Analyse d'une expérimentation dans la voie professionnelle

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A la suite de la conférence de consensus sur l’évaluation qui se déroula du 8 au 12 décembre 2014, François Hollande trancha.

Alors qu'on lui demande s'il compte « supprimer les notes à l'école », le président de la République répond on ne peut plus clairement : « Non. C'est important d'être évalué. Quand on fait un travail, il doit être suivi d'une appréciation, et pas toujours négative, sinon c'est décourageant. La note est aussi nécessaire pour informer la famille. Mais elle doit être expliquée et accompagnée d'un encouragement. »1

Cruelle déception sans doute pour les partisans du « sans-note » et donc de l’évaluation par compétences − ça va de pair en France −, que ce soit exprimé en points de couleurs (points Lomer), en ceintures ou en smileys, qui bataillent pour faire imposer leurs pratiques.

Souvent, ils arguent que la mauvaise note est humiliante… Admettons. Mais il en va de même avec toute forme d’évaluation si elle est négative : les élèves ne sont pas sots, ils savent additionner les points rouges ou les points verts s’ils veulent se comparer.

À l’heure où les TV abondent de jeux où l’on note les candidats, ce qui témoigne des goûts du public, il serait étonnant que seule l’école puisse s’exonérer de cet esprit de compétition qui habite la société.

Posons les choses d’emblée : personnellement, les notes ne m’intéressent guère. Seuls comptent les progrès des élèves. Qu’on évalue avec des lettres comme aux États-Unis ou avec des notes, peu me chaut.

De même, toutes les critiques faites aux notes me semblent admissibles. Les travaux sur la docimologie menés dans les années 1990 en témoignent à raison.

Seule question qui vaille en tant que pédagogue pragmatique et soucieux d’efficacité : l’évaluation par compétences s’avère-t-elle plus féconde qu’une évaluation par notes ?

Autrement dit : cela aide-t-il les élèves à comprendre leurs difficultés et à les pallier ? Cela parle-t-il aux parents soucieux des acquis scolaires de leurs enfants ? Cela améliore-t-il la geste pédagogique en termes d’efficacité ?

Et force est de constater que dans les disciplines que je maîtrise, rien n’est moins sûr. Et sans préjuger de celles que je ne connais pas, j’écoute mes collègues, et je constate le même scepticisme très répandu. Euphémisme.

Pourquoi ? Car la formalisation des compétences pose un gros problème : soit, on se retrouve avec un éventail d’infinitifs succincts et qui laissent coi ; soit, on constate un émiettement en sous-compétences qui ne rend jamais compte de la globalité, surtout dans les matières « littéraires », celles que je connais le plus.

Cela étant, le pouvoir a tranché en 2014-2015 : les notes perdureront au baccalauréat, et avant aussi, au libre choix des professeurs. Au grand dam sans doute des partisans des compétences qui abondent dans la hiérarchie intermédiaire de l’Éducation Nationale et rêvent de voir leur système imposé à tous…

Bloquée à la grande porte…

… l'évaluation par compétences s’immisce par la petite. Exemple à suivre.

Dans cinq académies : Dijon, Besançon, Rennes, Lille, Amiens, il a été décidé de mener une expérimentation de trois ans concernant l’orientation des élèves de Bac pro en STS…

L’enjeu est tout à fait louable, et il m’agrée : faciliter la poursuite d’études des élèves de Bac Pro en STS.

Depuis la réforme du Bac pro 2009 qui a réduit le temps de la formation professionnelle de 4 à 3 ans, le Bac pro est de moins en moins un diplôme visant l’intégration professionnelle directe : les compétences professionnelles sont plus fragiles qu’auparavant. Nombre d’élèves ne se sentent pas assez aguerris pour rentrer directement dans le monde du travail. De sorte que le CAP ou le BP par alternance sont devenus des poursuites d’études post-Bac Pro pour nombre d’élèves ! Il s’agit pour eux de gagner en expérience technique et professionnelle pour mieux intégrer le monde du travail.

S’ajoute le fait que la diminution du redoublement amène au Bac Pro des élèves qui ne sont parfois pas encore majeurs et se sentent trop fragiles – à raison - pour s’insérer directement dans la vie professionnelle.

