Des paroles… et des actes ?

20170121

A l'occasion de la « Refondation de l’École »1 entreprise en 2012, le ministère a assigné à l’école un nouvel objectif : la « mixité sociale ». Il est vrai que cette mixité, s’inscrivant dans la lutte contre les inégalités, est un marqueur de gauche, pour autant du moins que la mixité ne remplace pas la réussite scolaire. Et, de fait, rien ne prouve que la mixité sociale, si elle est un bien par elle-même pour notre république, favorise la réussite scolaire de tous2.

La question de la mixité sociale n’étant que le prolongement de la question – hautement inflammable – de la carte scolaire (notamment au collège), le ministère a néanmoins longtemps tergiversé depuis 2012, se contentant de revenir sur l’assouplissement de cette carte par la majorité précédente (qui avait promis de la supprimer), assouplissement qui n’avait fait qu’accentuer la ségrégation3.

Mais s’attaquer aux dérogations, finalement limitées en nombre, ne pouvait produire qu’un effet marginal4.

Charlie et la réforme du collège

Après les premiers attentats de 2015, revirement : le ministère fait de la mixité sociale sa « priorité »5, avec la création – trois ans après la grande concertation pour la Refondation de l’École… – d’un comité scientifique6.

A l’occasion de la réforme du collège, le ministère a d’abord tenté de déplacer le problème en incriminant non plus la ségrégation entre les collèges, mais dans les collèges.

C’est ainsi que les sections bilangues, les sections européennes ou les options de langues anciennes se sont retrouvées accusées de tous les maux, au même titre que les classes de niveaux.

Or une étude commandée en ce sens7 a malheureusement démontré, en juin 2015, que « la composition des classes a un effet relativement limité sur la ségrégation sociale » ou que le latin, par exemple, ne participe que très peu à la ségrégation sociale dans un collège pour une raison toute simple : les latinistes sont répartis dans plusieurs classes (cette étude ne disait malheureusement pas dans quelle mesure les sections bilangues ou les options de langues anciennes contribuent à la mixité sociale entre les collèges, en conservant aux collèges les plus défavorisés un restant d’attractivité pour les publics les plus favorisés).

Bref, ne restait plus au ministère, pour véritablement lutter contre la ségrégation sociale, que ce que prévoyait la loi de Refondation de 2013 et qu’il envisageait non sans embarras8 : des secteurs multicollèges.

«  Les parents formuleraient alors leurs vœux pour tel ou tel établissement de secteur, ce qui leur donnerait le sentiment de ne pas subir. Et derrière, l’éducation nationale, en charge de l’affectation, trancherait, en revoyant les critères pour intégrer plus de mixité. »9

La fin du quinquennat approchant et le bilan de la Refondation sur la mixité sociale se révélant de plus en plus décevant, le ministère a repris l’offensive médiatique sur cette « question centrale » en octobre-novembre 2015 en multipliant les annonces médiatiques : « refonte de la carte scolaire », « opération mixité » etc.10 Il était même question d’y « associer l’enseignement privé. »11 Et pour conduire cette grande réforme dans « 17 départements », une concertation avec les familles et « la construction des solutions à partir des acteurs de terrain. »12

Avec 17 secteurs en vérité, concernant 30 à 50 collèges, l’opération a ressemblé alors finalement à une expérimentation très limitée, le ministère se défaussant sur les « acteurs locaux. »13

Mais la ministre, étendant les expérimentations l'année suivante malgré des retours décevants14, pouvait déjà se féliciter de son action :

« La réforme du collège a pour vocation d'harmoniser l'offre de formation. La suppression des options au collège supprime une grande part de la ségrégation. »15

Et tant pis si tous les collèges ou presque proposent, par exemple, des options de langue ancienne et que la moitié des latinistes appartiennent aux deux catégories sociales les moins favorisées…

« La réforme du collège aide à [la mixité] puisqu'elle donne plus de manœuvres pour finalement adopter des projets qui leur soient propres avec les enseignements pratiques interdisciplinaires, avec la marge globale horaire qu’on leur donne, qui est beaucoup plus importante, c’est-à-dire des moyens plus importants pour mettre en place des projets qui feront l’identité du collège, le rendront plus attractifs et attireront d’autres familles que celles qu’il attirait jusqu’à présent. »16

Et tant pis si, dans les faits, le résultat est tout à fait contraire.

