectif Racine est une création récente, qui entre dans une logique nouvelle du FN : capitaliser sur le désespoir enseignant.

Que nos pamphlétaires jugent bon de saluer ce programme en dit long : s’agit-il, pour « sauver l’école », d’applaudir aux mesures que les nouveaux maires FN prennent comme à Beaucaire ou l’inscription des enfants étrangers a été refusée dans les écoles de la commune afin de protéger les « petits beaucairois de souche » ?

Il suffirait de leur demander plutôt que de leur faire des procès d'intention. :fur

Le « retour aux fondamentaux » (directement importé du « back to basics » des Républicains états-uniens), le rejet de toute réflexion pédagogique...

Au contraire, la lutte contre le pédagogisme est l'occasion d'une belle réflexion sur la pédagogie. :doc:
Pour imiter Blaise Pascal : la vraie pédagogie se moque du pédagogisme.

...la nostalgie de la ségrégation sociale, le culte élitiste de « l’excellence » sont habilement instrumentalisés par le néolibéralisme.

On pourrait aussi bien démontrer à quelles point les nouvelles pédagogies ont favorisé de fait la ségrégation sociale. :fur
Jamais l'école n'a été aussi inégalitaire et pourtant les pamphlétaires qui se trouvent ainsi accusés n'ont guère exercé de responsabilités politiques. Commente expliquer ce mystère ?

Le précédent quinquennat nous l’a assez démontré : disparition de la formation initiale...

Dans la forme qu'elle avait, ce n'était pas un si grand mal, malheureusement.

...attaques contre l’enseignement professionnel scolarisé (au profit de l’alternance, plus soumis aux diktats patronaux)...

Le quinquennat actuel n'est pas revenu sur la réforme de l'enseignement professionnel.

...remise en cause de la carte scolaire (favorisant le consumérisme scolaire et la ségrégation)...

Idem...

...célébration du curé, mise au pas des personnels...

Une célébration qui, effectivement, a obtenu l'onction de Jean-Paul Brighelli et de Michel Onfray ! :P

...sans que le « redressement » du niveau ne soit au rendez-vous !

Mais il n'y a pas besoin de redressement puisqu'il n'y a pas de baisse du niveau. :santa:
A noter que la chute des résultats mesurés par la DEPP remonte à bien avant le dernier quinquennat seulement. Mais bon, c'est plus simple d'identifier un épouvantail politiquement classable.
A noter aussi que les extrémistes de droite vomissent la droite : alors Sarkozy ou Le Pen, il faudrait quand même choisir. :santa:

L’ordre, pour ces gens-là n’est moral (ou compétitif) que lorsqu’il se dresse pour défendre les privilèges et nourrir les fantasmes, leur peur des « barbares ». « La Guerre aux pauvres commence à l’école » observait il y a quelques mois le philosophe Ruwen Ogien.

Heureusement qu'avec des syndicats réformistes et la gauche progressiste au pouvoir, les choses vont mieux. :mrgreen:

En face la gauche de gouvernement, après s’être converti au capitalisme néolibéral dans les années 1980, emprunté le virage sécuritaire à la fin des années 1990 semble aujourd’hui abandonner toutes ambition émancipatrice en matière d’éducation.

Ah... Mais comment se fait-il alors que les néo-pédagogues l'inspirent et la soutiennent à ce point ?

Dès lors les sirènes réactionnaires attirent certains intellectuels de gauche ou même de la gauche de la gauche. Méconnaissance ? Dérapage ? Soumission à l’air du temps ?

Résumons : être d'extrême gauche et s'opposer à une gauche gouvernementale qui "abandonne toute ambition émancipatrice en matière d’éducation", c'est être réactionnaire : la logique m'échappe quelque peu. :scratch:

Finalement en se résignant à ne plus lutter pour changer la société, on en arrive nécessairement à ne plus vouloir non plus changer l’école...

Changer l'école pour changer la société, c'est exactement le slogan de l'association réformiste la plus proche du PS (malgré sa revendication d'indépendance" : le CRAP-Cahiers pédagogiques .
A lire aussi le communiqué "Changer l'école" du SN-UNSA le 23 mai 2012. A lire aussi les études des think tanks comme Terra Nova, proches du PS, sur la nécessaire transformation de l'école. Ou bien cette analyse du dernier rapport de la Cour des comptes faisant un bon usage de la pédagogie pour "mieux gérer les enseignants".
Bref, l'anarcho-syndicalisme rejoint les plus réformistes et les plus écoutés de nos syndicats enseignants ! :santa:

On offre alors à ses adversaires leur plus grande victoire : confisquer toute critique des tares du système éducatif à leur seul profit.