S’ajoute aussi la réalité du monde du travail et du marché de l’emploi qui fait souvent peau de chagrin dans certains secteurs d’activité.

Bref, la poursuite d’études en STS est en hausse constante pour les élèves de Bac Pro… C’est pourquoi des quotas ont été instaurés par filières, fixés par les autorités rectorales. S’il s’agit de faire de la discrimination positive, afin de permettre à davantage d’élèves de Bac Pro d’intégrer des STS, cela me sied évidemment ; d’autant qu’il semblerait que certaines commissions de choix des candidats en STS renâclent un peu à accueillir des élèves de LP.

D’où une nouvelle procédure expérimentée dans les cinq académies précédemment citées. Expérimentation évolutive sur trois ans.

Auparavant, les professeurs de STS classaient les dossiers transmis via APB, afin de hiérarchiser les candidats en fonction de leurs dossiers scolaires, des CV et des lettres de motivation, tous les élèves issus de Bac Professionnel, de Bac Technologique ou de Bac Général étant confondus. Les dossiers incluaient des notes par disciplines et des appréciations qualitatives (niveau, investissement, travail) qui étaient précieuses pour les commissions de choix.

Désormais, les enseignants de STS n’ont plus la main sur les élèves de Bac Pro : ce sont les professeurs de LP qui émettent un avis favorable ou pas d’avis sur leurs élèves. C’est un peu cavalier pour les enseignants de STS, mais pourquoi pas, à condition de bien connaître les attendus en BTS ?

Bref, si les profs de Bac Pro sont FAVORABLES à la poursuite d'études en STS, les candidats sont retenus s'ils rentrent dans le quota de places réservées aux élèves de Bac Pro…

Au passage, ce quota fixé arbitrairement par le Rectorat, en fonction de l’existant à l’année n peut poser questions… En effet, le nombre de candidatures en BTS à l’année n-1 ou à l’année n+1 n’est pas forcément le même, de sorte que ledit quota peut être un coup de pouce autant qu’un frein à la poursuite d’études des élèves de LP en STS… Lorsque le quota est atteint, pourquoi regarder davantage les candidatures d’autres élèves de Bac Pro, alors qu’elles ont peut-être de l’intérêt ? Bref, la discrimination positive a aussi ses effets pervers…

Une grille expérimentale de compétences pour entrer en BTS

Le quota par filière étant fixé, il convient de hiérarchiser/classer/ordonner les candidatures d’élèves de Bac Pro, surtout si leur nombre excède ledit quota…

On aurait pu prendre en compte les notes des bulletins, en les pondérant par un coefficient le cas échéant, en fonction de la STS visée, et en intégrant une valeur chiffrée sur le profil de l’élève (son investissement, son assiduité, son projet professionnel…). Mais c'eût été trop facile…

C'est plus drôle de passer par une grille de compétences qui ressemble beaucoup à celles du LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique), puisqu’elle s’inscrit dans sa lignée…

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Bref, les professeurs de LP oublient leurs notes de l’année, et ils sont priés de ne se prononcer qu’en termes de compétences plus ou moins vaseuses, et tous ensemble, dans la joie et la bonne humeur du travail collaboratif… Car il s’agit de compétences interdisciplinaires, peu ou prou transversales, qui s’évaluent donc collégialement, à l’aide de la « fiche profil individuel de compétences » ci-dessous.

Précision : ceci ne concerne que les académies de Dijon et Besançon, les trois autres académies concernées par cette expérimentation faisant leur soupe dans leur coin ! D’ailleurs, on aimerait savoir comment…

Les compétences interdisciplinaires et d’orientation sont déjà actées. Les compétences professionnelles sont encore en cours d’écriture. Des IEN et IPR phosphorent vaillamment à leur élaboration, en fonction des STS visés… Bon courage !

Pourquoi six compétences professionnelles et non quatre ou cinq ou huit ou dix, d’ailleurs ? Nul ne le sait… Gageons que ce soit arbitraire. Et que les IEN-IPR concernés se débrouillent avec ! Du formalisme a priori !

