La merveilleuse école du bout du monde

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Il était une fois un merveilleux petit pays du nord de l’Europe, où tous les élèves étaient connectés et n’avaient plus besoin d’apprendre à écrire, où les élèves suivaient nonchalamment leurs cours en chaussettes, ne redoublaient jamais, n'étaient pas évalués et réussissaient tous à l’école…

Avec la dernière livraison de PISA, on pouvait espérer la fin de ce conte de Noël perpétuel : enfin la Finlande, dont l’étoile, dans les comparaisons internationales, pâlit quelque peu face aux soleils levants d’extrême Orient, cesserait enfin d’être donnée en exemple à notre modèle éducatif. Mais non : il faudrait pour cela admettre la supériorité de modèles élitistes où l’élève n’est pas au centre du système et où la compétition scolaire fait rage !

Voilà pourquoi nos pédagogues éclairés et bienveillants continuent, comme avant, d’aller chercher en Finlande, ce pays de cocagne éducatif d’autant plus merveilleux qu’il est lointain, ce qui convient aux réformes que l’on voudrait imposer en France. Certains se sont ainsi réjoui (malheureusement un peu trop vite) de la « bonne nouvelle » de l’abandon de l’écriture manuscrite au pays des mille lacs. D’autres, comme la présidente du Conseil national de l’évaluation de notre système éducatif, s’ébaudissent encore et toujours de l’absence d’évaluation dans un pays qui serait « complètement en tête du palmarès de PISA » (sic)[1].

Non seulement ce n'est pas le cas mais il y aurait, avec les derniers indicateurs internationaux à notre disposition, bien d’autres vérités bonnes à dire à propos de ce petit eldorado éducatif.

 

Le petit monde finlandais

Les 12,2 millions d’élèves français représentent à eux seuls plusieurs fois la population totale de la Finlande (5,4 millions d’habitants), moins peuplée que certaines régions françaises. Ajoutons que la population française est plus jeune que la population finlandaise (18,2% de moins de 15 ans contre 16,4%).

L’homogénéité de la population finlandaise contraste de manière saisissante avec la diversité de la population française : en 2000, à l’occasion de la première livraison de PISA, 2,6% seulement des habitants en Finlande étaient nés à l’étranger… contre 10,3% en France. De fait, dans PISA 2012, 3,3% des élèves finlandais étaient immigrés contre 14,7% des élèves français, soit quatre fois moins[2]. Autant d'élèves (et c'est tout à l'honneur de notre école) qu'il faut accompagner davantage, puisque, en plus de la difficulté de la langue, ils sont issus en grande majorité de milieux socio-professionnels peu qualifiés.

Autre caractéristique nationale importante : le finnois. La lecture et l’écriture de cette langue à la graphie parfaitement transparente (28 graphèmes pour 28 phonèmes) s’apprennent avec beaucoup de facilité pour un finnophone et, si sa syntaxe est complexe avec ses nombreuses déclinaisons, la simplicité de son système de dérivation permet aux élèves de comprendre facilement des termes qu’ils n’ont jamais rencontrés[3]. Pour se convaincre de cet avantage linguistique, il suffit d'observer les résultats paradoxaux des élèves suédophones en Finlande (environ 5% de la population), sensiblement plus faibles lors même qu’ils appartiennent – ce qui contredit les modèles de PISA dans tous les pays – aux classes sociales les plus favorisées !

Comme le souligne Franck Ramus, docteur en sciences cognitives :

Le finnois a une orthographe totalement transparente, ce qui fait du décodage un jeu d'enfant totalement régulier, et qui contribue à rendre l'acquisition de la lecture l'affaire de quelques mois, quand cela prend des années en anglais ou en français. Une fois la lecture acquise, c'est autant de temps à consacrer aux autres apprentissages.

De fait la plupart des petits Finlandais apprennent à lire avant d'entrer à l'école. Celle-ci n’est obligatoire qu’à partir de sept ans (même si en pratique les petits Finlandais entrent tous en préélémentaire à six ans). La question de la scolarisation des enfants avant trois ans ne préoccupe pas les autorités finlandaises : le taux de scolarisation des 4-5 ans en 2012 n’est que de 55% (99% en France).

