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L'orthographe à l'école
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"Nous sommes dans l'école inclusive et en effet nous ne sommes pas professeurs de français aussi il ne nous appartient pas de sanctionner une orthographe hasardeuse même si toutefois il faut valoriser une copie à la très bonne expression" ( Source : Twitter )
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La volonté du ministre ne fait pas réagir que les linguistes. En juin 2023, l'IFOP mène ainsi une enquête auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus : "Les Français et leur niveau en orthographe". Les conclusions sont évidemment iconoclastes :« Il y a que la France qui fait des dictées ! C’est une sorte de délire national » ✍️ @neveux_julie , membre du collectif « Les Linguistes atterrées », remet les points sur les i chez #Quotidien (source)
Le "pessimisme" des Français peut s'appuyer sur autre chose qu'une enquête à la méthodologie hasardeuse (comme nous allons le voir) : les études nationales de la DEPP qui évaluent le niveau en orthographe à un même niveau scolaire à intervalles réguliers.Riche en enseignements, cette étude montre que le niveau des Français en orthographe se révèle bien moins satisfaisant que dans leurs perceptions : une courte majorité d’entre eux et moins d’un jeune sur deux obtiennent en effet une note « assez bonne » à notre dictée. Pourtant, les Français perçoivent l’orthographe comme un puissant marqueur social, vecteur de stigmatisation, aussi bien dans les sphères professionnelle et scolaire qu’intime. Notons également que l’étude met en exergue un fort pessimisme des Français : ils sont nombreux à considérer que le niveau en orthographe baisse au fil des années et que le système scolaire n’est pas assez performant sur cette thématique.
Quelques points curieux dans cette "étude" :
- Elle conclut (hâtivement) à une maîtrise très relative de l'orthographe par "les Français" (sic) sans - selon sa propre méthodologie ! - constater une dégradation sidérante de cette maîtrise au fil des générations : quasiment du simple au double entre les plus âgés (78% des 65 ans et plus ; 41% des 15-24 ans).
- La génération le plus âgée n'aurait qu'à 78% une maîtrise "convenable" ou plus. Mais l'outil ("la dictée IFOP" singeant une dictée scolaire) pour mesurer cette maîtrise est parfaitement ridicule. Il ne s'agit d'abord pas d'une dictée, et l'évaluation repose sur vingt phrases dont l'orthographe est chaque fois jugée correcte ou pas : or évaluer un écrit, ce n'est pas écrire. L'échantillon est, du reste, faible et donc le choix des phrases crucial donc pour déterminer ce qui relève du "convenable" ou pas. Des fautes graves sont ainsi mises sur le même plan que des fautes anecdotiques (ne pas connaître le pluriel de merci, confondre différend et différent, ne pas savoir accorder le verbe pronominal se faire suivi d'un infinitif), l'orthographe grammaticale est mise sur le même plan que l'orhographe lexicale. Aucune dictée ne fait ça. Bref, cette "note moyenne des Français" décrétée par l'IFOP n'a aucune valeur scientifique...
- Le correcteur orthographique est présenté, au même titre que les cours de français, comme une solution pour ne pas faire de fautes d'orthographe. Un peu comme si les petites roues d'apprentissage étaient présentées comme une solution pour rouler en vélo. Chose étonnante : cette solution est surtout prônée, selon l'enquête, par ceux qui ne maîtrisent pas l'orthographe.
- Les Français seraient sensibles à l'orthographe (93% en écrivant, 88% en lisant) mais un Français sur quatre estime que son orthographe a déjà été un handicap. Ces deux aspects ne se contredisent pas, et même le second point peut expliquer le premier.
- Est d'ailleurs considéré comme un "handicap" le fait de "perdre du temps" à vérifier l'orthographe. "Vous vous êtes éloigné.e d’une personne que vous appréciiez à cause de son niveau d’orthographe" : irréprochable ou insuffisante ? Dans le second cas, "le handicap" est assez problématique...
