L'intelligence artificielle (IA) et l'école

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24 Jul 2025 22:27 #25473 par Loys
Sur le blog "Dans les algorithmes" de Hubert Guillaud du 01/07 deux billets : "IA et éducation".

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28 Jul 2025 17:40 - 28 Jul 2025 17:40 #25474 par Loys
Dernière édition: 28 Jul 2025 17:40 par Loys.

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25 Aoû 2025 23:31 - 25 Aoû 2025 23:32 #25475 par Loys
Dans "Le Monde" (abonnés) du 18/08/25 : "L’IA, mes étudiants et moi : « Le semestre passé constitue la pire expérience de ma vie d’enseignant »"

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26 Aoû 2025 23:14 - 25 Nov 2025 11:18 #25476 par Loys
Seriné depuis des années, le refrain infantilisant de "l'accompagnement des professeurs" atteint son point culminant...

Sur "Brut" du 26/08/25 juste avant la rentrée Elisabeth Borne, ministre de l'EN : 

"Je pense qu'on va proposer aux professeurs une intelligence artificielle pour les accompagner dans leur métier et notamment qui peut à la fois leur permettre de préparer leurs cours - évidemment, à la fin, c'est le professeur qui doit finaliser son cours - mais leur débroussailler le travail si je puis dire - et puis aussi permettre - et il y a des outils qui vont dans ce sens - de mieux comprendre ce qu'un élève a compris et ce qu'il n'a pas compris, et ce que sont ses blocages. Je pense qu'on peut en faire un vrai levier pour faciliter l'apprentissage. Après, il faut que chacun soit conscient que c'est un peu comme un cerveau auxiliaire, ça dispense pas de faire marcher son cerveau, ça ne dispense pas d'avoir à apprendre à raisonner, d'apprendre à réfléchir et pour ça il faut aussi avoir des connaissances. Donc c'est simplement un outil qu'on doit savoir bien utiliser."

www.youtube.com/shorts/n2ZKd5MzbjI

PS L'étrange paradoxe : qui a besoin de réfléchir, de raisonner et d'apprendre s'il dispose d'"un cerveau auxiliaire" ?

Dans "Le Monde" du 29/08/25 cette tribune de Maxime Abolgassemi : "Assimiler l’IA à de la triche dessert l’enseignement et enferme chacun dans un jeu de rôle désespérant"  

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Une tribune qui se prétend équilibrée en renvoyant les uns (les élèves) et les autres (les professeurs) chacun à ses responsabilités ("enferme chacun dans un jeu de rôle désespérant"). En réalité le reproche d'"assimiler l'IA à de la triche" ne s'adresse qu'aux professeurs. De fait, si le recours à l'IA pour ne pas faire son travail n'est pas de la fraude, en quoi serait-ce "désespérant" de la part des élèves ?

Et, justement, comme l’a bien montré le déficit douloureux des cours en distanciel pendant le confinement de 2020, rien ne remplace la présence.

Il faut ici se pincer. Et relire, peut-être, ce qu'écrivait M. Abolgassemi au début du confinement, en 2020, à propos de la "chance" que constituait la continuité pédagogique à distance :

On verra bien ce que nous inventerons, ou pas, avec nos envies et nos contraintes, sur la longueur, que l’on ne connaît pas. Mais ces cours en confinement reconfigurent en profondeur la disposition mentale de nos pratiques pédagogiques, ouvrant de nouvelles perspectives.

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03 Sep 2025 22:16 - 06 Sep 2025 01:21 #25495 par Loys
Dernière édition: 06 Sep 2025 01:21 par archeboc. Raison: dans le texte, la marque d'édition de citation [s] est comprise comme une balise HTML

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05 Sep 2025 18:23 - 26 Sep 2025 22:34 #25496 par Loys
Dans le "Café pédagogique" du 5/09/25 : "Le chantier IA de l'École" par Jean-Michel Lebaut.

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26 Sep 2025 22:34 - 13 Oct 2025 20:59 #25508 par Loys
Dans "Le Monde" (abonnés) du 16/09/25, cette tribune de Philippe Meirieu : "« Avec l’IA, c’est le modèle politique de notre école qui est en jeu »".