Autre détail amusant : les vacances d’été en Finlande comptent parmi les plus longues d’Europe.

Enfin plus étonnant : il n’existe pratiquement pas d’écoles privées en Finlande. Telle est la confiance des Finlandais dans leur école publique : « Si vous permettez l’existence de l’école privée, vous ne pouvez garantir l’égalité des chances, principe qui tient à cœur aux Finlandais et qui sous-tend tout notre système d’éducation » estime un cadre du ministère de l’éducation finlandais[4].

Ceux qui aiment à fustiger la France « championne des inégalités » scolaires oublient souvent ce détail cruel.

 

La Finlande, PISA regina ?

On ne peut que s’étonner de l’importance accordée à PISA dans les comparaisons internationales. Grâce à PISA, c’est en effet le système scolaire finlandais dans son ensemble qui est célébré alors que précisément PISA n’évalue que des élèves sortant du premier cycle du secondaire et à partir de compétences précisément non scolaires.

En 2000, le premier classement de PISA, pour peu qu’on lui accorde du crédit, a consacré la Finlande comme l’un des meilleurs systèmes éducatifs, juste derrière le Japon et la Corée. Depuis, les nouveaux entrants asiatiques (Shanghai, Singapour, Hong-Kong, Taipei) ont largement détrôné notre petit champion européen, qui a même perdu, en douze ans, un peu plus de points que la France. L’écart continue d'exister avec la France, mais celui avec Shanghai, désormais en tête, est deux fois plus important.

Autre particularité : les élèves finlandais sont habitués à être évalués par grilles de compétences. Et, comme le fait remarquer un inspecteur général français, en Finlande « les programmes sont conçus pour être pragmatiques, utiles “pour la vie”. Les savoirs- faire et connaissances au programme, de l’école au lycée, sont rarement abordés de façon abstraite. » Bref, tout à fait dans l’esprit... des évaluations PISA qui s’intéressent aux compétences nécessaires « pour participer pleinement à la vie en société »[5] !

Rappelons que les trois domaines d’évaluation de PISA restent très limités pour mesurer la réussite scolaire. La preuve avec l'exemple du déclin des mathématiques dans le second cycle du supérieur : les exigences à l'équivalent de notre baccalauréat ont d'ailleurs été diminuées, comme le déplorent des enseignants finlandais eux-mêmes :

« Les professeurs de mathématiques dans les universités et les écoles polytechniques s’inquiètent du fait que les connaissances mathématiques de nouveaux étudiants ont baissé de façon spectaculaire. […] L’enquête PISA n’a mesuré que des connaissances mathématiques de la vie de tous les jours, ce qui pourrait être appelé – et l’est explicitement dans la version en anglais du rapport de l’enquête – la littératie mathématique. Il ne fait aucun doute que des compétences mathématiques de la vie de tous les jours sont utiles mais en aucun cas elles ne suffisent. Une raison de la baisse des exigences à l’examen de matriculation et au début des études universitaires est indéniablement la faiblesse des bases acquises dans l’école fondamentale. »[6]

Et ces mêmes enseignants de se montrer parfaitement lucides sur ce système d’évaluation borgne qu’est PISA.

« Il faut envisager la possibilité que la première place dans l’enquête PISA soit une victoire à la Pyrrhus. »[7]

 

Un effort national d’éducation

Les efforts éducatifs de la Finlande et de la France sont généralement considérés comme équivalents, avec des dépenses comparables (6,5% du PIB pour la Finlande contre 6,1% du PIB pour la France en 2011).

Mais si l’on rapporte ces dépenses au produit intérieur brut par habitant, de façon à mesurer plus justement l'effort national, elles sont supérieures en Finlande de 10% dans le primaire et de 18% dans le premier cycle du secondaire (le collège). En valeur brute les dépenses annuelles des établissements d’enseignement par élève sont supérieures de 18% en Finlande dans le primaire et de 30% dans le premier cycle du secondaire[8].