La fuite grandissante vers le privé

A la rentrée 2016, la moitié des élèves de 6e supplémentaires étaient absorbés par le privé17. Cette progression aurait sans doute été plus importante encore si le ministère ne l'avait endiguée en limitant les ouvertures de classes.

De fait, l’enseignement privé est « associé » à ces expérimentations tout en continuant… à échapper à la sectorisation ! Ne revendique-t-il pas déjà une certaine mixité sociale dans ses établissements18, toute relative en vérité19 et de moins en moins constatée depuis une quinzaine d’années20 ?

« Au nom de la liberté de choix des parents, nos valeurs sont incompatibles avec toute idée de carte scolaire ou de zonage , explique Pierre Marsollier, le délégué général à l'enseignement catholique, nous sommes cependant d'accord pour discuter de la mixité scolaire et des façons de l'améliorer dans nos établissements, car l'entre-soi n'est bon pour personne. Il ne correspond d'ailleurs pas à nos valeurs pastorales. »21

Pascal Balmand, secrétaire général de l’enseignement catholique, se voulait tout aussi pastoral :

« La carte scolaire ne peut pas nous concerner. Cela ne serait pas légal. […] nous revendiquons la liberté de nous associer à cet effort de notre manière propre. »22

« Nous avons notre spécificité et ne pouvons donc nous insérer dans la logique de carte scolaire. Elle porte en elle une pratique d’affectation administrative des élèves, alors que ce qui se joue chez nous, c’est la démarche volontaire d’adhésion à un projet. Ce n’est pas négociable. »23

Un « projet » dont les intentions ne sont pas forcément très catholiques.

De fait, la mixité à laquelle l’enseignement privé veut bien consentir s’observe essentiellement par comparaison avec les collèges publics les plus défavorisés et par conséquent… les moins mixtes socialement. Et ce, précisément parce qu’ils sont fuis et pour le privé en particulier, qui n’a plus qu’à choisir les meilleurs profils scolaires parmi les élèves que les parents de milieu populaire veulent soustraire à la carte scolaire.

Dès lors croire, comme notre ministre, que « le privé a conscience de l'enjeu et s'est engagé à améliorer la composition sociale de ses établissements... »15 semble bien ingénu. Ne reculant devant aucun paradoxe, la ministre a même proposé, pour favoriser la mixité sociale… des incitations financières à l'enseignement catholique24 !

Avec la fuite vers le privé et l’explosion du taux de pression (qui aurait été multiplié par vingt en Île-de-France depuis l’annonce de la réforme du collège25), la mixité sociale du privé peut en effet progresser… tout en aggravant la ségrégation scolaire !

Une ségrégation plus grave : la ségrégation scolaire

On mesure bien comment, pendant tout un quinquennat, la politique éducative d’un gouvernement de gauche s’est avérée timorée et a même favorisé une ségrégation scolaire accrue. Thomas Piketty, mettant en lumière l'ampleur de la ségrégation sociale à Paris, a sévèrement mis en cause le volontarisme du ministère : « Le gouvernement souhaite-t-il vraiment la mixité sociale ? »26 La ministre de l’Éducation nationale lui a, en quelque sorte, donné raison peu après :

« Je crois qu’il faut rompre avec le mythe français de la mesure globale uniforme, du grand soir politico-technocratique. […] Penser que l’on pourrait imposer autoritairement la mixité sociale, en supprimant au passage une partie de la liberté de choix des parents, c’est entretenir une forme d’illusion qui aboutit à l’immobilisme. »27