Au demeurant, il est inutile de trop se fatiguer à fixer ces six compétences professionnelles, car elles ne représentent que 40% de 30% du chiffre final, c’est-à-dire du pipi de chat !…

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En effet, le but de cette évaluation par compétences est d’aboutir à une valeur chiffrée, puisque c’est un logiciel qui hiérarchisera les candidatures ! Donc il faut fournir du chiffre au logiciel… Pas de l’appréciation qualitative, mais du chiffre ! Un logiciel, c’est bête… Ça traite du chiffre, faisant fi des appréciations qualitatives des enseignants mais aussi d’autres informations utiles qui apparaissent dans APB : CV du candidat et lettre de motivation.

Lorsque les commissions de choix en STS examinent et classent les dossiers de candidatures, elles sont attentives au projet professionnel et aux informations personnelles fournies par le candidat via son CV et sa lettre de motivation. Ainsi, un candidat au parcours atypique peut être retenu au regard de ces informations.

Avec cette procédure expérimentale, ce ne sera plus le cas : la cohérence du parcours professionnel sera appréciée par une valeur numérique en fonction du tableau de pondération ci-dessous. Et ceci comptera pour 60% des 30% du volet 3 !

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Ce tableau de pondération est certes susceptible de bouger via des corrections. Et le fonctionnement final de l’algorithme n’est pas encore très clair : ledit tableau pondère de 0 à 2, en fonction de la cohérence (avec les couleurs rouges et vertes qui rappellent les points Lomer), alors que la « fiche profil individuel de compétences » retient des valeurs de 1 à 4.

Mais un élève de Bac Pro « accueil-relations client et usagers » est écarté par le logiciel du BTS « banque, conseiller de clientèle », alors qu’il a ses chances en BTS « management des unités commerciales » ou en BTS « tourisme ». C’est comme ça, a priori, sans examen humain de la candidature. Bienveillance ou pas ?!

Le diable est dans les détails

Faisons le point : cette expérimentation ne tient pas compte des notes et des moyennes obtenues au cours des trois ans du Bac pro, mais demande d’évaluer par compétences. Sauf que lesdites compétences se verront elles-mêmes traduites en valeur chiffrée, pour nourrir le logiciel, et avec des pondérations discutables !

Quelle merveilleuse usine à gaz !!! On bannit la note pour aboutir à du chiffre… Ubu-roi se goberge à l’Éducation nationale !

Penchons-nous sur les compétences interdisciplinaires qui comptent pour 50% du chiffre final que le logiciel va traiter.

Lesdites compétences ressemblent étrangement à celles du LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique, de l’école primaire au collège). En effet, elles s’inscrivent dans sa lignée. Sauf que ce sont peu ou prou les mêmes compétences aux intitulés très élastiques et aporétiques !

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Rions un peu…

Si l’élève à sa sortie du collège a validé la compétence « L'élève s'exprime à l'écrit pour raconter, décrire, expliquer ou argumenter de façon claire et organisée », est-il déjà mûr pour le BTS ou pas ?

Quelle est la différence entre ladite compétence issue du « Socle commun de connaissances, de compétences et de culture » et la compétence « s’exprimer à l’écrit pour raconter, décrire, expliquer, argumenter de façon claire et organisée » attendue pour candidater en STS ?

Cette comparaison témoigne du flou des compétences, de l’imprécision des seuils de compétences… Qu’est-ce qui distingue le niveau d’un élève de troisième de celui d’un élève de terminale Bac Pro, selon le langage des compétences ?!

Le même travail de comparaison pointilleuse peut se faire pour les autres compétences plutôt « littéraires » quoique interdisciplinaires, comme pour celles des mathématiques et des sciences.

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Les énoncés des compétences sont si vaseux qu’ils embrassent tout et rien, dixerunt mes collègues professeurs de mathématiques et sciences…

Pour un professeur consciencieux, comment se prononcer sur une échelle de 1 à 4 sur des énoncés aussi flous ? Sachant en outre que ça engage l’avenir des élèves, donc que c’est crucial !

Ceci témoigne de l’absurdité, voire de l’indécence de compétences trop générales : elles ne sont guère évaluables car trop problématiques, évasives dans toutes les disciplines.

Regardons en Lettres :

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- « S'exprimer à l'écrit pour raconter, décrire, expliquer, argumenter de façon claire et organisée », c’est tellement vaste que ça se réduit difficilement à un chiffre de 1 à 4 ! Argumenter dans le cadre d’une dissertation ou pour justifier son goût pour les bananes ?