Mieux encore : malgré des résultats excellents dans PISA 2000, l’effort finlandais a été accentué depuis 2000, avec une augmentation de 14,6% des dépenses. En France, malgré des premiers résultats moyens et décevants, les dépenses ont baissé de 3,6%[9].

On le voit : en Finlande, on ne lésine pas sur les moyens de la réussite éducative.

En France, les adeptes des nouvelles pédagogies comme les ennemis de l’école publique s’appuient sur le mythe d’une école finlandaise plus économique[10] les uns pour arguer de la nécessité de réformes uniquement pédagogiques (id est à moyens constants), les autres pour obtenir de nouvelles coupes sombres dans les dépenses d'éducation.

 

Des conditions d’enseignement idéales

La taille des classes en Finlande laisse rêveur : dix-neuf élèves dans le primaire ou vingt élèves par classe dans le premier cycle du secondaire, soit respectivement trois et cinq élèves de moins par classe qu'en France[11].

Mais il y a mieux : les taux d’encadrement. Pour une école élémentaire de taille moyenne (cinq classes et 120 élèves), il y a un peu moins de neuf professeurs en Finlande et un peu plus de six professeurs en France. Pour un collège moyen de 500 élèves c'est pire : 55 professeurs en Finlande, 32 professeurs en France ![12] C’est effectivement un autre monde !

Beaucoup moins d’élèves et beaucoup plus d’enseignants : voilà qui permet de dédoubler les classes, de faire intervenir dans la classe un second enseignant, de donner des cours particuliers. Toutes choses qui s’inscrivent dans un enseignement qui s’est donné les moyens de pouvoir être véritablement personnalisé en cas de nécessité. « À l’école primaire, pour chaque classe il y a trois ou quatre maîtres différents » explique Rémy Jost. Le soutien permet une réelle prévention.

« En 2008-2009, un tiers des élèves avait été impliqué dans une de ces deux formes de remédiation et de rattrapages. Cet enseignement spécial n’est pas stigmatisé ni stigmatisant car d’abord il est très efficace et permet de terminer son cursus, ensuite, beaucoup d’étudiants passent par cet itinéraire scolaire et enfin, la détection est réalisée très tôt, au niveau de l’enseignement primaire, ce qui a pour effet de permettre aux étudiants de retourner rapidement dans le système normal. »[13]

On comprend mieux – effectivement – pourquoi le redoublement a pu être supprimé en Finlande. En France, faute de moyens, rien n’est réellement prévu pour le remplacer.

 

Des enseignants valorisés

La plupart des enseignants finlandais sont bivalents et recrutés localement par les communes et les directeurs d’école. Ils ne sont pas inspectés et jouissent d’une grande liberté pédagogique. Selon une responsable finlandaise « ils se sentent donc très valorisés. Et non surveillés, comme c’est malheureusement le cas dans certains pays. »[14]

Les salaires des enseignants finlandais sont attractifs : en début de carrière 18% de plus en primaire et 22% de plus dans le premier cycle du secondaire[15]. Certes, en toute fin de carrière, les salaires français à l’échelon maximal dépassent les salaires finlandais, mais cet échelon maximal est atteint en vingt ans en Finlande contre vingt-neuf ans en France ! D’une manière générale les salaires finlandais sont beaucoup plus proches de ce que gagnent les autres actifs diplômés de l’enseignement tertiaire, quand en France l’écart est criant[16].

Mieux encore : non seulement les enseignants gagnent plus mais ils travaillent moins. Après quinze ans d’exercice le salaire horaire est ainsi supérieur en Finlande de 60% dans le primaire et de 40% dans le premier cycle de secondaire[17]. Les salaires ont d’ailleurs été revalorisés de 16% dans le primaire et de 8% dans le premier cycle du secondaire entre 2000 et 2011 : en France, sur la même période, ils ont baissé de 10%[18].

Ajoutons que l’entrée dans le métier est moins douloureuse : les enseignants du secondaire ne sont pas affectés dans des académies lointaines : en effet, les principales zones métropolitaines finlandaises sont concentrées sur une centaine de kilomètres autour d’Helsinki, sur la côte méridionale.