L’imposition autoritaire de la mixité sociale dans plusieurs secteurs de la capitale, c’est pourtant ce qu’a entrepris de mettre en œuvre dès 2017 le rectorat de Paris de concert avec le ministère : il a même été question, dans un premier temps, d’un algorithme du type Affelnet pour l’affectation des élèves de primaire au collège comme pour le lycée28. Le rectorat y a finalement renoncé pour proposer de simples expérimentations, qui ne concernent évidemment qu’une poignée de collèges publics dont il s’agit d’harmoniser la composition sociale dans quatre secteurs fusionnés.

20170201

Malheureusement, comme nous l’avons vu pour l’enseignement privé, la mixité sociale n’empêche en rien la ségrégation scolaire : elle peut même l'occulter. Par ségrégation scolaire, il faut entendre non pas celle qui est fondée sur le milieu social mais sur le niveau scolaire des élèves29.

De fait, les parents d'élèves, lorsqu'il s’agit de scolariser leurs enfants, s’inquiètent moins de la composition sociale du collège public de secteur que des conditions de travail et du niveau scolaire30, en se fondant sur la renommée de l'établissement ou les palmarès annuels d’établissements (lesquels contribuent activement à aggraver la ségrégation scolaire).

La ségrégation sociale n’est qu’une conséquence de la ségrégation scolaire. C’est donc cette dernière qu’il faut étudier pour espérer la circonscrire.

Et pour ce faire, rien de tel qu’un exemple concret.

La ségrégation parisienne

Nous avions déjà étudié en 2015 la ségrégation scolaire dans les quatorze communes de l'arrondissement de Nanterre. Puisque la polémique fait rage autour des expérimentations parisiennes, prenons aujourd'hui l’exemple de Paris, il est vrai très particulier : la ségrégation sociale comme la ségrégation scolaire y sont bien plus marquées qu’ailleurs. Mais c’est là – précisément – où il faut agir31. Or le ministère ne publie guère de documents à ce sujet.

A nous donc de faire ce travail : à l'aide d'un indicateur que nous avons mis au point (voir notre méthodologie32), observons où sont concentrés, à Paris, les bons élèves et les élèves les plus faibles.

LVM segregation scolaire paris

Premier constat  : une saisissante ségrégation scolaire résidentielle

Rien de vraiment étonnant mais il est bon d'en avoir la confirmation : les écarts sont saisissants entre arrondissements. En moyenne, dans le 4e arrondissement, les élèves n’ont pratiquement aucune chance de ne pas être admis et 90% de chances d’obtenir une mention au brevet. Inversement, dans le 18e arrondissement, moins de la moitié des élèves ont une chance d’obtenir une mention et un quart ont une chance de ne pas être admis. Bref, pour assurer la réussite de ses enfants, mieux vaut habiter (ou déclarer une adresse) dans certains arrondissements plutôt que dans d’autres.

Deuxième constat  : les bons élèves vampirisés par l’enseignement privé

Les collèges privés (un tiers des collégiens à Paris) sont surtout concentrés dans les arrondissements socialement et scolairement privilégiés. Mais, quel que soit l’arrondissement où ils se trouvent, leur niveau scolaire est largement supérieur à celui de l’arrondissement (à l’exception d’une poignée de petites structures privées). Dans les arrondissements plus intermédiaires ou plus populaires, les établissements privés vampirisent de manière systématique les meilleurs élèves au détriment des collèges publics voisins, empêchant toute mixité scolaire.

D'une manière générale, les collèges privés ont un taux d'échec au brevet de 1,7% et les collèges publics de 17%.

Et encore : en dehors de l'éducation prioritaire, la carte ne montre pas la concentration des dispositifs de la difficulté scolaire dans l’enseignement public (Ulis, SEGPA, UP2A etc.) !