- « Lire des énoncés, des textes et des documents textes » : Martine à la plage ou un extrait de L’Éthique de Spinoza ?

- « Lire des énoncés » puis « Comprendre un énoncé », comme si l’acte de lire était indépendant de l’acte de comprendre !

Regardons en mathématiques :

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- « Utiliser les représentations et les méthodes propres aux mathématiques. » Ça veut tout dire et ne rien dire, de la banale addition à la résolution d’équations du second degré…

- « Interpréter un énoncé, produire une réponse, élaborer une synthèse en réponse à un problème. » Quel joyeux fourre-tout !

Regardons les « compétences d’organisation » :

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- « Mémoriser et mobiliser des connaissances »… Quel élève n’en est pas capable dans l’absolu ?! Le fait-il toujours ? Il s’agit là d’une autre question, qui n’est pas posée…

- « Engager en autonomie une résolution complexe », c’est-à-dire ?!…

Les « compétences pour construire un parcours d’orientation réussie » comptent pour 20% du chiffre final : on sent la patte des tenants de l’orientation par compétences, mais qui ne l’évaluent pas, évidemment.

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- « Comprendre le monde économique et professionnel »… C’est vaste !

- « Engager des démarches personnelles »… Lesquelles ?

- « S’adapter à un environnement »… Ça doit parler des PFMP, autrement dit des stages en entreprises… Certains se passent bien, d’autres moins, parfois en fonction des élèves, parfois en fonction des entreprises et des tuteurs de stage… Faut-il pénaliser un élève car il est tombé dans une entreprise peu accueillante ?

- « Produire une lettre pour solliciter une entreprise »… Rions un peu… Dans ma filière, les élèves se rendent directement dans les entreprises pour trouver un stage… C’est comme ça. Dois-je les pénaliser car ils ne rédigent aucune lettre ? Ou dois-je les avantager en imaginant que le résultat serait le même s’ils produisaient une lettre ? On touche là aux ambiguïtés du langage des compétences : peut-il le faire ? Oui, peut-être… Le fait-il ?… Non. Alors, comment évalue-t-on ?!

Bref, l’ensemble des professeurs d’une classe de LP est sommé de se prononcer sur ces compétences vaseuses et aporétiques.

Comme cela engage l’avenir des élèves, ça interroge vraiment les enseignants consciencieux…

Soucieux de ne pénaliser personne sans trop s'engager, on peut gager que nombre de professeurs se prononceront à 3 sur nombre d’items de cette « fiche profil individuel de compétences » qui vont de 1 à 4.

De sorte qu’il risque d’y avoir beaucoup de ex-æquo….

La solution pour départager les ex-æquo

Comment faire, puisque le but est de classer ?

Dans leur sagesse, les édiles qui ont pondu cette grille de compétences y ont songé… Et ils ont pallié le souci en proposant de réintroduire la moyenne générale des bulletins des élèves en cours de formation, ladite moyenne étant affectée d’un faible coefficient !

Bref, résumons :

1. Dans le cadre ce de cette expérimentation concernant l’orientation des élèves de Bac pro en STS, les notes obtenues par les élèves en cours de formation sont négligées.

2. On évalue par des compétences tombées du ciel, ou plutôt des intenses cogitations de l’inspection.

3. Lesdites compétences sont traduites en un chiffre global, nécessaire pour nourrir un logiciel.

4. Pour discriminer les ex-æquo, on réintroduit pour une portion congrue les notes des enseignants.

5. Tout ceci alimente un logiciel qui classe à l’aide de chiffres, sans tenir compte des appréciations qualitatives des enseignants.

Ce qui se traduit pour les professeurs de LP par un travail redoublé. En effet, les élèves qui n’auront pas obtenu l’avis FAVORABLE comme ceux l’ayant obtenu candidateront toujours via APB, donc il conviendra de continuer à renseigner APB. Les élèves de LP ayant obtenu l’avis FAVORABLE seront classés via la « fiche profil individuel de compétences », par compétences et notes en cas d’ex-æquo !

En ce qui concerne les professeurs de STS, ils continueront à classer les candidatures des élèves issus du Bac Général ou du Bac Technologique, ainsi que les candidats de Bac Pro venant d’autres académies… En tenant compte aussi des candidats de Bac Pro qui n’auraient pas obtenu l’avis FAVORABLE dans le cadre de la procédure d’orientation expérimentale !