Résultat : d'après Rémy Jost, près de la moitié des étudiants à l’université se destinent à l’enseignement. Selon une conseillère auprès du ministère de l’Education de Finlande, le statut de l’enseignant en Finlande est très privilégié : « l’an dernier, 7 000 jeunes ont demandé à être formés pour devenir enseignants, pour seulement 700 places. Seuls les très bons » y arrivent. »[19]

On est loin de la crise des vocations en France, pays où les malheureux enseignants qui acceptent d’entrer dans le métier servent ensuite de boucs émissaires perpétuels à nos bienveillants médias.

 

Une pédagogie plutôt conservatrice

On présente souvent l’école finlandaise comme un modèle de constructivisme et de renouvellement de la pédagogie[20]. Il semblerait pourtant qu'on y considère les expérimentations pédagogiques du voisin suédois avec sévérité : il est vrai que la Suède a connu une chute vertigineuse de ses résultats entre PISA 2000 et 2012.

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Des témoignages confirment d'ailleurs que la Finlande n’est pas si novatrice qu'on veut bien nous le faire croire. En mathématiques par exemple :

« La pédagogie en classe de mathématiques se résume à exposer rapidement et de façon magistrale le cours, puis à passer à des exercices d’application ou de résolution de problèmes. Le professeur donne sans s’attarder des méthodes ou des formules : peu de temps est consacré à des activités de découverte ; les définitions sont rares, ainsi que les démonstrations de cours. Par exemple on énonce le théorème de Pythagore, puis on prend du temps pour en donner des applications. »[21]

Il y a peu de devoirs à la maison et peu de contrôles. Seule véritable concession à la modernité éducative : un système d’évaluation révolutionnaire dans le secondaire.

« L’élève ne passe un contrôle en classe que s’il se sent prêt. S’il ne se sent pas prêt, il le dit, et le professeur lui propose d’en passer un semblable à la séance suivante. Aucune remontrance ne lui est faite. Il n’y a pas d’esprit de compétition, ni d’élitisme. Les élèves ne sont jamais classés. Aucune note n’est donnée pendant les trois premières années d’école primaire, ensuite l’élève est noté sur 10 : en fait la note la plus basse est 4 ; c’est la seule note qui indique un niveau non satisfaisant. »

Curieux système d'évaluation qui suppose donc que les mauvaises notes, humiliantes et stigmatisantes, sont le seul fait du professeur : l'élève ne peut  par principe – complètement échouer et les mauvaises notes disparaissent comme par enchantement (jusqu'au réveil brutal de la fin du premier cycle du secondaire). Il est bien sûr impossible qu'un élève puisse n'avoir prêté qu'une faible attention en cours, n'avoir pas recopié son cours, n'avoir pas fait son travail ou n'avoir pas appris du tout ses leçons. Ainsi, sans rien faire, un élève finlandais n'est jamais qu'à un point de la moyenne symbolique !

En vérité, au lycée par exemple, le poids de la note est tel qu’une nouvelle moyenne s’est imposée dans les esprits... autour de 7/10 ! Au fond l’échelle de notation n’a fait qu’être déplacée : telle est la réalité qu'elle rattrape toujours l'idéologie.

 

Un système élitiste ?

« Le principe général d’égalité des chances, inscrit dans la constitution finlandaise, est très fortement ancré dans la population. L’esprit d’élitisme n’est pas de mise. »

Cette réflexion de Rémy Jost ne laisse pas de surprendre : en quoi l’école française, du primaire au premier cycle du secondaire, serait-elle plus élitiste ? La seule sélection qui existe en France s’opère à l’issue du premier cycle du secondaire, comme en Finlande. Et cette sélection est beaucoup plus rude en Finlande : les élèves sont sélectionnés à partir des résultats de leur dernière année, voire sur examen, par les lycées généraux : 30% des élèves finlandais seulement suivent le second cycle du secondaire dans la voie générale, contre 56% des élèves en France[22].