- Sur le "ressenti" (sic) de la baisse du niveau d'orthographe au fil des années, "un ressenti néanmoins moins partagé par les jeunes". Et pour cause puisqu'ils sont jeunes ! Reste que même les plus jeunes font ce constat à 47%...
- Deux points laissent enfin perplexe : l'orthographe "tue-l'amour" (une approche très scientifique) et la perception de "la dégradation du français comme une menace pesant sur la pratique de la langue aujourd'hui" : difficile de comprendre ce que cela veut dire... Derrière ces contorsions lexicales, l'ombre d'un "grand remplacement" linguistique puisque le focus est mis sur l'appartenance politique.
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Le ministre de l'Éducation nationale souhaite que les fautes de français soient notées plus sévèrement lors de l'examen du baccalauréat. Selon lui, les copies des lycéens sont aujourd'hui truffées d'erreurs d'orthographe.
Le ministre de l'Éducation nationale part à la chasse aux fautes d'orthographe. Pap Ndiaye s'est dit favorable ce dimanche à une prise en compte des fautes de français dans la notation des copies du bac dans les années à venir.
Évoquant des copies du baccalauréat souvent truffées de fautes, il souhaite « l'introduction de critères formels dans les épreuves à propos du niveau de français », lors d'une interview sur Radio J. « A partir d'un certain niveau de langue trop problématique », quelle que soit la qualité de la copie, celle-ci ne pourrait ainsi ne pas dépasser une certaine note.
Concrètement, il s'agirait de « points en moins si on fait des fautes de français ». « Mais ça n'est possible que si on a travaillé à ce que les élèves ne fassent plus de fautes », a dit Pap Ndiaye, annonçant un « immense chantier qui va de l'école primaire jusqu'au bac pour qu'ils écrivent correctement ».
Mais éternel relativisme orthographique des commentateurs, universitaires compris :
Christian Delporte écrit: J’ai connu des étudiants maîtrisant l’orthographe mais incapables de raisonner et des étudiants multipliant les fautes mais se distinguant par la puissance de leur raisonnement.
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Commençons par rappeler que M. Benzitoun, maitre de conférences en linguistique française, ne corrige pas de copies de baccalauréat et n'enseigne pas dans le secondaire.
Commentons donc sa réflexion idéologique, bien éloignée de toute connaissance du niveau de nos élèves.
Le niveau en langue française ne se résume pas à l'orthographe, mais difficile de nier que l'orthographe lexicale et grammaticale en constitue la plus grande part...Sanctionner les fautes au bac : «Le niveau en langue française ne se résume pas à l’orthographe»
On voit bien le sophisme tendu ici : personne ne propose, en effet, de "résumer" l'évaluation au baccalauréat à l'orthographe, ni même d'évaluer le niveau de langue française au baccalauréat : il s'agit de les prendre en compte puisqu'ils ne le sont pas. On se souvient des consignes en spécialité HGGSP 2023 (cf supra dans ce fil) : "Nous sommes dans l'école inclusive et en effet nous ne sommes pas professeurs de français aussi il ne nous appartient pas de sanctionner une orthographe hasardeuse").
Le niveau de langue ou l'orthographe ne sont pas même pris en compte au bac de français qui, selon les consignes 2022, doit pénaliser la logique défaillante plutôt que l'orthographe défaillante et s'attacher finalement à "l'intelligibilité" des copies (sic) !
Bref, affirmer que le niveau en langue française "ne se résume pas à l'orthographe"... c'est donc refuser que l'orthographe soit prise en compte dans l'évaluation au baccalauréat.
Souvenons-nous également que M. Benzitoun plaide pour que les erreurs orthographiques soient considérées comme des "variations" (cf sa première tribune).
Il ne s'agit donc pas d'améliorer l'enseignement de la langue, mais de le refondre !Pour Christophe Benzitoun, spécialiste de la langue française et membre de l’association Tract des linguistes, sanctionner les copies des élèves qui commettent des fautes, comme a dit le vouloir le ministre de l’Education nationale dimanche, n’est pas la solution. Il appelle à une refonte de l’enseignement de la langue.