Mais ils ont intérêt à regarder aussi les candidatures de Bac Pro ayant eu l’avis FAVORABLE : en effet, ceux-ci peuvent être mal classés par le logiciel, donc hors quota, tout en présentant un profil intéressant pour les enseignants de STS !

Deux cas de figures se présentent alors :

- Soit le taux de pression sur une STS est fort. Auquel cas, le quota d’élèves de Bac pro est rempli. Ce qui ne préjuge pas du fait que les commissions de choix en STS choisissent aussi des candidats de Bac pro, hors quota, mais sans avis FAVORABLE, ou avec avis FAVORABLE mais mal classés par rapport au quota.

- Soit le taux de pression sur une STS est faible, et ceux qui sont en charge d’APB et de l’orientation bougeront les lignes de façon à remplir les sections avec des élèves de Bac Pro hors quota, s’il y a des candidats !

Bref, on perd un peu son latin avec cette usine à gaz !

Une révolution ? Non, mais une évolution… à marche forcée

Parlons franchement : la discrimination positive via des quotas minimaux pour permettre à davantage d’élèves de LP de poursuivre des études en STS, j’y suis tout à fait favorable. Il eut suffi pour le Rectorat ou les services chargés de l’orientation de s’assurer que les commissions de choix de dossiers en BTS respectent lesdits quotas, voire les outrepasse.

Nul besoin de cette « « fiche profil individuel de compétences », d’autant que le traitement informatique des données ne permet pas l’analyse qualitative des dossiers de candidature que les commissions de choix pratiquent, ce qui peut porter préjudice à des candidats aux profils atypiques mais intéressants.

Qu’est-ce que cette expérimentation et sa « fiche profil individuel de compétences » changera en terme de volume d’élèves de Bac Pro orientés en BTS ? Pas grand-chose en termes de résultats attendus, de l’aveu même des IEN-IPR en charge de cette usine à gaz.

Notons au passage que cette « fiche profil individuel de compétences » et le mode de calcul lié au tri des candidatures dans le cadre de cette procédure expérimentale d’orientation s’apparente tout à fait à la procédure AFFELNET qui concerne l’orientation en fin de troisième, entre le collège et le lycée : on retrouve en effet le même type de compétences transversales à évaluer collégialement, affectées d’un gros coefficient, tandis que les notes par discipline, affectées d’un faible coefficient, sont utilisées pour discriminer finement.

Que ce soit avec AFFELNET, APB ou cette procédure expérimentale des académies de Dijon et Besançon, il s’agit toujours de  classer et hiérarchiser les candidatures.

Ce tri peut se faire, comme cela se pratique déjà, à l’aide des dossiers scolaires des élèves, en y ajoutant une lettre de motivation, souvent précieuse.

Alors, pourquoi introduire cette « fiche profil individuel de compétences » déclinée en termes de compétences interdisciplinaires ou transversales vaseuses ?

Parce que l’évaluation par compétences, c’est le dada de l’échelon intermédiaire, à savoir nombre d’inspecteurs, à défaut des professeurs…

Ainsi, en LP, la pression est forte dans de nombreuses régions (Alsace, Centre) pour passer à l’évaluation par compétences, aussi vaseuses ou aporétiques soient-elles…

Qu’importe le fait que le Président de la République ait réaffirmé la liberté pédagogique d’évaluer avec ou sans note, les échelons intermédiaires de l’Éducation nationale font le forcing pour imposer l’évaluation par compétences.

Qu’importe aussi le fait que ladite évaluation par compétences pose réellement des problèmes de conscience, des soucis d’évaluation, d’échelles ou de seuils d’appréciation…

Bref, boudée à la grande porte, l’évaluation par compétence revient par la petite…

Jean-Christophe

Jean-Christophe (alias JCP) est professeur de lettres/histoire-géographie en lycée professionnel.

A lire également : "La pédagogie Nutella" (avril 2015)


[1] "Europe 1", "Le Lab politique" du 23 janvier 2015 : "François Hollande ne veut pas supprimer les notes à l'école"François Hollande ne veut pas supprimer les notes à l'école"