Les expérimentations de mixité sociale à Paris

Mais il y a encore un troisième constat : les expérimentations ne concernent pas les arrondissements les plus favorisés. En somme, les élèves moyens avec les élèves plus faibles : les meilleurs élèves dans un confortable entre-soi.

On comprend mieux dès lors l'amertume et la colère des parents d’élèves33 qui, ayant fait le choix de l’enseignement public dans des arrondissements moins favorisés, estiment leurs enfants sacrifiés par les expérimentations en cours.

Dans 18e 2le 18e arrondissement, par exemple, deux expérimentations qui semblent absurdes si on simule les résultats (pour mémoire, le nombre de points de notre indicateur s’obtient en soustrayant le nombre de non admis au nombre d’admis avec mention) :

- Deux collèges publics ont un niveau scolaire comparable (-1 pt et 11 pts), mais subissent en revanche la ségrégation du collège privé voisin (56 pts) : ce sont les deux collèges publics dont il faudrait fusionner les secteurs pour plus de mixité !

- Le cas d’un autre collège public est plus trompeur puisqu'il semble socialement privilégié34 (en réalité à peine plus qu'un collège privé voisin et bien moins qu'un autre collège privé encore plus proche). 18e 1Or la composition sociale occulte ici une ségrégation bien plus importante, puisque le niveau scolaire de ce collège (37 points) est bien inférieur à celui des deux collèges privés (50 et 90 points). Avec 11 points théoriques, le secteur public fusionné ne peut rivaliser avec le privé (non concerné par l’expérimentation), mais surtout il n’est pas difficile d’anticiper que ces collèges privés profiteront de ces affectations multicollèges pour augmenter et améliorer encore la qualité de leur recrutement, au détriment du public.

On peut observer les mêmes aberrations dans le 19e arrondissement.

Le plus amusant est que, face à la bronca des familles légitiment indignées et qui ne se sont pas senties « étroitement associées » à cette mise en place à la hussarde, le ministère est capable de proposer en échange des moyens qu’il ne propose nulle part ailleurs35 : il est même question de créer des sections bilangues dans ces secteurs… alors que ces sections étaient accusées de ségrégation sociale. C'est dire la cohérence de l'action éducative du ministère !

On le voit à travers ces exemples parisiens : il ne s'agit pas de créer une véritable mixité, mais de prétendre le faire, avec des expérimentations malheureusement aussi limitées qu'injustes et inefficaces.

Le collège unique n’existe pas

Avec cette carte de la ségrégation scolaire, on voit bien que le collège unique n’existe pas. Et pour cause : depuis 1959 et la loi Debré, il existe deux collèges financés par l’État, l’un choisissant ses élèves, l’autre recueillant les élèves restants. Cette ségrégation-là est tout simplement une ségrégation d'État1. Penser réduire la ségrégation scolaire en agissant seulement sur l’enseignement public, comme le prévoit la loi de Refondation de 2013, est non seulement naïf mais ne peut que l’aggraver. Comme l'indique avec bon sens le sociologue Pierre Merle : « on ne construira de la mixité que si les écoles privées entrent dans la boucle de la carte scolaire »36

La ministre peut certes se livrer à des déclarations martiales :

« […] dans notre société où le repli sur soi progresse, il n’est pas question de reculer sur l’apprentissage de la citoyenneté et du vivre ensemble. »37

« Nous mettrons ainsi un terme à cette situation scandaleuse qui conduit des générations d’élèves à grandir dans le même pays, à aller dans une même institution, sans jamais se rencontrer véritablement. »38

Sauf que volontarisme ministériel ne concerne pas… le privé ou les arrondissements les plus privilégiés et préfère donner comme boucs émissaires quelques collèges publics bien ordinaires, accuser la pédagogie des enseignants inadaptée aux publics hétérogènes ou mettre en cause de malheureuses sections latinistes ou bilangues.