Au lycée, dont le parcours est plus libre qu’en France puisqu’il n’y a plus de classes mais des modules d’enseignement dont une partie est choisie par les élèves (souvent selon une stratégie pour le passage dans le supérieur), les élèves doivent valider les deux tiers de leurs modules pour se présenter à l’examen de matriculation. Les universités soumettent ensuite les bacheliers à un examen d’entrée : dans les universités de renom un candidat sur trois seulement est reçu.

« Dans ce pays, un système de numerus clausus est de surcroît prévu dans l’enseignement tertiaire, ce qui limite l’accès à ce niveau d’enseignement. Les diplômés de la filière générale du deuxième cycle de l’enseignement secondaire peuvent avoir à attendre deux ou trois ans avant d’obtenir une place à l’université ou en polytechnique. »[23]

Comme le dit Pedro Cordoba :

« Pris dans son ensemble, le système éducatif est donc bien plus malthusien qu’on n’imagine : la politique scolaire et universitaire ferme d’une main ce qu’elle donnait de l’autre. »[24]

Ce qui permet de relativiser cet élitisme apparent, c’est peut-être l’absence de mépris pour la voie professionnelle.

 

Des élèves bienheureux ?

L’image de l’élève finlandais heureux au sein d’une école chaleureuse et accueillante s’est imposée dans l’imaginaire français, avec l'heureux concours de certains de nos médias[25], un bonheur d'ailleurs symbolisé par de simples chaussettes.

Pourtant, lorsqu’on consulte les résultats de l’enquête qui accompagne les derniers tests PISA, on obtient quelques surprises : 73% des élèves finlandais de 15 ans se disent satisfaits de leur école (contre 81% des élèves français) ; seuls 67% des élèves finlandais de 15 ans disent se sentir bien à l’école (contre 80% des élèves français) ; pire encore : 51% estiment que tout se passe très bien dans leur école (contre 80% des élèves français). En moyenne, les élèves français ont ainsi un plus grand sentiment d’appartenance à leur école. Une conseillère finlandaise auprès du ministère de l’Education le concède :

« Un autre élément nous a paru renversant dans l'enquête PISA. Lorsqu'on demande aux étudiants s'ils se sentent bien à l'école, les jeunes disent que non, et dans une forte proportion. La Finlande se classait parmi les derniers, au 60e rang sur 65 pays, pour cette question. »[26]

De fait on a constaté combien la sélection pouvait y être brutale. L’entrée à l’université peut prendre plusieurs années. Il n’y a pas de redoublement en Finlande mais – à cause de la possibilité de faire une dixième année à l’issue de l’école fondamentale ou de faire son lycée en quatre ans au lieu de trois – l’âge moyen pour obtenir l'équivalent de notre baccalauréat est de deux ans plus élevé en Finlande qu’en France ![27]

Mais peu importe : pour Nathalie Mons, experte de l'OCDE pour l'enquête PISA 2006 mais surtout présidente du Conseil national de l’évaluation du système éducatif, le sentiment d'appartenance des élèves à l'école en France est corrélé avec nos mauvaises performances. Il faut donc tout changer dans le fonctionnement de notre école et s'inspirer d'une Finlande imaginaire. On le voit : l'évaluation du système éducatif français est entre de bonnes mains ![28]

Dernière considération étonnante : le taux de suicide des adolescents, presque trois fois plus élevé. Il est de 13 adolescents de 15-19 ans sur 100 000 en Finlande contre seulement 4,7 en France. Des pays voisins de la Finlande, comme la Suède (6,8) ou la Lituanie (4,5), ont des taux bien plus proches de ceux de la France[29].

Heureusement, un enseignement moral ou religieux est dispensé aux élèves, du primaire jusqu'au lycée !

 

Tous Finlandais ?

Le système éducatif finlandais est effectivement enviable par certains aspects, qu'on oublie curieusement de rappeler, beaucoup moins par d’autres, tout autant oubliés. Bref, un bien étrange modèle, en somme.