Pour Christophe Benzitoun, maître de conférences en linguistique française à l’université de Lorraine et représentant de l’association Tract des linguistes – qui regroupe plusieurs spécialistes de la langue française –, opter pour la répression plutôt que pour la prévention n’est pas la solution.
Considérer que l'évaluation relève de la "répression", c'est déjà revendiquer une forme d'idéologie scolaire.
Dans un communiqué, le collectif juge illusoire de penser que «les causes multiples de la baisse des performances en orthographe pourraient trouver une solution facile et rapide».
Personne ne l'a pensé. Le ministre a d'ailleurs évoqué un travail depuis l'école primaire...
Les "causes multiples" ne sont pas indiquées.
Il s'agit donc bien de renoncer à enseigner la langue.«Il est inutile de faire croire qu’on peut revenir au temps où on consacrait une large part du temps scolaire uniquement à l’orthographe», pointent les signataires.
Sanctionner les fautes d’orthographe dans les copies du baccalauréat est-elle une bonne solution ?
C’est contre-productif et inutile. Ce type de mesures ne permettent en aucun cas de résoudre la baisse de niveau en orthographe. On ne sanctionne pas un jeune pour le pousser à apprendre.
Un examen ne vise pas à apprendre mais à évaluer ce qui a été appris. Dans toutes les disciplines, d'ailleurs, les erreurs sont sanctionnées, pardon : réprimées...
Au reste, annoncer explicitement les attendus permettrait aux élèves d'être davantage attentifs à leur orthographe. Le renoncement institutionnel, dans toutes les disciplines au bac (cf supra) ou au brevet, y compris en français, a joué le rôle exactement contraire.
On lui donne d’abord les bons outils afin de pouvoir maîtriser l’orthographe, ce que les élèves n’ont pas aujourd’hui pour des raisons structurelles.
L'analyse est toujours aussi évasive.
"des heures à l'histoire du français" ? Les enseignants expliquent régulièrement tel ou tel point utile de l'histoire de la langue (par l'étymologie, par exemple) mais faire d'une spécialité universitaire une discipline scolaire à part entière ne pouvait naître que dans un esprit hors sol. Au reste, on verra par la suite combien cette curieuse proposition est contradictoire.Si l’objectif est d’améliorer ce point, le ministre de l’Education doit d’abord repenser en profondeur la manière dont la langue française est enseignée en accordant par exemple des heures à l’histoire du français, plutôt que de vouloir réinstaurer les dictées, qui ne présentent aucune utilité et qui n’ont jamais disparu.
Les dictées sont accusées d'exister encore mais, fustigeant sans argument leur absence d'utilité, M. Benzitoun oublie qu'elles étaient très pratiquées quand l'orthographe était mieux maîtrisée...
Le constat est réel, la maîtrise de l’orthographe s’est dégradée ces dernières années…
C'est ce qu'affirme "Libération" mais, dans sa première tribune de 2022, M. Benzitoun dénonçait "un des épouvantails des débats sur l’école" et affirmait à propos de l'orthographe : "aucune recherche n’a jamais démontré l’existence d’une époque où une majorité de Français en faisait un usage virtuose, ce qui n’est guère étonnant eu égard à son extrême difficulté." Bref, que, par conséquent, la baisse était imaginaire.
Depuis, il semble avoir viré sa cuti :
C'est l'un des éléments explicatifs, mais pas seulement, hélas.Le niveau des élèves est conforme aux heures qui peuvent être consacrées à l’enseignement de l’orthographe.
A noter que M. Benzitoun dénonce le faible nombre d'heures mais propose... de le réduire !
Certes, la baisse en orthographe est communément admise : si l’on parle seulement de dictées, le niveau d’un élève aujourd’hui en CM2 correspond au niveau d’un élève en CE2 en 1987.
Communément admise... non sans réticence, comme on l'a vu dans les tribunes précédentes.
L'apprentissage de l'anglais en primaire serait aussi important que celui du français ? Où conduit le relativisme...Mais il faut considérer les choses dans leur ensemble : en 2023, un élève a davantage de matières à travailler qui sont tout aussi importantes que l’orthographe, par exemple les langues étrangères, et moins d’heures consacrées à la langue française. Ainsi, il faut assumer ses choix politiques et ne pas blâmer les élèves.