On comprend mieux pourquoi la ministre fait semblant de croire à la bonne volonté de l’enseignement privé (comme pour les rythmes scolaires que le privé n’applique pas) : pour mieux faire oublier la démission du ministère.

L’école publique à la croisée des chemins

Bien sûr, l’enseignement privé n’est pas responsable de tous les maux de l’école publique. La conjonction d'une politique de la ville frileuse, de politiques scolaires erratiques et d'une gestion de plus en plus comptable de l'école explique en grande partie le succès grandissant de l’école privée, et l'explosion plus générale du marché scolaire.

Il faut de nouveau inspirer confiance dans l'école publique.

La difficulté scolaire doit commencer par être traitée en amont, par un constat lucide – après des années de déni – de ce qui ne fonctionne plus dans l'école républicaine, en particulier dans les quartiers les plus défavorisés, ainsi que par le rejet de solutions qui sont en réalité des causes de l'échec scolaire.

Les collèges victimes de ségrégation ont besoin de moyens d'encadrement conséquents (si possible dans de petites structures), d'une direction qui s'emploie à donner aux élèves des conditions d'apprentissage sereines, d'équipes pédagogiques stables et soutenues. Il faut également rétablir en priorité dans ces établissements tout ce qui peut leur redonner de l'attractivité.

Tout ceci demande des moyens, alors que certains remettent aujourd'hui en cause le principe même d'une éducation prioritaire. Mais personne ne se scandalise d'écoles privées réservée à une élite sociale, dont les enseignants et le fonctionnement sont financés par l'État, et dont les frais de scolarité annuels peuvent s'élever à plusieurs milliers d'euros par enfant. Certains projets politiques envisagent même d'accroître encore la part du privé, sous contrat et hors contrat.

On peut faire semblant de penser que, depuis 1984, la question du privé ne peut plus, ne doit plus être posée (« rallumer la guerre scolaire »). Ou que la ségrégation est ailleurs (on se souvient du scandale de l’étude du CNESCO sur la ségrégation à l’école en 2015 dans laquelle le privé n’était même pas évoqué !). On peut même accuser d'immobilisme ceux qui ont le malheur de soulever cette question.

En réalité, la loi Debré, cette stupéfiante entorse à notre république laïque et qui n'a pas d'équivalent dans le reste du monde, a été votée en 1959 : elle peut être abrogée comme n'importe quelle loi. Il suffit de courage politique pour organiser une sortie progressive du privé financé par l'État : dans les zones urbaines fortement ségréguées, l'enseignement privé agit désormais comme un poison pour la République.

Pour reconstruire l'école publique, redonnons aux établissements privés qui ne veulent ni se soumettre à la carte scolaire ni prendre leur part de la difficulté scolaire la pleine liberté dont ils se réclament.

@loysbonod


[1] La loi de Refondation du 9 juillet 2013 a modifié les articles L111-1 et 213.1 du Code de l’éducation :

«  Le service public de l'éducation […] veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d'enseignement . »

«  Lorsque cela favorise la mixité sociale, un même secteur de recrutement peut être partagé par plusieurs collèges publics situés à l'intérieur d'un même périmètre de transports urbains.  »

Dans les annexes de la loi :

« S'agissant de la carte scolaire, les études montrent que les assouplissements de la sectorisation ont accru les difficultés des établissements les plus fragiles. Le retour à une sectorisation ou à d'autres modalités de régulation favorisant la mixité scolaire et sociale devra être examiné, expérimenté et mis en œuvre. […] Pour instituer un lien civique entre tous les membres de la communauté éducative, il convient de prévenir au sein de l'école toutes les formes de discrimination et de favoriser la mixité sociale et l'égalité entre les femmes et les hommes.  »

[2] Le « Café pédagogique » du 10 novembre 2015 : « Mixité sociale : Le ministère expérimente »

« La ministre affirme d'ailleurs que "pour les bons élèves la mixité sociale ne fait pas perdre de niveau. Au contraire les études montrent que le fait d'être avec des moins bons et de les aider les aide à s'approprier les connaissances". Une opinion qui n'est pas partagée par C Moisan directrice de la DEPP pour qui "il n'y a pas d'étude affirmative des retombées positives de la mixité pour les élèves très favorisés" . »

Une semaine après cet article, Catherine Moisan a quitté la direction de la DEPP.