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13 Oct 2025 20:59 - 13 Oct 2025 21:50 #25517 par Loys
Dans "Le Monde" (abonnés) du 12/10/25 : "ChatGPT à l’école : entre tabou et encouragement, le dialogue compliqué entre professeurs et élèves"

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A savoir : Bertille Rouillon est engagée dans une projet de thèse depuis le 01/09/25 : "Comment aligner une intelligence artificielle ? Pour une nouvelle épistémologie des risques de l'IA".

Comment faire évoluer le système scolaire dans un monde où la machine peut désormais répondre aux questions à la place des élèves ?

Réjouissons-nous d'un système scolaire dans lequel les élèves n'auraient plus besoin ni d'apprendre ni de rédiger.

Les engouements technologiques sont de tels naufrages de la pensée scolaire...
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04 Nov 2025 17:12 - 08 Nov 2025 23:10 #25531 par Loys
Dans "Le Monde" (abonnés) du 17/10/25 : "« Je reprends les tournures de phrase qui ne sont pas naturelles » : les étudiants repassent derrière les IA pour humaniser leurs copies"

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Dans "The Conversation" du 3/11/25 :  "Face à l’IA, l’enseignant ne doit pas se transformer en chasseur de fraudes, mais repenser sa pédagogie"

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25 Nov 2025 10:40 - 25 Nov 2025 16:08 #25537 par Loys
Dans "Le Monde" du 24/11/25 : "En s’adaptant à l’IA, l’école peut conserver son rôle irremplaçable"

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Quelques commentaires s'imposent...

En s’adaptant à l’IA, l’école peut conserver son rôle irremplaçable
C’est un fait, les élèves utilisent les outils de l’intelligence artificielle générative.

L'implicite de ce titre est que le rôle de l'école est remplaçable si elle ne s'adapte pas à l'IA. Avec la première phrase de l'article, une énième injonction à l'adaptation, ou le modèle éducatif doit - une fois encore - s'adapter l'outil technologique, ce qui en dit long sur ce qu'on appelle "outil".

Contrairement à Internet lors de son invention – autre grand moment de panique morale –, l’IA ne se contente pas de faciliter l’accès à des ressources documentaires infinies, ce qui avait fait craindre, à l’époque, la mise au rebut du professeur.

Une "panique morale" renvoient à des craintes ridicules (même si dans la phrase suivante l'article indique que "l’IA menace non seulement de remplacer l’enseignant, mais aussi l’élève lui-même").

La vérité que l'accès à des ressources documentaires infinies (ajoutons : et confuses et inadaptées à des élèves voire douteuses) n'a jamais fait craindre "la mise au rebut du professeur". De tels ressources ne sont pas différentes (en moins bien...) que des manuels scolaires.

Si Wikipédia avait déjà ringardisé le premier et que l’IA met en cause la place du second, à quoi bon poursuivre cette aventure collective à la fois coûteuse et difficile qu’est l’école ?

Wikipédia n'a jamais "ringardisé" les professeurs : sinon, les élèves pourraient déjà se dispenser d'eux...

Pour sortir de l’impasse réflexive induite par ce vertige technologique, le système scolaire pourrait commencer par briser le non-dit, et espérer quitter « l’imaginaire pirate », pour reprendre l’expression du professeur et écrivain Maxime Abolgassemi. C’est un fait, au-delà d’un certain âge, les élèves utilisent l’IA. Accepter cette donnée comme incontournable, c’est réfléchir plus efficacement à la manière de se réinventer. Ainsi, une partie des enseignants de lycée ont-ils déjà cessé de donner du travail à la maison.

Rappelons que ne pas faire son travail et le faire faire par une machine  ne serait pas de la fraude, selon M. Abolgassemi : une curieuse lucidité et un curieux pragamatisme.

Le même M. Abolgassemi voyait dans la continuité pédagogique pendant le confinement pandémique "une chance"...