C'est d'autant plus amusant que l'orthographe lexicale anglaise est beaucoup plus complexe que l'orthographe lexicale française mais ce détail ne semble pas préoccuper M. Benzitoun, qui n'appelle pas à la simplification de la langue anglaise.
Par ailleurs, le niveau en langue française ne se résume pas qu’à l’orthographe, contrairement aux idées reçues. On constate par exemple une nette progression des élèves en rédaction.
L'opposition sophistique entre orthographe et rédaction - encore une fois relativiste - laisse particulièrement perplexe. La rédaction implique de savoir rédiger, et l'orthographe lexicale... en fait partie ! La syntaxe en fait également partie, mais elle suppose également la maîtrise de l'orthographe grammaticale (les accords dans la phrase, par exemple, ou ne pas confondre l'imparfait, l'infinitif et le participe passé, ou ne pas confondre les homophones etc.).
Ainsi dans les attendus de fin de cycle en français : "En rédaction de textes dans des contextes variés, maitriser les accords dans le groupe nominal (déterminant, nom, adjectif), entre le verbe et son sujet dans des cas simples (sujet placé avant le verbe et proche de lui, sujet composé d’un groupe nominal comportant au plus un adjectif ou un complément du nom ou sujet composé de deux noms, sujet inversé suivant le verbe) ainsi que l’accord de l’attribut avec le sujet" (cycle 2) ; "Mobiliser les connaissances orthographiques, syntaxiques et lexicales en rédaction de texte dans des contextes variés" (cycle 4)
Au reste, non seulement une compétence de rédaction n'impliquant pas la maîtrise de la langue n'a aucun sens, mais l'affirmation "On constate par exemple une nette progression des élèves en rédaction" n'est étayée par rien.
Comme on vient de le voir, savoir rédiger sans savoir orthographier (orthographe lexicale et grammaticale) n'a aucun sens...Or, savoir rédiger est une chose bien plus essentielle à mon sens que la maîtrise de l’orthographe bête et méchante.
Comment expliquez-vous cette obsession pour l’orthographe ?
C’est un fait de société. Depuis les dernières réformes de l’orthographe en 1878, l’Education nationale lui accorde une grande importance.
M. Benzitoun n'a pas connaissance des évolutions récentes...
Curieux de transformer, par ailleurs, une exigence somme toute banale en "obsession" comme le fait "Libération" : c'est d'emblée discréditer cette exigence.
Depuis un certain temps, quand même...Historiquement, cet apprentissage ne profitait qu’à un petit groupe de personnes très aisées. Depuis, l’école s’est démocratisée...
Encore un sophisme : personne n'évalue l'intelligence d'un élève à partir de son orthographe, mais l'orthographe fait - assez logiquement - partie de ce qui permet d'évaluer le niveau scolaire (et dans certains cas l'intelligence : les accords dans la phrase, par exemple). Dans le supérieur ou le monde du travail, les compétences de rédaction sont évidemment importantes......mais l’exigence envers l’orthographe est restée identique. Résultat : les entreprises, les grandes écoles, les concours académiques… évaluent encore l’intelligence d’un élève à partir de son orthographe, ce qui est un contre-sens absolu.
Ce qui est vrai pour l'orthographe est vrai pour tout : l'anglais, les mathématiques, l'histoire, etc.Au lieu de changer cette vision, le ministère préfère continuer de mettre le paquet, à coups de sanctions, sur l’orthographe, espérant ainsi que le jeune puisse s’insérer professionnellement et sans difficulté. Une politique injuste puisque les jeunes n’ont pas tous les mêmes chances pour s’approprier les règles d’orthographe.
Au nom de bons sentiments, M. Benzitoun théorise ici le renoncement, qui d'ailleurs est déjà à l’œuvre depuis longtemps dans l'Éducation nationale, avec, pour ce faux progressisme scolaire, des résultats particulièrement injustes.