[3] Rapport de l'IGEN (juin 2013) : « Conséquences des mesures d’assouplissement de la carte scolaire après 2007 ».

« […] dans la plupart des cas, les transferts d’élèves autorisés par les dérogations ont plus souvent renforcé des déséquilibres préexistants ou en ont créé de nouveaux .  »

A lire également, ces préconisations pessimistes :

«  Fût-il souhaitable, le retour au statu quo ante n’est plus possible, car il apparaîtrait pour beaucoup de familles, qu’elles se soient ou non saisies de la « liberté » nouvelle qui leur était annoncée, comme une régression inexplicable. En outre, de l’avis de la mission, le retour pur et simple à une application stricte de la carte scolaire ne contribuerait en rien à l’amélioration de la situation des collèges en difficulté ni à un meilleur équilibre social des établissements.  »

[4] « Le Point » du 11 avril 2013 : « Le grand retour de la carte scolaire »  :

« Depuis 2007, il y a eu près de 630 000 demandes de dérogations déposées et près de 440 000 accordées, précise le ministère, soit en moyenne 73 000 dérogations obtenues chaque année pour 105 000 demandes. Ces chiffres concernent "pour un peu moins de deux tiers l'entrée en sixième et pour un gros tiers l'entrée en seconde". Les dérogations accordées représentent environ 7,5% des élèves scolarisés. Parmi les demandes de dérogation, moins de 2% concernent un handicap, les bourses sociales "n'ont jamais dépassé 10%", tandis que les "parcours particuliers", officiellement fondés sur des considérations pédagogiques, "représentent à la rentrée 2011 près de 19% des demandes", indique la Rue de Grenelle. »

[5] « Libération » du 1er mars 2015 : « Mixité sociale : une carte scolaire dure à rebattre  ».

«  Pleine d’ambition, deux semaines après les attentats, la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, annonçait la main sur le cœur qu’elle allait remettre de la mixité sociale dans les établissements scolaires. Les écoles ghettos, c’est ter-mi-né.  »

« Le Monde » du 17 mars 2015 : « Carte scolaire : ce qu’on peut attendre des annonces du gouvernement »

[6] « Le Café pédagogique » du 11 mars 2015 : « Carte scolaire : Un comité scientifique est nommé »

« N. Vallaud-Belkacem a annoncé le 9 mars la nomination d'un comité scientifique chargé d'accompagner le ministère dans la définition de la nouvelle carte scolaire. Celle-ci doit permettre de lutter contre la ségrégation scolaire en proposant de nouveaux secteurs de recrutement pour les collèges. »

[12] Ministère de l'Éducation nationale, « Renforcer la mixité sociale dans les collèges » (décembre 2015). Discours de Najat Vallaud-Belkacem :

«  Loin des débats théoriques et des postures datées sur la sectorisation, je souhaite impulser des initiatives fédérant la communauté éducative à l’échelle de territoires pilotes, pour imaginer les solutions concrètes qui pourront ensuite être déployées sur le territoire national. La possibilité ouverte par la loi de refondation de l’École de créer des secteurs multicollèges sera ainsi explorée sans dogmatisme, en veillant à associer pleinement les représentants des enseignants et personnels, les parents d’élèves et l’enseignement privé sous contrat si c’est pertinent.  »

[15] Le « Café pédagogique » du 10 novembre 2015 : « Mixité sociale : Le ministère expérimente »

[18] « La Croix » du 9 mai 2016 : « Mixité sociale à l’école, le match public-privé »

« En clair, s’il accueille globalement des élèves issus de milieux plus favorisés (avec une surreprésentation d’enfants de cadres, de chefs d’entreprise et de personnes exerçant une profession libérale), l’enseignement privé, très largement dominé par l’enseignement catholique, offre malgré tout un plus grand brassage social que le public. Celui-ci se caractérise plus souvent par des établissements scolarisant des enfants issus, dans une forte proportion, d’un même milieu, qu’il soit ou non défavorisé. »

Voir sur le forum.