Certes quelques petits points d’avance dans le classement PISA… Mais la Finlande ferait-elle aussi bien avec une langue plus complexe, des dépenses d'éducation plus faibles, beaucoup plus d’élèves par classe, des classes beaucoup plus nombreuses, beaucoup plus d’enfants issus d'une immigration peu qualifiée, une sélection moins sévère à l’entrée au lycée, des professeurs moins bien traités, etc. ? Elle devrait plutôt s'inquiéter d'avoir des résultats si peu différents des nôtres et c'est d'ailleurs ce qu'elle fait depuis peu : la dernière livraison de PISA, décevante, a suscité un certain émoi en Finlande.

Le système éducatif français fait naufrage, difficile d’en douter. Mais néanmoins les résultats médiocres qui sont les siens dans les évaluations internationales, compte tenu de ses handicaps, doivent plutôt forcer notre admiration.

Nous n’avons pas à rougir de notre école française, si mal en point qu’elle soit. À vrai dire remercions plutôt ceux qui la font encore tenir debout.

@loysbonod

Article édité le 28 décembre 2014.


[1] Nathalie Mons dans « Ce soir ou jamais » du 5 décembre 2014 sur « France 2 » du 5 décembre 2014.

[3] Voir cet article détaillé de Taksin Nuoret : « Pourquoi le finnois donne-t-il de meilleurs résultats au PISA? » (30 octobre 2013) :

« Les étudiants finlandais finnophones obtiennent de meilleurs résultats à l'enquête PISA que les étudiants finlandais suédophones, et ce contre tous pronostics liés aux facteurs socioéconomiques. Ceci est un signal fort que la langue joue un rôle plus important que ce que la plupart des commentateurs suggèrent. Des travaux scientifiques ont montré que la langue a une influence sur différents aspects de l'apprentissage. Les trois articles cités ci-dessus montrent que le finnois a plusieurs caractéristiques qui favorisent l'apprentissage. Citons parmi ces caractéristiques: une orthographe transparente, une structure syllabique simple, une morphologie (dérivationnelle) très riche. »

[4] « Éducation : la Finlande première de classe ! » par Mauricio Segura dans « L’Actualité » du 10 avril 2014.

[6] « The PISA survey tells only a partial truth of Finnish children's mathematical skills » par un collectif d’universitaires finlandais sur « Matematiikkalehti Solmu » du 31 août 2005.

[7] « Severe shortcomings in Finnish mathematics skills » par un collectif d’universitaires finlandais sur « Matematiikkalehti Solmu » du 23 septembre 2005.

[8] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, « Dépenses (publiques et privées) au titre des établissements d’enseignement en pourcentage du PIB, selon le niveau d’enseignement (2011) »

[9] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, « Variation 2000-2011 des dépenses au titre des établissements d’enseignement en pourcentage du PIB, tous niveaux d’enseignement confondus »

[10] « SOS Education s’adonne à la caricature pour demander le soutien de ses adhérents » dans « Savoirs & connaissances » « SOS Education » fournit en effet des chiffres totalement fantaisistes :

« Selon l'OCDE, des pays plus performants que nous dépensent beaucoup moins pour leur école. La Corée et la Finlande, qui raflent les meilleures places dans toutes les matières, dépensent respectivement 20% et 6% de moins que la France, par élève et par an. »

[11] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, D2.2 « Taille des classes » (p. 468)

 

Primaire

1er cycle du secondaire

Finlande

19,4

20,2

France

22,7

25

 

[12] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, D2.3 « Nombre d’élèves par enseignant dans les établissements d’enseignement, selon le niveau d’enseignement (2012) » (p. 471)

 

Pré-primaire

Primaire

1er cycle du secondaire

Finlande

10,62

13,56

8,92

France

21,86

18,94

15,46

Conclusion : il y a en France 40% d’élèves en plus par enseignant dans le primaire et 73% dans le premier cycle du secondaire.

[13] Bruno Sedran, « Enseignement : PISA et le mirage finlandais » sur « CEPPECS » du 30 septembre 2012.

[14] « Éducation : la Finlande première de classe ! » dans « L’Actualité » du 10 avril 2014.