Il faut aussi renoncer à faire lire les enfants ?De nombreux travaux montrent qu’il existe de grandes inégalités culturelles concernant l’orthographe. Dans un cadre familial où le livre a une place importante, l’apprentissage de l’orthographe posera moins de problèmes que pour un enfant où le seul lien avec l’écrit surveillé se fait à l’école.
Pour réduire ces inégalités, quelles sont les solutions ?
Il faut apporter une nouvelle vision à la fois plus juste et plus proche de la réalité des élèves, en faisant le choix de rationaliser l’orthographe.
M. Benzitoun, par son discours universitaire et surtout idéologique hors sol, est très éloigné de la réalité des élèves. Les difficultés des élèves sont tout aussi grandes en orthographe lexicale qu'en orthographe grammaticale, les élèves confondant 'son' et 'sont' par exemple.
Mais surtout il ne s'agit donc plus - en contradiction avec ce qui avait été affirmé plus haut - de refondre l'enseignement, mais de refondre la langue elle-même, désignée comme le problème des élèves. C'est l'objet des toutes les tribunes de M. Benzitoun depuis 2022. Imaginons le même raisonnement appliqué à d'autres disciplines...
Aucune explication sur le fait que la même langue faisait l'objet d'une acquisition beaucoup plus réussie et démocratique, dès l'école primaire, il y a encore quelques décennies. L'analyse des causes n'étant pas faite, la solution est donc absurde.
A noter que ce qui est présenté comme une "rationalisation" (quasi scientifique) de la langue ne relève en réalité que de choix arbitraires (ci-dessous ceux d'une association, alors qu'il en existe bien d'autres militant pour la simplification du français avec des choix différents) et souvent absurdes quand on s'y penche un tant soit peu.
C’est-à-dire : rendre l’orthographe plus intelligible, appropriable, ludique et accessible à tous, comme le propose le dictionnaire de l’association Erofa.
EROFA = Études pour une Rationalisation de l’Ortografe Française d’Aujourd’hui
erofa.free.fr/
Prenons un exemple : 'ortografe'. On ne voit pas pourquoi la disparition des racines grecques orthos (droit) et graphè (écriture) rendraient l'orthographe "plus intelligible". C'est même créer une confusion avec 'horticulture' (de hortus le jardin) logiquement simplifié en 'orticulture', tout en perdant le réseau lexical avec tous les composés de ortho- ou de -graphe.
Avec une telle disparition des racines grecques par exemple, quel sens aurait de consacrer "des heures à l'histoire du français" ?
On ne voit pas non plus pourquoi "ortografe" serait plus "ludique". On voit bien qu'il ne s'agit ici que d'éléments de langage.
Et pourquoi garder le -e muet final ? Ce serait pourtant rendre la graphie "plus accessible" à tous, et d'autres réformateurs proposent d'écrire 'ortograf'. La "rationalisation" est toujours un choix arbitraire, en plus d'être discutable.
L’orthographe doit être décomplexée et non une marque de réussite. D’autant plus qu’avec le développement des correcteurs automatiques, elle ne présente plus les mêmes enjeux. Il faut apprendre à vivre avec son temps et tenir compte des outils technologiques dans l’apprentissage de l’orthographe, et ainsi dégager du temps pour réfléchir véritablement au fonctionnement de la langue française.
En quoi l'apprentissage de l'orthographe ne permettrait-il pas de "réfléchir véritablement au fonctionnement de la langue française" ? Nous en avons vu l'exemple avec le mot "orthographe". Mépris ici pour les enseignants qui seraient incapables d'enseigner l'orthographe, s'ajoutant au mépris des élèves actuels qui - pour on ne sait quelle raison - ne seraient plus capables de l'apprendre.
Ce dernier argument relativiste du correcteur automatique, en plus d'être faible, est un dernier renoncement qui contredit de façon amusante toute l'argumentation de M. Benzitoun sur la difficulté de la langue française : pourquoi rationaliser la langue si la machine peut suppléer à nos difficultés ?