Mais le système n'a pas de "tare" puisque le niveau monte, voyons.

Face aux réactionnaires, il ne s’agit surtout pas de défendre l’école telle qu’elle est mais bien de poursuivre le combat pour la transformer, de réactiver l’histoire de sa contestation en acte, dans les classes, dans les établissements.

Les tenants de la transformation sont très nombreux dans l'opposition libérale et ultra-libérale. :santa:

Oui, la pédagogie est un sport de combat, contre les inégalités, les injustices et la concurrence de chacun contre tous. Pour paraphraser Freinet rappelant que la démocratie de demain se construit dans les écoles d’aujourd’hui, les tentations totalitaires peuvent aussi s’y enraciner dès maintenant.

Bien d'accord, mais sans doute pas pour les mêmes raisons : la lutte contre le totalitarisme ne passe pas par une école qui donne l'apparence d'être plus juste, mais qui est réellement plus efficace.

Il est temps de réaffirmer non seulement l’égalité des intelligences mais le fait qu’il existe deux manières d’éduquer et d’enseigner. La question n’est pas de choisir entre « la pédagogie » et « la non-pédagogie », mais entre deux conceptions de l’éducation.

L'efficacité pédagogique et le pédagogisme. :mrgreen:

En ce sens, il y a cohérence entre les choix pédagogiques des réac-publicains ou du FN et leur projet social. Cette cohérence, il convient de la mettre à nu et de la présenter à ceux et celles qui pourraient être séduits par un discours nostalgique simpliste...

Alors que tout le monde voit bien que tout va pour le mieux dans l'école !

...qui se répand à mesure que recule l’aspiration à transformer la société et son école. Parallèlement, ce décryptage doit aller de pair avec la recherche d’une mise en cohérence entre notre volonté de changer la société et nos pratiques pédagogiques, ici et maintenant.

Effectivement une mise en cohérence est nécessaire, compte tenu des résultats produits par le pédagogisme et ses ravages.
A toutes fins utiles :
- cette question récemment posée dans le "Café pédagogique" "Parfois, ne vous suspecte-t-on pas de pédagogisme ?"
- "nos amis" dixerunt les "Cahiers pédagogiques" à propos de "N'autre école"
- mais surtout ce récent compte-rendu de lecture d'un ouvrage de Grégory Chambat dans les "Cahiers pédagogiques" (dont la devise est paraphrasée dans la tribune : "en se résignant à ne plus lutter pour changer la société, on en arrive nécessairement à ne plus vouloir non plus changer l’école").

Jean-Michel Zakhartchouk dit: Nous sommes parfois consternés par les positions pédagogiques défendues par des groupes et partis de la «  gauche de la gauche  », leur condamnation d’une pédagogie active plus axée vers la construction de compétences que vers une ingurgitation de savoirs, le peu de contestation chez eux de «  l’école républicaine  » et des pratiques enseignantes dominantes. Aussi cela fait-il du bien de constater que certains, et notamment au sein du collectif libertaire «  Nautre école  », ne s’engagent pas dans ces désastreuses positions et englobent l’école parmi les institutions qu’il faut obligatoirement questionner, au nom de la contestation de l’ordre social dont fait partie «  l’ordre scolaire  ».

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18 Oct 2014 15:38 #12070 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Mon commentaire à la suite de cette tribune :

Aligner dans une même tribune Jean-Paul Brighelli, Michel Onfray, Philippe Pétain et Édouard Drumont, il fallait oser... Attaques personnelles, caricatures grossières, amalgames, procès d'intention, tout y passe dans une rhétorique qui fleure bon un autre siècle, effectivement.
Le plus saisissant est de s'apercevoir combien, derrière son caractère révolutionnaire ou anarcho-syndicaliste, cette tribune est proche du pédagogisme le plus convenu et le plus institutionnel, promu activement par les syndicats les plus réformistes et les plus proches du Ministère de l’Éducation nationale. "Changer l'école pour changer la société", c'est aussi le slogan du CRAP-Cahiers pédagogiques.
Défendre une école traditionnelle qui apprend à lire et à écrire, c'est être de gauche, et véritablement de gauche. Et tant pis si cette gauche est "réac'publicaine" à vos yeux.

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