[19] Selon RERS 2016, les collèges publics accueillent 20% de catégories les plus favorisées et 40% les plus favorisées. Les collèges privés accueillent eux respectivement 37,3% et 18,8%. Une considération qui ne tient évidemment pas compte du niveau scolaire des élèves.

[20] « Café pédagogique » du 11 mai 2016 : « L’enseignement privé : obstacle à la mixité sociale »

« Sur les années 2002-2012, le recrutement social du secteur public est resté stable alors que le secteur privé a connu un mouvement de déprolétarisation (24% des élèves sont d'origine populaire en 2002, seulement 20% en 2012). Sur la même période, le secteur privé s'embourgeoise : la part des enfants des catégories aisées passe de 30 à 36% de 2002 à 2012 […] L'exigence de réussite scolaire incite les établissements privés à inscrire plus facilement des élèves d'origine aisée dont le niveau de compétences scolaires est en moyenne supérieure afin de s'assurer d'un avantage dans la comparaison avec le secteur public […] Dans les débats sur l'éducation, les collèges populaires focalisent l'ensemble des discours et des politiques éducatives alors que la concentration spatiale croissante des élèves d'origine aisée dans les collèges au recrutement aisé, situation caractéristique du secteur privé, constitue un obstacle majeur à l'efficacité et l'équité de l'école française. […] La proportion d'élèves faibles est de 33 % dans les collèges de l'éducation prioritaire, 18 % dans les collèges publics hors éducation prioritaire, et seulement de 9 % dans les collèges privés ! Quant à la proportion des élèves moyens et bons, elle est de 34% dans les collèges de l'éducation prioritaire et de 66 % dans les collèges privés. »

[25] Source non officielle indiquée par Marie-Caroline Missir, directrice de la rédaction à « L’Étudiant ».

[26] Thomas Piketty sur son blog du 31 août 2016 : « Le gouvernement souhaite-t-il vraiment la mixité sociale ? »

Pour les abonnés du « Monde », voire aussi : « Thomas Piketty : « La ségrégation sociale dans les collèges atteint des sommets inacceptables » »

Voir également « Le Point » du 26 novembre 2015 : "Najat Vallaud-Belkacem veut-elle vraiment lutter contre la ségrégation scolaire ?", entretien avec Laurent Tramoni (SNES).

[29] Le CNESCO distingue nettement les deux ségrégations.

[30] « France TV » du 10 novembre 2015 : « Mixité sociale au collège : trois conditions pour que cela fonctionne »

« Quand ils entrent au collège, les élèves n'ont pas d'a priori sur leurs camarades, estime Valérie Marty, la présidente de la PEEP, "mais les parents, eux, sont inquiets, et veulent éviter le climat instable qui empêcherait leurs enfants d'apprendre dans de bonnes conditions. »

[31] Nathalie Mons (CNESCO), Quel enseignement pour nos enfants ? (2016)

«  De façon générale, les élèves issus de milieux très aisés, souvent bons élèves, sont quasiment absents d’un nombre non négligeable d’établissements. Ainsi, 10% des élèves de 3ème ont moins de 5% d’élèves de catégories sociales très favorisées (CSP) dans leur niveau d’enseignement. Ils côtoient également seulement moins de 6% d’élèves qui se situent dans les 25% meilleurs au Brevet en 3ème. À l’autre bout de l’échelle sociale, l’entre-soi apparaît aussi de mise dans les milieux très aisés : 5% des élèves de 3ème sont dans des établissements qui accueillent au moins 60% de CSP très favorisées et 43% d’élèves parmi les 25% meilleurs élèves au Brevet .  »

[32] Méthodologie

La carte respecte au plus près l’emplacement géographique des collèges dans la capitale et la surface est proportionnelle à la taille de chaque collège. Nous n’avons pas indiqué les noms des collèges : il s’agit en effet d’observer un phénomène, la ségrégation scolaire, et non de comparer ou de classer des collèges particuliers.