[15] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, D3.2. « Salaire des enseignants du premier cycle du secondaire à différentes étapes de leur carrière (2012) » (p. 482)

[16] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, D3.1 « Salaire des enseignants par comparaison avec les revenus d’autres actifs occupés âgés de 25 à 64 ans diplômés de l’enseignement tertiaire (2012) » (p. 478)

[17] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, D3.3. « Comparaison du salaire statutaire des enseignants (2012) » (p. 495)

[18] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, D3.3. « Évolution du salaire des enseignants du premier cycle du secondaire (2000, 2005, 2012) » (p. 485)

[20] Paul Robert, La Finlande, un modèle éducatif pour la France - Les secrets d'une réussite (2007). A lire ce compte rendu des Cahiers pédagogiques en 2008, pour qui « il y a un incontestable intérêt à aller voir du côté d’Helsinki » et de « l'exemple finlandais ». A lire également cette tribune de Paul Robert, principal de collège : « L’EDUCATION EN FINLANDE : les secrets d’une étonnante réussite » (2006).

A noter que :

a) Paul Robert affirme que « le ratio entre les deux voies d'orientation ets à peu près similaire à celui qui existe en France (55% vers des études générales et 37% vers des études professionnelles », ce qui contredit les chiffres de l'OCDE (cf infra).

b) Il affirme que « l'orientation n'est pas imposée » tout en reconnaissant que « l'inscription dans les lycées généraux est sélective » !

c) Il constate bien que « la Finlande concentre son effort financier sur l'école fondamentale, et particulièrement sur le premier cycle du secondaire » (juste avant les test PISA) mais conclut que « la recette du succès n'est pas dans une augmentation massive des dépenses d'éducation » !

d) Paul Robert soutient que la Finlande a « une approche constructiviste de l'apprentissage » mais son affirmation ne vaut pas enquête : « Tout au long de ma visite je n'ai pas assisté à un seul cours magistral » et contredit le témoignage de Rémy Jost.

c) Il affirme qu'en Finlande tout est fait (contrairement à la France) pour que l'enfant se sente à l'école comme chez lui : « Aussi, tous les élèves avec qui j'ai pu échanger disent-ils aimer leur école ». Ce n'est pourtant pas le sentiment des élèves finlandais en général, si l'on en croit l'enquête PISA (cf supra) !

[21] « À la découverte de l’école en Finlande » (2007) par Rémy Jost, inspecteur général en mathématiques, Activités mathématiques et scientifiques, n°62, IREM de Strasbourg, pp 47-77.

[22] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, Tableau C1.3. « Répartition des effectifs scolarisés dans le deuxième cycle du secondaire ou l’enseignement post-secondaire non tertiaire (2012) » (p. 331)

[23] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, p. 61.

[24] « La Finlande au tableau noir » par Pedro Cordoba sur son blog « Expertisons les experts ! » du 23 février 2013. Voir aussi « La finlandisation de la Finlande » du 29 novembre 2012.

[26] Najat Ouakrim-Soivio, chercheuse et conseillère sur les questions d'éducation auprès du ministère de l'Éducation et de la Culture dans « Un mystère éducatif en Finlande » dans « Le Soleil » du 30 mars 2014. A noter que, s'agissant du sentiment d'appartenance à l'école, l’enquête PISA est en grande partie faussée par une erreur méthodologique monumentale : voir notre article « PISA : à l’école comme chez moi » du 11 janvier 2014.

[27] OCDE, Regards sur l’éducation 2014, Tableau A2.2 « Âge moyen d’obtention du diplôme du second cycle du secondaire ». Dans la voie générale : 17,4 ans en France contre 19,4 en Finlande. Dans la voie professionnelle : 20 ans contre 28,5 ans.

[28] Voir notre article « PISA : à l’école comme chez moi » du 11 janvier 2014.

[29] World Health Organization Regional Office for Europe, European Detailed Mortality Database (2014)

Chiffres actualisés le 16 novembre 2017 :

20171116 tauxsuicideOMS