Mais l’IA révèle un problème presque ontologique, qui tient à la structure du système : comme l’a expliqué au Monde le sociologue Bernard Lahire, la scolarité est tout entière tendue vers la note et le classement, avec Parcoursup en point d’orgue. Les élèves comprennent que leur intérêt est d’abord d’avoir une bonne note et sont tentés de recourir à l’IA pour maximiser leurs chances.

Comme d'habitude, une promesse technologique qui est l'occasion d'un procès de l'école. Mais l'enseignement est ici réduit à son but (enfin tel qu'il apparaît aux élèves et à leurs parents : le classement social). Mais pour les enseignants, le but est bien plus élevé : l'émancipation. 

De toute façon, c'est le moins le but de l'apprentissage qui est remis en cause par l'IA que ses modalités. C'est donc se tromper de débat.

Se débarrasser de la « piraterie » implique donc de réfléchir à d’autres façons d’évaluer. La discussion et, surtout, l’exposé oral, que la réforme du lycée a tenté de réintégrer sans grand succès dans le cursus scolaire, tiennent là une occasion inespérée de revenir dans le jeu.

Curieusement, le classement scolaire n'est plus remis en cause ici. 

"Se débarrasser" de la piraterie revient à refuser de la penser : curieux pragmatisme.

Pour le reste, les modalités d'évaluation présentées ici sont assez pauvres : évaluer un exposé oral aux seules qualités formelles de l'oral est très limité (en plus d'être injuste socialement : lire Bourdieu sur l'oral), comme si on jugeait une copie à la qualité de sa calligraphie.

"Le Monde" devrait se pencher sur le naufrage du grand oral dans la réforme du baccalauréat 2021, ou même de l'oral de français au bac. Il est par ailleurs assez naïf de penser que l'oral ne peut subir les mêmes révolutions IA que l'écrit...

Il se trouve par ailleurs que l’IA est très bonne pour corriger l’écrit. Dans un devoir qui lui est soumis, sous réserve de lui avoir fourni des consignes bien pensées (le « prompt »), elle est capable de repérer en quelques secondes les problèmes de transition, les exemples trop peu nombreux, le vocabulaire répétitif. Pourquoi les professeurs n’en profiteraient-ils pas pour pratiquer la double notation, où l’on évalue deux fois le même devoir (sur table) pour prendre en compte les progrès ? Cette pratique, jusqu’alors peu usitée car très chronophage pour le correcteur, est redoutablement efficace car l’élève améliore son propre travail, dans une opération cognitive reconnue par les spécialistes comme parmi les meilleurs moyens de fixer des connaissances.

Sans aucune logique, on passe ici de l'IA utilisée par les élèves (pour ne pas faire leur travail) - oubliée par l'article - à celle qui devrait être utilisée par les professeurs (pour mieux faire leur travail). Une utilisation effrayante d'ailleurs, puisque les professeurs, dispensés de corriger, ne connaîtraient plus leurs élèves et leurs difficultés. On note quand même que les éléments relevés sont pauvres (problèmes de transition, exemples trop peu nombreux, vocabulaire répétitif).

Au reste, en quoi une telle correction a-t-elle un sens si les élèves eux-mêmes peuvent obtenir ces conseils ? Ou de façon plus amusante : si l'IA leur premet de fournir un "travail" qui n'a pas besoin de correction ?

Car "C’est un fait, les élèves utilisent les outils de l’intelligence artificielle générative." 

En classe, les enseignants sont déjà nombreux à intégrer l’IA. Puisqu’elle sait si bien faire un plan en trois parties, qu’elle le fasse.

Nous avons montré qu'elle ne sait pas le faire. Voir notre "dialogue avec un fou" sur le sujet de dissertation 2024 au bac

La classe corrige ensemble la proposition de la machine, une manière d’entrer dans la méthodologie de la dissertation.

Il faudrait savoir ; la machine sait "si bien faire un plan" qu'il faut le corriger ? 

Chez les spécialistes, le « principe de réversibilité » est la notion à la mode : apprendre aux élèves à utiliser l’IA, d’accord, mais seulement pour faire des choses qu’ils ont déjà appris à décomposer et dont ils maîtrisent les étapes. C’est en outre le seul moyen de s’assurer qu’ils sauront repérer les erreurs, les biais et les « hallucinations », autrement dit les fausses informations que la machine présente comme réelles.