Selon la méthodologie suivie par le CNESCO en 2015 (et en l'absence d'autre indice permettait des comparaisons fiables), le niveau scolaire des collèges est extrapolé à partir des résultats de l'examen du brevet en troisième, avec les limites que cela suppose (la part de réussite propre à chaque établissement, par exemple).

En raison de l’homogénéité des résultats (et des taux de réussite record au brevet) est difficile d’évaluer le niveau scolaire d’un établissement à partir du seul d’échec au brevet : nous proposons donc un indicateur qui prenne en compte le taux de non-admis et le taux d’admis avec mention.

A titre d’exemple, en 2015, 23% des élèves ont été admis avec mention (+23 points) et 51% non admis (-51 points) dans le collège le plus faible de l’académie, soit un score total de -28 points. Inversement, tous les élèves ont été admis, dont 99% avec mention, soit un score total de +99 points, dans le collège le plus fort. L’écart entre ces deux collèges est donc maximum : 127 points.

Nous avons également calculé l’indicateur moyen de chaque arrondissement, pour comparer le niveau scolaire des collèges à leur environnement. La moyenne d'arrondissement est calculée à partir des résultats de l'ensemble des élèves scolarisés dans l'arrondissement (et non y résidant, malheureusement).

On peut d'ailleurs appliquer une méthodologie similaire pour étudier la ségrégation sociale en soustrayant la part des catégories socio-professionnelles défavorisées de celle des catégories favorisées et très favorisées (avec les chiffres de la rentrée 2016 fournis par la DEPP) :

LVM segregation sociale paris

[33] « Marianne » du 6 décembre 2016 : « Ecole : fronde contre la mixité sociale dans le 18e arrondissement de Paris ». Voir aussi les tribunes suivantes.

[34] « Libé » du 3 janvier 2017 : « Collèges publics, collèges privés : pour un brassage social » et « Ségrégation scolaire : comment en sortir ? »

Les graphiques suivants sont de Julien Grenet (CNRS), membre du comité scientifique ministériel et auteur du rapport « Renforcer la mixité sociale dans les collèges parisiens - Le dispositif des secteurs multi-collèges » (22 juin 2016) pour la direction des affaires scolaires de la Ville de Paris.

On notera par exemple que la composition sociale détaillée des collèges voisins n'est pas indiquée :

Voilà plutôt ce qu'il aurait fallu indiquer :

[35] « Le Figaro » (abonnés) du 21 janvier 2017 : « Quand le ministère de l'Éducation nationale recrée des classes bilangues »

«  Il faut sauver les projets de mixité sociale à Paris et calmer la grogne des parents. Le rectorat n'a pas hésité à lâcher du lest pour les six collèges (situés dans les XVIIe, XVIIIe et XIXe arrondissements) qui vont devoir, l'an prochain, élargir leur recrutement pour mélanger davantage les enfants les plus pauvres avec les plus aisés. La mairie, volontaire pour appliquer cette initiative ministérielle, se félicite d'avoir «bien négocié», en présentant son «panier de la mariée». Elle a obtenu un poste de conseiller principal d'éducation, des classes à 25 élèves, des dotations multipliées par quatre pour les sorties, des sections sportives, des classes médias, des langues vivantes, allemand, italien, comme s'il en pleuvait. Et même des classes bilangues anglais-chinois et anglais-allemand !  »