Bref, bien des sophismes et des incohérences mais tous au service du relativisme, et du renoncement.
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Sur le site, le titre est plus édulcoré : www.radiofrance.fr/franceculture/podcast...e-aux-eleves-1260540
Mardi 17 octobre 2023
Participe passé et autres choux, genoux, cailloux : autant de règles qui viennent, selon certains avis, encombrer les heures de cours avec des résultats discutables. Faut-il simplifier l'enseignement de l'orthographe pour la rendre plus accessible ?
Avec
Anne Abeillé Linguiste, professeure à l'université de Paris
Simplifier des règles orthographiques
"Dans l'orthographe française, il y a la partie lexicale, donc transcrire les sons. Il y a des règles, des correspondances entre lettres et sons. On apprend par exemple qu' 'ami' est un mot transparent, mais 'oiseau' beaucoup moins parce qu'il faut apprendre que 'oi' fait 'oie' et 'eau' fait 'eau'. Ces règles, l'enfant les apprend, mais dès qu'il y a des exceptions, il y a un cout", avance Anne Abeillé.
La linguiste rappelle qu'au fil de l'histoire, les orthographes ont évolué comme les règles grammaticales. Selon elle, certaines règles posent un problème, car elles comprennent trop d'exceptions. Elle prend l'exemple du participe passé avec le verbe avoir, qui s'accorde avec l'objet : "au départ, c'est un italianisme au XVIe siècle. Même les Italiens l'ont plus ou moins abandonné, car c'est trop compliqué. C'est devenu pour les enseignants quelque chose de difficile à transmettre et les élèves ne le maitrisent pas quand ils arrivent en sixième. C'est une perte de temps pour les professeurs qu'ils pourraient consacrer à la distinction du participe passif et infinitif."
Des règles pas toujours cohérentes ?
Anne Abeillé cite quelques règles orthographiques qui ne sont pas conformes à leur étymologie : "la réforme de 1990 a rectifié certaines choses. Par exemple, Nénuphar avec P-H est une erreur, ce mot ne vient pas du grec, mais du persan, donc étymologiquement Nénuphar porte un F."
Elle appelle alors à une réforme de plus grande ampleur qui devrait être confiée à un collège francophone, regroupant toutes les communautés francophones, telles que l'association du Québec ou de la Belgique.
www.dailymotion.com/video/x8ow0vo
Anne écrit: Dès qu'il y a une exception, il y a un coût.
Mme Abeillé fait référence à l'AFEF qui ne représente absolument pas les enseignants, comme nous l'avons dit plus haut. Les propositions, au reste, viennent bien des linguistes, mais ce besoin de légitimité est instructif.Anne écrit: Dans la tribune que vous avez citée, nous relayons des propositions d'enseignants.
Elle précise que les 80h pour l'enseignement de l'accord du participe passé avec le COD seraient prises en primaire.
Donc prononcer aujourd'hui "chevaux" comme en 1878 serait la preuve d'une langue vivante mais l'écrire "chevaux" comme en 1878 serait la preuve d'une orthographe morte...On a une langue vivante et une orthographe morte.
"on les a réintroduites" : Anne Abeillé oublie de ne pas suivre la règle "illogique" de l'accord du participe passé !Ces lettres grecques, on les a réintroduites, elles étaient pas là en moyen français.
L'affirmation est très péremptoire. L'ancien français ne connaissait pas d'orthographe au sens moderne mais pouvait garder la mémoire du grec ancien. On peut relire le prologue des Lais de Marie de France au XIIe siècle pour s'en convaincre : "Li philesophe le saveient". On trouve dans le même prologue des graphies héritées du latin ("escïence" ou "eloquence"). On trouve également en ancien français des graphies dont notre circonflexe garde la jolie mémoire
Bref se réclamer du Moyen Âge pour "mettre à jour" notre orthographe était déjà hasardeux, mais de surcroît assez peu pertinent...
Mme Abeillé donne ensuite des exemples d'étymologie erronée (nénufar, poids) pour invalider tout dimension étymologique de l'orthographe, ce qui ne peut que laisser pantois.
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