Non : le seul moyen de repérer les hallucinations en français par exemple, c'est d'avoir lu attentivement les oeuvres...

On note que l'IA est présentée comme vertueuse pour ses défauts !

L’une des compétences utiles du monde qui vient étant sans doute la maîtrise de l’IA en situation professionnelle, les élèves devront savoir prendre du recul et faire la différence entre les opérations cognitives qu’ils peuvent lui déléguer, et celles qu’ils doivent conserver en propre.

Nouvel argument avec cette pétition de principe : les élèves ont besoin de l'IA parce qu'ils auront besoin de l'IA. Ou plus exactement ils auront besoin de savoir quand s'en servir et quand s'en dispenser : une question qui n'est en revanche pas posée... pour la fraude scolaire (cet "imaginaire pirate" ou cette "panique morale" qui n'a pourtant rien d'imaginaire puisque la fraude scolaire est bien observée dans les colonnes même du "Monde").

Personnalisation

On répondra que seuls ceux qui souhaitent progresser utiliseront l’IA de façon constructive, accentuant le fossé entre les plus motivés et ceux qui préfèrent contourner l’effort. Mais ce fossé n’existe-t-il pas déjà ?

Difficile de suivre ici mais avec un aveu amusant : l'IA, en permettant de contourner l'effort, creuse les écarts entre les élèves. Davantage d'IA en classe creusera moins les écarts !

Certains enseignants ont déjà commencé à tirer profit de l’IA pour adapter plus vite les supports d’enseignement.

Logique toujours difficile à suivre ; les écarts sont maintenant mis sur le dos des enseignants réfractaires à l'IA...

C’est là que se loge sans doute l’angoisse collective la plus profonde. En poussant cette logique de personnalisation des apprentissages, on imagine un monde dystopique où chaque élève est face à son robot précepteur, dans une scolarité où l’on n’apprendrait plus ensemble, mais les uns à côté des autres. Comme l’écrit le pédagogue Philippe Meirieu, céder à cette idée terrifiante reviendrait à oublier que l’école n’est pas seulement un lieu où l’on apprend, mais où l’on devient un groupe en apprenant les mêmes choses, où l’on fait société dans l’interlocution, entre élèves et enseignant.

L'enchaînement logique continue de laisser perplexe avec ce propos aussi grandiloquent que creux, où l'on comprend que l'important pour l'école n'est pas d'être le lieu où l'on apprend : voilà ce qui est plutôt l'idée terrifiante, dans un renoncement pédagogique entamé par nos plus grands penseurs de l'école depuis des décennies, avec le succès que l'on observe. Au passage, après avoir fait le procès de la compétition scolaire, on s'aperçoit que l'IA en serait le meilleur vecteur...

Dans cette entreprise-là, une figure centrale n’a jamais été ringardisée par les différentes étapes d’externalisation de la mémoire des hommes – depuis l’invention de l’écriture jusqu’à ChatGPT –, c’est le professeur. Sa voix et sa personne accompagnent le cheminement de l’apprentissage, une entreprise si longue et difficile que l’on peut comprendre les élèves tentés d’en alléger un peu la charge en demandant des réponses à l’IA. C’est le professeur qui leur apprendra que maîtriser un stock de faits n’a pas grand intérêt.

Confirmation donc puisque savoir ("maîtriser un stock de faits") n'a pas grand intérêt. Car il est évident que l'on peut penser sans savoir !

Ce qui compte, c’est de savoir poser les bonnes questions, assises sur les bonnes connaissances, à une machine dont le stock est, lui, infini.

Il suffit donc de "savoir poser les bonnes questions", les "prompts" : voilà qui devrait permettre de diminuer amplement la place de l'école !

... Même si, prudent, l'article ajoute qu'il faut quand même des "connaissances", et de "bonnes". Allez comprendre.

Un article qu'il sera amusant de relire dans quelques années.
 
Dernière édition: 25 Nov 2025 16:08 par Loys.

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